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Carlos Wembe présente : Méthodes et techniques de gestion de risque
(11/06/2012)
Carlos Wembe, jeune Camerounais, a écrit un livre traitant de la question de la gestion des risques dans les pays en voie de développement. Bonaberi.com est allé à sa rencontre
Par Rédaction Bonaberi.com

Bonjour, pouvez-vous vous présenter à nos internautes ?
Bonjour,
Je tiens tout d’abord à remercier les bérinautes et les fondateurs de cette plate forme d’échanges, qui permet d’accroitre la visibilité et le rayonnement de l’Afrique dans le monde entier.
Je m’appelle Carlos Wembé, je suis camerounais, j’ai 29 ans. Je suis consultant en gestion des risques bancaires et passionné par les problématiques économiques des pays en développement. J’ai travaillé au sein des groupes bancaires tels que BNP Paribas, Société Générale, Rothschild.

Je suis diplômé de Sciences Po Paris, de l’Université Catholique de Lille et de l’Université Catholique d’Afrique Centrale.
Parlez nous brièvement de votre parcours. Comment passe-t-on de l’Afrique à une prestigieuse école comme Sciences Po Paris ?
J’ai fait mes études secondaires au Lycée de Mimboman (Yaoundé-Cameroun). J’ai obtenu mon Baccalauréat C (Mathématiques et Sciences Physiques) en 2001, en terminant Major de Promotion.
J’ai intégré sur concours, la même année, l’Université Catholique d’Afrique Centrale (UCAC) à Yaoundé, et en suis sorti titulaire d’une Maîtrise en Gestion Quantitative, et d’une bourse d’excellence pour poursuivre en Master de Gestion à l’Université Catholique de Lille, diplôme obtenu l’année suivante.

Après une expérience professionnelle d’un an et demi en France, je suis admis à Sciences Po Paris, et bénéficie de la bourse d’excellence Eiffel du ministère français des affaires étrangères. J’ai terminé mes études à Sciences Po titulaire d’un Master en Finance en 2009.
En définitive, je pense humblement que la réponse à votre question peut se résumer en ces quelques termes : je suis passionné et travailleur, j’ai su saisir les opportunités et j’ai eu de la chance.



Vous avez écrit un livre, « Méthodes et techniques de gestion des risques bancaires. Application aux pays en voie de développement ». Que pouvez-vous nous en dire ?
Les récents développements de l’actualité économique et financière (crise des subprimes, crise économique, refonte du système financier etc.) montrent bien que l’évaluation et la maîtrise des risques sont aujourd’hui, encore plus que jamais, au cœur de la stratégie des banques. Dans les pays en développement, les banques sont confrontées à un contexte économique atypique : faible degré de financiarisation, faible taux de bancarisation, fortes contraintes réglementaires, importance du secteur informel, etc. Face à ces incertitudes qui rendent l’évaluation du risque difficile, les banques ont tendance à ne s’engager qu’à court terme, tandis que les entreprises ont des besoins de financement à moyen et long terme (Par exemple, les financements « long terme » ont représenté chaque année, en moyenne seulement 2.23% du total des concours bancaires, entre 2007 et 2010 dans la zone CEMAC )

L'objet de cet ouvrage est de proposer des méthodes de gestion des risques liés aux crédits d’investissement, adaptées au contexte économique des pays en développement. Le but étant d’une part, de faciliter l’accès au crédit bancaire aux entreprises ; d’autre part, de permettre au banquier de sécuriser ses marges.

Destiné aux professionnels comme aux étudiants, l’ouvrage expose, en termes simples, les principales techniques de gestion des risques, tout en évitant une mathématisation excessive. Il revient également sur les différentes crises financières et leur impact sur l’activité bancaire de certains pays en développement, dont le Cameroun.
Le livre est disponible en ligne sur le site Amazon.fr via le lien suivant:
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Pensez-vous que la question des risques bancaires soit un enjeu de taille en Afrique ?
La réponse est sans équivoque : oui, la gestion des risques en un enjeu de taille pour chaque banque de chaque pays africain, et par extension, de toute l’Afrique.
Le système bancaire et financier joue un rôle très important dans le développement d’un pays, puisqu’il finance l’investissement. L’accès aux services financiers contribue donc à la croissance et à la réduction de pauvreté. Cependant la majorité des petites et moyennes entreprises (PME) dont le rôle est pourtant déterminant dans le processus de développement, n’a pas ou très peu, accès aux services financiers. Les banques en Afrique ne prêtent que très peu, quand elles le font, c’est souvent à un horizon «court terme », et à des conditions extrêmement rigides.

Il peut exister de grandes disparités entre les sous-régions de l’Afrique (Nord, Sud, Ouest, Centre ou Est).

En ce qui concerne la sous-région d’Afrique Centrale par exemple, selon une enquête de la COBAC (le régulateur du secteur bancaire des Etats de la CEMAC) publiée en janvier dernier, les taux sur les crédits consentis à la clientèle étaient en moyenne de 12% entre 2006 et 2010. Les PME sont les moins avantagées, avec des pics à 12,2%. Ces taux sont extrêmement élevés si on compare à la zone EURO où les taux sont de l’ordre de 4%.
Si nous excluons quelques abus, les banques ne sont cependant pas totalement à blâmer.

La fonction principale d’une banque est d’être l’intermédiaire avec ceux qui détiennent un excédent de capitaux (les épargnants), et ceux qui en ont besoin (les investisseurs). Elles ont donc des contraintes liées à la nature des fonds collectés, à la règlementation en vigueur et au profil de risque de l’investisseur. En fonction de ces contraintes, elles fixeront leur marge, appelée marge d’intermédiation. Tandis que les deux premières contraintes leur sont quelque part imposées, la troisième peut avoir un impact moindre si elle est correctement circonscrite, analysée et limitée.

Aujourd’hui, nous avons des taux d’intérêt aussi élevés et des conditions drastiques, en partie parce que, le banquier fait face à un contexte économique atypique qui rend difficile l’évaluation et la limitation du risque qu’il supporte. D’où l’intérêt de nouvelles méthodes et techniques d’évaluation et de limitation de ce risque.

Que pensez-vous de la gestion actuelle des risques bancaires en Afrique ?
Je crois qu’il serait souhaitable d’envisager la gestion des risques à l’échelle sous-régionale, nationale ou plus encore à l’échelle des banques. La règlementation bancaire est liée aux caractéristiques (économiques, politiques et sociales) de l’environnement considéré. Nous ne pouvons ainsi envisager l’Afrique comme un tout, il n’y a pas de gestion des risques bancaires au niveau africain. Par exemple dans la sous-région d’Afrique de l’ouest, la règlementation bancaire est (est ou sera ?) assurée en premier ressort par la BCEAO comme c’est le cas de la BEAC en Afrique Centrale ou encore en Afrique du Sud, le cas de la South African Reserve Bank.

Par contre, comme je l’ai dit plus haut, il existe des spécificités communes aux secteurs bancaires des économies en développement (degré de financiarisation, taux de bancarisation, contraintes réglementaires, secteur informel). Ces spécificités, couplées aux profils de risque des emprunteurs font en général observer, une certaine frilosité de la part des banques.

Pour revenir à l’Afrique Centrale, l’historique du système bancaire (crise financière des années 80 ayant entrainé la faillite de plusieurs banques, dévaluation du FCFA , programmes d’ajustements structurels, crise financière de 2007) comme je le montre dans mon livre, a entrainé non seulement, une certaine méfiance de la part des épargnants et des banquiers, mais aussi le durcissement de la réglementation (notamment en matière de respect de certains ratios prudentiels).

Dans un tel contexte, les banques sont obligées de prendre très peu de risques, ou d’exiger des garanties considérables.

Parlons du Cameroun. La BIAO dans les années 90, la BICIC dans les années 2000, et dans un passé récent, la CBC ont frôlé ou atteint la banqueroute. Ces évènements étaient-ils évitables ? Quels en ont été les impacts ?
La question est très intéressante parce que très difficile. Ces évènements ont contribué en partie, au faible taux de bancarisation et à l’importance du secteur informel, auxquels est confrontée notre économie aujourd’hui. Mais il est important de distinguer le cas de la BIAOC et de la BICIC , du cas de la CBC que je n’aborde pas dans mon livre, parce qu’il est encore en traitement auprès de la COBAC.
Cas des banques fermées suite aux restructurations de 1989
La BIAOC et la BICIC ne sont que deux exemples parmi une douzaine de banques qui, comme je l’indique dans mon livre, ont été fermées ou restructurées dans les années 90.

La BIAOC fait faillite en 1990. Elle est fusionnée un an plus tard avec la MCB pour former la BMBC , qui fera également faillite en 1996. La BICIC est fermée en 1997, et ses actifs sont, dans la foulée, repris par la BICEC .
Les principales causes (que j’expose en détail dans mon livre) à l’origine de ces faillites sont les suivantes :
- effet négatif sur l’activité bancaire, de la crise financière des années 1980 qui est causée en partie par les chocs pétroliers : baisse du prix des matières premières, hausse des taux d’intérêt, hausse de l’inflation, ralentissement de l’activité économique mondiale, baisse drastique des dépôts,
- accumulation de créances douteuses par les banques et maquillage des bilans,
- non paiement par certains Etats (dont l’Etat camerounais) de leurs dettes envers les entreprises et les banques,
- inadéquation du système bancaire de la zone Franc avec le contexte économique et culturel de l’époque, ce qui a entrainé une énorme fuite des capitaux.

L’impact a été économique (programmes de stabilisation et d’ajustement structurel, dévaluation du FCFA, baisse des salaires etc.) et social (hausse du taux de chômage, pertes des avoirs des épargnants etc.)
A ce sujet, on a tous encore à l’esprit, le cas des malheureuses victimes de la faillite de la BIAO Cameroun qui attendent encore pour certaines, d’être indemnisées, 22 ans plus tard.

Est-ce qu’on aurait pu les éviter ? La question revient à se demander si on aurait pu éviter la crise financière de 1929, celle de 1989, celle de 2007 etc. La question malheureusement se pose toujours après coup. L’histoire nous montre que nous avons des crises qui ont certes les même conséquences, mais très peu souvent les mêmes causes. Après les faillites des années 90, la COBAC a été créée, les contraintes règlementaires ont vu le jour.

Aujourd’hui après la crise de 2007, plusieurs solutions sont évoquées : plus de régulation, plus de transparence, moins de « financiarisation », moins de « sophistication » des produits bancaires, moins de prise de risques extrêmes. On tend de plus en plus, vers un retour à la fonction principale des banques (collecter de l’épargne et prêter).

Comment selon vous, les banques peuvent-elles gérer efficacement leurs risques dans un pays en développement ?
Cette question est extrêmement complexe, car chaque banque a son propre système de gestion des risques, qui dépend de sa structure, de la nature de ses produits et du profil de ses clients. En outre, la définition du risque peut prendre plusieurs sens : crédit, liquidité, marché, opérationnel etc.
Je n’aurai surement pas la prétention de laisser croire que je peux apporter une solution à une question qui a été, est et sera toujours débattue, par des savants, les uns aussi compétents que les autres. Il suffit de faire une recherche sur internet pour s’en convaincre.
J’aborde en ce qui me concerne dans mon livre, la question du risque de crédit ou risque de défaut (qui est de loin le plus important), dans le contexte particulier des pays en développement.
Dans cette perspective, je peux dire qu’il existe une multitude de techniques et de méthodes à la disposition du banquier, pour évaluer et limiter son exposition aux risques de défaut. Ces outils sont qualitatifs, quantitatifs, règlementaires etc.
Comme je le détaille dans mon livre, dans les économies en développement, un accent doit être mis sur les méthodes qualitatives et règlementaires, qui conviennent le mieux au contexte économique de ces pays. Même si les méthodes quantitatives permettent en premier ressort d’orienter la décision du banquier.

[b Nous arrivons au terme de cet entretien. Un dernier mot pour les bérinautes ?}
Le développement de notre continent est une affaire de tous, où qu’on se trouve, quoi qu’on fasse, on peut apporter notre pierre à l’édifice. N’hésitons pas à partager nos idées, quelles qu’elles soient. Je finirai, en me permettant d’inviter les bérinautes à méditer sur cette citation du Dr John M. Richardson : “When it comes to the future, there are three kinds of people: those who let it happen, those who make it happen and those who wonder what happened.”


i. Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale
ii. Commission Bancaire de l’Afrique Centrale
iii. Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest
iv. Banque des Etats de l’Afrique Centrale
v. Franc de la Communauté Financière Africaine
vi. Banque Internationale pour l’Afrique Occidentale au Cameroun
vii. Banque Internationale pour le Commerce et l’Industrie du Cameroun
viii. Commercial Bank of Cameroon
ix. Meridien Cameroon Bank
x. Banque Meridien-BIAOC
xi. Banque Internationale du Cameroun pour l’Epargne et le Crédit



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