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Nelson Mandela (2è partie)
(30/04/2006)
De la condamnation à perpétuité lors du procès de Rivonia à l'avènement d'une démocratie en Afrique du Sud : un long chemin vers la liberté
Par Paul Yange
 Mandela à l'entraînement avec Jerry Moloi dans son gymnase d'Orlando
Mandela à l'entraînement avec Jerry Moloi dans son gymnase d'Orlando
A son retour en Afrique du Sud en 1962, il fut arrêté pour avoir quitté illégallement le pays et avoir incité les ouvriers noirs à faire grève. Il fut condamné à 5 ans de travaux forcés. Puis en 1963, lui et plusieurs dirigeants de l’ANC et de Umkhonto we Sizwe furent arrêtés à la suite de la découverte par la police de documents relatifs à l’existence d’Umkhonto we Sizwe. Mandela et ses compagnons furent accusés de comploter pour renverser le gouvernement de Prétoria par la violence. La déclaration que Mandela fit lors de ce qui allait rester dans l’histoire sous le nom de procès de Rivonia (9 octobre 1963 au 12 juin 1964) reçut une publicité considérable dans la presse locale et dans le monde. Mandela s’exprima pendant 4 heures, expliquant les raisons de son engagement dans l’ANC et la création de la branche armée Umkhonto we Sizwe. Il termina son allocution par la déclaration suivante :

"Au cours de ma vie, je me suis entièrement consacré à la lutte du peuple africain. J’ai lutté contre la domination blanche et j’ai lutté contre la domination noire. Mon idéal le plus cher a été celui d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales. J’espère vivre assez longtemps pour l’atteindre. Mais si cela est nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir".


 Nelson Mandela en compagnie de Walter Sisulu, dans la cour de la prison de Robben Island en 1966
Nelson Mandela en compagnie de Walter Sisulu, dans la cour de la prison de Robben Island en 1966
Le 12 juin 1964, Nelson Mandela et et sept autres accusés sont condamnés à la prison à perpétuité. (les 7 autres condamnés sont Walter Sisulu, Ahmed Kathrada, Govan Mbeki, Dennis Goldberg, Raymond Mhlaba, Elias Motsoaledi et Andrew Mlangeni). De 1964 à 1982, Mandela est emprisonné à Robben Island, près de Cape Town. En 1982, il fut transféré à la prison de haute sécurité de de Pollsmoor où il fut maintenu en confinement solitaire pendant 6 années au cours desquelles il fut autorisé à recevoir une visite de 30 minutes par semaine de sa femme Winnie. Lors du décès de sa mère et d’un de ses fils, Mandela ne fut pas autorisé à assister aux enterrements. En 1972, le gouvernement pro-apartheid lui offrit la liberté conditionnelle en lui proposant de reconnaître l’indépendance du Transkei et la politique des Bantoustans, ce qu'il refusa de faire, réaffirmant son allégeance à l’ANC et la fidelité à ses idées. Le gouvernement lui proposa une seconde fois la libération, dans les années 80 à la condition que l’ANC renonce à la lutte armée, proposition qu'il refusa de nouveau.

En 1988, Mandela fut hospitalisé pour cause de tuberculose, puis retourna en prison sous des conditions un peu moins contraignantes. L’aura de Nelson Mandela, de même que son souvenir, entretenus par l’ANC et par femme Winnie, n’avait cessé de grandir. Après plus de 20 années de prison, Nelson Mandela était devenu le plus ancien et le plus célèbre prisonnier politique du monde.

Parallèlement, la situation en Afrique du Sud était devenue intenable pour le régime de Prétoria. La mobilisation de la jeunesse des Townships était apparue dans les années 70 grâce à l’émergence de mouvements comme le "Black Consciouness Movement" de Steve Biko. La résistance à l’apartheid battait son plein à l’intérieur du pays, les manifestations anti-apartheid se multiplaient à l’extérieur (une campagne internationale en faveur de la libération de Nelson Mandela avait été lancée au début des années 80 par Oliver Tambo alors président de l’ANC), les pressions diplomatiques et le boycott international s’intensifiaient, enfin la fin de la guerre froide et la chute du mur de Berlin achevèrent d’isoler le régime de Pretoria. FW De Klerk alors président de l’Afrique du Sud se décida à libérer Nelson Mandela afin d’avoir un interlocuteur avec qui négocier.

 Mandela entrain de coudre des vêtements dans la prison de Pretoria avant d'être envoyé à Robben Island
Mandela entrain de coudre des vêtements dans la prison de Pretoria avant d'être envoyé à Robben Island
De Klerk espérait aussi pouvoir tirer parti de la fin de la guerre froide pour négocier en position de force : "Avec le déclin et l’effondrement du communisme en Europe de l’Est et en Russie les évenements ont pris un nouveau cours. L’ANC était précédemment en Afrique australe un instrument de l’expanionnisme russe ; mais quand cette menace a disparu, l’ANC s’est vu couper l’herbe sous le pied ; sa source de financement, de conseil et de soutien moral s’était écroulée. C’est comme si Dieu avait joué un rôle-un tournant dans l’histoire du monde. Il nous fallait saisir cette occasion".

Le 11 février 1990, Nelson Mandela fut libéré, après 26 années passées de prison. En 1991, il assuma la présidence de l’ANC redevenue légale. Mandela et De Klerk entamèrent alors des négociations.En effet, seul un compromis pouvait éviter une guerre civile désastreuse entre Noirs et Blancs en Afrique du Sud.

Les Extrêmistes blancs craignaient une Afrique du Sud libérée de l’Apartheid alors que parallèlement l’Inkhata, mouvement noir de culture zouloue, dirigée par le chef zoulou Mangosuthu Buthelezi, (descendant du célèbre roi zoulou Cetywayo qui avait vaincu les anglais en 1879) s’opposait à l’ANC, opposition bénie et encouragée par la frange extrêmiste des blancs afrikaaner, voire par le parti au pouvoir lui même, soupçonné de jouer un double jeu (les négociations d’un côté avec l’ANC, l’encouragement des divisions de l’autre afin de pouvoir être en position de force au cours des négociations). Des centaines de partisans de l’ANC et de l’Inkhata furent tués au cours des années 90-91. L’Afrique du Sud semblait alors se diriger vers une guerre civile sanglante et meurtrière qui risquait de faire imploser le pays.

 27 avril 1994 : les premieres elections libres ont lieu en Afrique du Sud.
27 avril 1994 : les premieres elections libres ont lieu en Afrique du Sud.
Cependant, après des négociations difficiles pour les deux camps, Mandela et De Klerk signèrent en septembre 1992 un accord créant une assemblée constitutionnelle qui devait rédiger une nouvelle constitution et servir de gouverment de transition. En 1993, Mandela et De Klerk obtinrent conjointement le prix Nobel de la paix. Les premières élections libres d’Afrique du Sud eurent lieu le 27 avril 1994. Le "one man, one vote" de l’ANC l’avait emporté. L’ANC gagna les élections en remportant 62 % des voix. Mandela devint le premier président de la république sud africaine post-apartheid. Le 2 mai, célébrant la victoire de l’ANC en présence de Coretta Scott King, la veuve de Martin Luther King, Nelson Mandela repris les mots du célèbre leader noir américain : "free at last, free at last..."

Mandela fut président de l’Afrique du Sud de 1994 à 1999 avant de passer le flambeau à Thabo Mbeki. Il s’est retiré de la vie politique et vit dans sa région natale, à Qunu dans la province du Transkei. Il est certainement le plus grand homme d’Etat africain du 20è siècle, en tout cas l’africain le plus respecté et admiré du monde.

Nelson Mandela : "Ce jour était le résultat des incroyables sacrifices de milliers d’hommes et de femmes, de gens dont le courage et les souffrances ne seraient jamais ni comptés ni remboursés. Ce jour là, comme tant d’autres fois, j’ai ressenti que je n’étais que la somme de tous ces patriotes africains disparus avant moi. Cette longue et noble lignée s’achevait et recommençait avec moi. Je souffrais de ne pouvoir les remercier et de savoir qu’ils ne connaitraient jamais le fruit de leur sacrifices.

 Nelson Mandela : "il faudra des années, et peut-être des générations pour guérir les blessures causées par l'apartheid"
Nelson Mandela : "il faudra des années, et peut-être des générations pour guérir les blessures causées par l'apartheid"
La politique d’apartheid a crée une blessure profonde et durable dans mon pays et dans mon peuple. Il nous faudra des années, et peut-être des générations, pour guérir ce mal terrible. Mais les décennies d’oppression et de brutalité ont eu un autre effet, inattendu celui-là, produit par les Oliver Tambo, les Walter Sisulu, les Luthuli, les Yusuf Dadoo, les Bram Fischer, les Robert Sobukwe de notre temps-des hommes d’un tel courage, d’une telle sagesse, d’une telle générosité qu’on ne verrait jamais leurs semblables. Peut-être faut-il ces abimes d’oppression pour créer une telle grandeur de caractère ? Mon pays est riche en minerais et en pierres précieuses enfouies dans son sol, mais j’ai toujours su que sa plus grande richesse était son peuple, plus fin, plus pur que ses diamants les plus purs".

En ce qui me concerne, je n’ai jamais regretté mon engagement dans la lutte, et j’ai toujours été prêt à affronter les épreuves qui m’ont touchées personnellement. Mais ma famille a payé mon engagement d’un prix terrible, peut-être trop élevé.(...) Au début, je n’ai pas choisi de placer mon peuple au-dessus de ma famille, mais en essayant de servir mon peuple, j’ai découvert que je ne pouvais plus remplir mes obligations de fils, de frère, de père, de mari".



Pour en savoir plus :
Nelson Mandela, un long chemin vers la liberté, Editions Fayard, également disponible en livre de poche.
Rosa Amelia Plumelle Uribe, La Féricuté Blanche, des non-blancs aux non-aryens, Editions Albin Michel




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