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Douala : Des inconnus squattent des chantiers (04/07/2008)

Cameroun: Incapables de se loger et sans l’autorisation des propriétaires, ils occupent des maisons en construction.
Par Sandrine Tonlio
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Beaucoup de maisons en construction sont envahies à Douala
Beaucoup de maisons en construction sont envahies à Douala
En effet, arrivé à Douala dans les années 90, et n’ayant aucune famille, il se lance à la quête d’un refuge. Après avoir sillonné toutes les artères de la ville sans succès, " Ousman " comme le désignent ses voisins, se retrouve dans la zone d’Akwa Nord. Ce nouveau secteur encore en aménagement attire ces étrangers en quête de résidence. Arrivé à Kotto au lieu dit " village ", où on retrouve une multitude de chantiers et maisons non habitées, il prend l’initiative de s’installer dans la demeure de la famille Soppo sans leur consentement. " J’ai décidé de me réfugier ici parce que je n’avais pas où aller et cette propriété paraissait abandonnée ", confie Ousman. La résidence à son installation n’avait que les murs montés et un semblant de toiture. Cela ne l’empêchera pas de déposer ses valises.

Il va vivre dans cette concession pendant deux ans sans avoir la moindre information sur le propriétaire. Un beau matin, ce dernier surgit et entre dans une colère noire en découvrant son gîte occupé. " La première fois que j’ai vu mon patron arriver, j’ai cru qu’il allait m’amener au commissariat. Mais après que je lui ai expliqué les raisons de ma présence ici, il s’est calmé et nous avons discuté pour trouver une solution qui nous arrangeait tous les deux ", soutient t-il. "J’avoue que j’étais vraiment mécontent lorsque je l’ai trouvé dans ma maison. J’ai eu peur qu’on ait revendu mon terrain parce que c’est courant par ici ", confie le maître des lieux. C’est après ces pourparlers qu’Ousman devient de fait le gardien des lieux. Cette nouvelle fonction n’est pas toujours rémunérée " parce que les propriétaires ne sont pas réguliers et je ne sais pas où les trouver ", confesse le vigile.

Entretien

Hadjaratou, est installée dans une autre résidence abandonnée par ses propriétaires. " Nous sommes ici depuis quatre mois. C’est l’oncle paternel de mon mari qui nous a fait venir dans cette maison parce que mon époux n’avait pas les moyens pour louer une maison ", confie t-elle. Son conjoint et elles se sont retrouvés dans la ville parce que la " vie au village est difficile ". Sans expérience professionnelle, ils sont accueillis par un membre de la famille qui s’est d’abord installé dans la concession.

Cette famille s’est agrandie avec la venue de certains membres de la communauté également à la quête d’un logement. Ce lignage occupe actuellement quatre pièces de la résidence. Soit une pièce par famille. Depuis leur installation, ils n’ont aucune idée sur les véritables propriétaires. N’ayant aucune somme à débourser pour le loyer, la petite communauté se consacre à la recherche d’un emploi stable. Les hommes sont des vigiles dans d’autres lieux d’habitation et les femmes, des commerçantes. Pour manifester leur gratitude au maître des lieux, ils jouent le rôle de gardien et font l’entretien de la maison. " Chaque famille installée a son jour pour enlever les mauvaises herbes qui envahissent la concession et la garder lorsque les autres vaquent à leur occupation ", soutient Hadjaratou.

Ce phénomène est devenu récurent dans cette circonscription administrative (Douala Ve), dit " nouveaux quartiers ". Une fois le logement repéré, ils importent leurs familles restées au village. Pour secourir leur frère qui se trouve dans les mêmes situations qu’eux au départ, ils les accueillent dans " leur maison " sans le consentement des propriétaires. On retrouve aussi dans ce lot de Camerounais, des Maliens et Tchadiens. Certains sont rémunérés. Une rémunération qui varie entre 15.000 et 30.000 francs Cfa. D’autres, par contre, sont obligés de faire du gardiennage dans d’autres concessions.

Ils travaillent également comme manœuvre dans les chantiers et leurs épouses font du commerce. Elles sont spécialisées dans la vente des arachides salées dans les carrefours de la cité économique. " Tous les soirs, je vais au carrefour Andem (à Logpom) où j’installe ma marchandise. Je fais des sachets à 25 francs et des bouteilles de 75cl à 700 francs Cfa. Cela me permet de subvenir aux besoins da la famille parce que ce que mon mari gagne est très insuffisant ", confie Hadjaratou.

Cette occupation illicite est vivement contestée par certains propriétaires. " En visite dans mon chantier un matin, j’ai surpris une famille malienne dans ma résidence. Ne voulant pas avoir les surprises désagréables parce que dans ce coin, les terrains sont revendus à d’autres acquéreurs. Alors, je leur ai demandé de libérer les lieux. Mais le chef de famille a catégoriquement refusé sous prétexte qu’il avait veillé sur la résidence pendant mon absence ", confie sous anonymat le propriétaire d’une concession à Kotto. Il a fallu que ces occupants perdent un membre de leur communauté pour enfin décider d’abandonner le domicile. " Mais avant leur départ, ils ont enlevé tous les cadres des portes et fenêtres. J’ai dû appeler un prêtre pour bénir la maison avant d’amener ma famille ", déplore ledit propriétaire.
 
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Source: Quotidien Mutations
 
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