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Cameroun : A la rencontre d'Egoue Charles Legrand, jeune cordonnier
(21/04/2008)
Bonaberi.com est allé à la rencontre de DJOECA, jeune cordonnier Camerounais, dans son atelier situé sur boulevard de la liberté à Akwa.
Par Rédaction Bonaberi.com (Eric Y. et Casimir W.)
De nationalité camerounaise, Djoeca est né il y a 31 ans dans le 4ème arrondissement Parisien. De taille moyenne (1m 76), une masse musculaire de 72 kg, 32 dents blanches et bien alignées dans la bouche, EGOUE Charles Legrand (de son vrai nom) quitte son Paris natal à 8 ans après avoir fait ses études maternelles et primaires (jusqu’au C.E.I) à l’école publique d’Aulnay-sous-bois. Au Cameroun, il obtient son concours d’entrée en 6eme au lycée joss de douala en 1988 et, 4 ans après, son Brevet d’Etude Premier Cycle (B.E.P.C). Il continue ainsi jusqu’en classe de Première C.

Malheureusement, son papa qui finançait ses études casse la pipe en 1997. DJOECA est obligé d’arrêter ses études car il est l’aîné d’une famille de plusieurs enfants qui doit continuer à vivre. Il décide alors de prendre le relais de son feu papa dans la cordonnerie. Ce père qui avait lui-même exercé ce métier pendant 10 ans, de 1987 à 1997, après son retour de France où il avait reçu sa formation. Bonaberi.com est allé à la rencontre de ce jeune Camerounais dans son atelier situé sur le boulevard de la liberté à Akwa, Douala. Entretien.

Egoue Charles Legrand, cordonnier Camerounais


Bonjour Djoeca, comment vous êtes devenu cordonnier et comment un professionnel comme vous peut définir ce métier ?

Je suis devenu cordonnier après la disparition de mon père en 1997. J'étais alors en classe de première C et, à cette époque, je venais de temps en temps l’aider à l’atelier avant qu'il ne rende l'âme. Quand il est parti, j'ai naturellement pris le relais dans son affaire. Ça été d’abord difficile pour moi au début, mais je me suis accroché. Et aujourd'hui, je dois dire que suis tout de même fier de ce que je fais.

Pour ce qui est de la définition du mot « cordonnerie », je crois qu'il vient de la ville espagnole de l’époque qu’on appelait « cordo » où l’on tannait le plus le cuir de chèvre. Avec le temps, le nom de cette ville a du devenir « cordoane » et de là, est né l’expression « cordonnerie », qui a un rapport avec le cuir et la peau.

Lorsqu’un client vous apporte une chaussure détériorée, quelles sont les étapes pour qu'elle se retrouve en bon état ?

En premier lieu, il faut la diagnostiquer. Du talon jusqu’au coup de pied. Après l'avoir examinée, nous faisons le bilan de ce diagnostic. C’est ainsi que nous expliquons au client tous les manquements qu’a sa chaussure. A ce moment, c’est le client qui doit nous dire ce qu’il aimerait qu’on remette en état dans la mesure où, plus les maux sont profonds et nombreux, plus le prix de la réparation peut être aussi important. Dès lors qu'il décide de ce qu'il faut réparer, on lui fait donc un devis et il avise.

Combien de temps prenez-vous pour remettre en état une chaussure complètement abîmée ?

Ca dépend de ce que vous entendez par « complètement abîmée ». Si je prends le cas d’une chaussure où la semelle est complètement détériorée, pour la remettre en état, nous devons faire ce qu’on appelle un ressemelage complet. Dans ce cas, il me faut 3 heures de temps pour bosser dessus. Si c’est la peau de dessus qui est détériorée, il faut faire un revêtement. C'est-à-dire les rhabillages. Cela peut prendre carrément une journée car il faut traiter la chaussure à zéro en la recoupant. Ensuite, il faut lui donner une nouvelle peau qu’on va mouler, coudre et condamner. D’autre part, il peut y avoir aussi des problèmes de teinture sur les chaussures. Ça prend aussi 24h. Car dans cet autre cas, il faut le temps de fichage : à savoir décaper et enlever l’ancienne couche de la chaussure et composer la couleur que veut le client pour la reposer.

Egoue Charles Legrand, cordonnier en plein travail


Quels sont les types de clients que vous recevez ici chez vous ?

En majorité les cadres d’entreprise. N’oubliez pas que je suis situé en plein Akwa, quartier commercial de Douala. Depuis 11 ans d’activités, je vois défiler dans mon atelier toutes les couches de la société. Des plus nantis aux plus pauvres. Mais comme je l’ai dit tantôt, les cadres des grosses boites sont quand même les plus réguliers, certainement parce qu'ils ont plus de moyens.

Hormis les chaussures, que réhabilitez-vous d'autre dans votre atelier ?

Parmi les deux sexes, les femmes constituent ma principale clientèle parce que je fais aussi dans la maroquinerie, c'est-à-dire la fabrication des sacs à main. Et je les réhabilite aussi quand ils sont en mauvais état. Ceci est aussi valable pour les sacs et les valises de voyage. J’ajouterais aussi que je conçois mes propres modèles que je monte par la suite. J’en ai déjà vendu plusieurs comme ça. En résumé, hormis la réparation des chaussures et des sacs, je fais aussi de la conception et de la fabrication.

Quelle est la journée type d'un cordonnier comme vous ?

D’abord avant de quitter l’atelier le soir, je fais mon « time table » (planning) pour le lendemain. Ainsi, j’organise ma journée sur 10 heures de travail. Je suis très rigoureux là-dessus. Je commence donc à 9 h. Parfois si j’ai des petites courses pour l’atelier, je peux commencer a 8h. La journée de travail s’arrête à 19h.

travaillez vous seule dans cette structure ?

Non. Comme vous voyez, je ne suis pas seul. C’est une T.P.E (Très Petite Entreprise) reconnue à la fiscalité. Je forme et emploie aujourd’hui 3 autres camerounais qui sont mes propres frères ; quatre autres camerounais sont déjà passés par le même chemin et sont aujourd’hui, pour la plupart, installés à leur propre compte.

Vous parlez de fiscalité. D'ailleurs, avec une petite structure comme la vôtre qui marche plutôt bien, comment faites-vous pour ne pas être dérangé ?

Je paie tout simplement mes impôts à travers ma carte de contribuable et cela me coûte chaque année 70 000 Frs CFA. C'est aussi simple que cela.

Egoue Charles Legrand, travaillant sur une valise


Pour un jeune qui aimerait se former, combien cela prendrait-il de temps ?

En gros, il lui faut 9 mois. Reparti comme suit : 3 mois pour la phase théorique, 3 mois pour la phase pratique et les derniers 3 mois pour le stage à l’atelier. Ceci pour avoir une expérience du point de vue de la manipulation de la chaussure et sur la conviction qu'il peut avoir en son travail. L'on devient après ces étapes un cordonnier, je peux dire... parfait.

Comment rémunérez vous vos employés ?

En fait, quand un jeune arrive ici pour une formation, on s’arrange. Ainsi, tous ceux qui sont passés dans mon atelier n’ont rien payé. En retour, quand ils sont embauchés, au départ, ils n'ont que de l'argent de poche durant une certaine période. Chemin faisant, quand je constate que leur rendement est déjà proportionnel au coup de la formation, ils peuvent commencer à bénéficier d’une petite rémunération mensuelle.

Vos difficultés jusqu’ici ?

Dans un premier temps, c’était le remplacement de mon feu papa. La maladie l’a emporté brusquement. Ça été vraiment une transition très pénible pour moi comme pour ma famille. Dieu merci, la persévérance a fini par me maintenir dans cette voie. C’est ainsi que j’ai pris 03 ans pour dresser la structure et par ricochet redonner confiance aux différents clients de mon père et fidéliser les nouveaux. Ensuite, j’ai été confronté à la malhonnêteté de certains amis. Puisqu'un jeune qui abandonne les classes en première et se retrouve directement en train de gérer une structure générant de l’argent n'a pas encore l'expérience de la vie et des affaires. Plusieurs personnes sans foi ni loi passaient donc leur temps à trouver des astuces pour m’escroquer. Il a fallu aussi surmonter cet handicap. En plus de ses coups bas, la non maîtrise des rouages de la fiscalité m’a aussi fait payer un lourd tribut. A mes débuts, j’ai perdu un bon petit paquet de CFA à cause de cela.

Trouvez-vous votre compte aujourd’hui ?

Je peux clairement vous affirmer que je m’en sors plutôt bien. Si je dis le contraire, c’est que je suis de mauvaise foi. La preuve est que c’est moi qui m’occupe de la scolarité de mes deux frères qui sont à l’université. Ensuite, chez moi, je m’occupe de aussi de ma femme. Je suis marié depuis 4 mois. C’est aussi grâce à cette activité de cordonnerie que je paie ma location avec les 10000 Frs CFA que je gagne en moyenne par jour dans cet atelier.

Quels sont vos futurs projets ?

Pour vous dire vrai, la cordonnerie est une base de lancement. Dans un futur proche, nous comptons (mon équipe et moi) développer d’autres facettes de cette structure. Nous comptons ainsi créer un multi-service regroupant en son sein la sérigraphie (la peinture artistique), la peinture pour bâtiment et bien sûr la cordonnerie dont la fabrication des pieds nus.

A quel niveau êtes-vous dans ces futurs développements ?

Je suis à la phase première. C'est-à-dire je maximise autant faire que se peut les activités de la cordonnerie. J’ai un chiffre d’affaires que je souhaite atteindre. Ensuite, je passerai à la seconde phase qui est celle du développement progressif de chaque branche que je vous ai citées. Je vous rassure que d’ici la fin 2008, j’entame le développement de la sérigraphie option peinture artistique.

Egoue Charles Legrand répondant aux questions de Bonaberi.com


Quels conseils pouvez-vous prodiguer à une personne voulant se lancer dans la cordonnerie au Cameroun ?

La première des choses est de se former, c’est très important. Un docteur qui ne maîtrise pas l’anatomie du corps humain n’est pas en mesure de faire un diagnostic sérieux sur le malade et par conséquent, ne pourra pas avoir les atouts nécessaires pour éradiquer le mal. C’est aussi valable pour quelqu’un qui se dit cordonnier. C’est vrai que beaucoup dans les quartiers se disent cordonniers parce qu’ils manipulent une aiguille et la colle à chaussure. Mais ça devient plus complexe et plus enrichissant quand il faut atteindre le professionnalisme. C’est à ce moment que quelques machines ou appareils deviennent vos compagnons de tous les jours. Comme ici, vous avez la banque de finition, le conformateur et la machine à coudre. Voilà les éléments essentiels qui devraient exister dans une cordonnerie moderne. Tout ceci me revient à près d’un million de Frs CFA.

Le mot de la fin

J’exhorte la jeunesse camerounaise à ne pas verser dans le découragement. Comme nous savons tous que le gouvernement affirme que créer les emplois n’est pas chose aisée, il nous revient de croire en nos potentiels. Nous devons donc le mettre en valeur. Tout ceci par la grâce du seigneur, la bénédiction qu’il apporte à ses enfants peut sortir peut sortir un nom de l’anonymat et le rendre célèbre par le talent que le concerné a voulu s'atteler à mettre en valeur. La preuve, aujourd’hui, le monde entier a l’occasion de me connaître par le biais de Bonaberi.com. C’est l’occasion pour moi de remercier ce site qui a décidé de créer un élan de solidarité entre les jeunes du Cameroun en particulier et ceux du monde entier en général. Merci et surtout courage à vous.

















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