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Nelson Mandela (né en 1918) et la lutte anti-apartheid
(30/04/2006)
Né en 1918, leader politique, prix Nobel de la paix et chef d'Etat sud-africain, Nelson Rolihlahla Mandela est l'un des plus grands hommes d'Etat du 20è siècle
Par Paul Yange
 Nelson Mandela et Winnie Mandela le 11 février 1990
Nelson Mandela et Winnie Mandela le 11 février 1990
Nelson Rolihlahla Mandela (Rohlilahla signifie "celui qui crée les problèmes" en langue courante Xhosa) est né le 18 juillet 1918 dans la province du Transkei en Afrique du Sud. Son père, Gadla Henry Mphakanyiswa est un conseiller en chef des Xhosa (plus précisément de la tribu des Thembus) qui décède alors que son fils est âgé de 9 ans. Mandela quitte sa région natale en compagnie de sa mère, Nongaphi Nosekeni Mandela. Il va vivre chez Jongitaba Dalyndiebo, régent du peuple Thembu qui s’est proposé de devenir le tuteur du petit Rohlilahla à la mort de son père.

Mandela poursuit ses études au collège de Clarkebury, puis au lycée de Healdtown (il est alors âgé de 19 ans en 1937) qui est à l’époque le plus grand lycée africain en dessous de l’Equateur (plus d’un millier de lycéens garçons et filles). Il est admis à l’université de Fort Hare (qui resta l’unique établissement d’enseignement supérieur pour les Noirs d’Afrique du Sud jusqu’au début des années 60) qui compte 150 étudiants à l’époque et qui est un phare pour les universitaires d’Afrique australe, centrale et de l’Est. Mandela étudie le droit à Fort Hare et manifeste déjà une indépendance d’esprit qui est la marque d’un futur leader.

Au cours de sa seconde année d’études, il est élu membre du conseil représentatif des étudiants (CRE). A la suite des revendications des étudiants, Mandela et le reste du CRE demissionnent. Après la tenue de secondes elections, Mandela n’arrive pas à convaincre ses camarades de continuer le boycott et est le seul membre du CRE à demissioner une seconde fois. Il est convoqué par le directeur qui suspend ses études à Fort Hare, en lui permettant toutefois d'y revenir l'année suivante.


 Nelson Mandela au début des années 60
Nelson Mandela au début des années 60
Mandela retourne chez son tuteur. Quelques semaines après son retour, ce dernier lui annonce que son mariage est organisé et que sa future épouse a été trouvée. Ne voulant point subir un mariage forcé, Mandela s’enfuit pour Johannesburg. En compagnie de son cousin Justice, il travaille comme veilleur de nuit dans une mine, puis par l’intermédiaire d’un autre cousin, Garlick Mbekeni qui loge à Johannesurg et à qui il a confié son désir de devenir avocat, Mandela rencontre Walter Sisulu, âgé d’une trentaine d’années et qui dirige une agence immobilière spécialisée dans les propriétés pour africains. Ce dernier le met en relation avec un blanc libéral, Lazar Sidelsky, qui est avocat et possède un cabinet. Sidelsky accepte de prendre Mandela comme stagiaire et parallèlement, ce dernier étudie le soir à l’UNISA (University of South Africa) qui propose des cours par correspondance. Fin 42, Mandela obtient sa licence en droit.

En compagnie de Gaur Radebe, un autre noir africain travaillant dans le cabinet de Sidelsky, Mandela entre en contact pour la première fois avec un mouvement politique appelé ANC, "African National Congress" fondé en 1912. Début 43, Mandela s’inscrit à l’université de Witwatersrand pour préparer un LLB, diplôme menant au métier d’avocat. L’université de Witwatersrand était considérée comme la meilleure université de langue anglaise d’Afrique du Sud (les universités de langue anglaise étaient libérales et acceptaient des Noirs, ce qui n’était pas le cas des universités qui enseignaient en Afrikaans).

Mandela avait rejoint l’ANC à un moment où le mouvement était en crise. Les jeunes membres de l’ANC – parmi lesquels Anton Lembede, William Nkomo, Walter Sisulu, Oliver Tambo, Nelson Mandela, Ashby P Mda- s’étaient opposés à la participation des Noirs sud-africains à la seconde guerre mondiale. La vieille garde, menée par Alfred Batini Xuma était désireuse de ne pas embarrasser le gouvernement de Jan Smuts. Les jeunes de l’ANC désiraient dépoussiérer le parti qui était selon eux devenu le territoire d’une élite fatiguée, non militante et privilégiée. Fin 1943 la proposition de la création d’une ligue des jeunes de l’ANC est adoptée. La ligue des jeunes prone la mobilisation et les actions de masse, prenant en modèle les actions menées par Ghandi (le leader indien, avocat de formation a vécu 20 ans en Afrique du Sud avant de retourner en Inde. Sa philosophie influencera de nombreux membres de l’ANC parmi lesquels Albert John Lutuli, president du parti de 1952 à 1967 et prix Nobel en 1960). En 1945 et 1947, quatre membres de la ligue des jeunes de l’ANC sont élus au Comité National Exécutif de l’ANC (NEC), ce qui renforce le poids de la ligue des jeunes au sein de l’organisation.

 Nelson Mandela à 19 ans, à Umtata, dans la province du Transkei
Nelson Mandela à 19 ans, à Umtata, dans la province du Transkei
Après la seconde guerre mondiale, les élections générales blanches (les noirs n’ayant pas le droit de vote) de 1948 opposent l’United Party alors au pouvoir au National Party qui a publiquement soutenu l’Allemagne néo-nazie (1) pendant la seconde guerre mondiale. La campagne du National Party se concentre sur le "Swart Gevaar" (le "péril noir"). Les nationalistes sont dirigés par Daniel Malan et le programme de celui-ci est connu sous le nom d’Apartheid (terme qui signifie "séparation"). La base de l’apartheid consistait à affirmer que les Blancs étaient supérieurs aux Noirs, aux métis et aux Indiens, et sa fonction devait être de fixer pour toujours la suprématie blanche.

L’apartheid représentait la codification dans un système oppressif de toutes les lois et de tous les règlements qui avaient maintenu les Noirs dans une position inférieure aux Blancs pendant des siècles. Ce qui existait plus ou moins de facto allait être juridiquement entériné. A la suite de la victoire du National Party, plusieurs lois pro-apartheid furent votées : la loi intedisant les mariages mixtes voit le jour en 1949, de même que l’Immorality Act qui rend illégal les relations sexuelles entre Blancs et Non Blancs. Le "Population and Registration Act" classe les sud-africains par "race" en fonction de leurs couleurs.

L’onde de choc creée par la victoire le parti national poussa la vieille garde de l’ANC a accepter le programme d’actions inspiré par la ligue des jeunes (ce programme préconisait d’utiliser le boycott, les grèves, la désobeissance civile et la non-coopération).

Mandela était devenu le président des ligues de jeunesse de l’ANC en 1951 et fit campagne pour l’abolition des lois discriminatoires. Il fut nommé volontaire en chef du mouvement de résistance, "la campagne de défi", que l’ANC mena en 1951-52 en protestation contre les lois racistes du gouvernement pro apartheid. La campagne de défi, organisée de façon conjointe par l’ANC et les politiciens indiens sud-africains progressistes fut un immense succès puisqu’il permis aux effectifs de l’ANC d’atteindre 100 000 membres.

A la suite de son action dans la campagne de défi, Mandela fut arrêté et condamné à une peine de prison avec sursis, puis un peu après la fin de la campagne, il fut confiné à Johannesburg et il lui fut interdit d’assister à des rassemblements publics pendant 6 mois. Ayant quitté l’Université du Witwaterstrand pour résultats insuffisants, Mandela se présenta néanmoins à l’examen du barreau et obtint son diplôme d’avocat pendant cette période. Il créa ensuite en compagnie d’Oliver Tambo le premier cabinet d’avocats noirs de Johannesburg en août 1952 (Tambo et Mandela n’étaient pas les seuls avocats noirs du pays, mais ils étaient les premiers à être associés dans leur propre cabinet).


 Nelson Mandela dans le cabinet qu'il partageait avec Oliver Tambo
Nelson Mandela dans le cabinet qu'il partageait avec Oliver Tambo
Durant les années 50, Mandela se battit contre le "Bantu Education Act", contre l’instauration des pass laws (tout sud africain noir devait à partir de 1953 avoir un pass pour justifier son déplacement), contre la politique naissante des Bantoustans (qui consistait à regrouper la population noire dans des aires d’habitation spécifiques), contre l’Extension of University Education Act qui interdisait aux Non-blancs les Universités racialement "ouvertes".

Mandela fut l’un des leaders arrêté en compagnie de Luthuli et de 155 autres personnes lors du procès pour trahison en 1956. Il fut finalement acquitté ainsi que ses co-accusés en 1961. Le procès pour trahison s’était déroulé sur 5 années ce qui influa négativement sur les activités professionnelles de Mandela puisque ce dernier partageait son temps entre son cabinet et la cour où se tenait le procès.

Mandela fut de nouveau arrêté pendant l’état d’urgence qui suivit le massacre de Sharpeville en 1960 (69 personnes furent tuées et plus d'une centaine d’autres blessées par la police à la suite de manifestations pacifiques organisées contre l’existence des pass). Le congrès panafricain, qui avait organisé les manifestations à Sharpeville et l’ANC furent interdits à la suite des événements.

Après Sharpeville, il était devenu évident aux yeux de tous que la résistance non-violente n’était plus tenable. Mandela défendit la création d’une branche militaire au sein de l’ANC. En juin 1961, l’etat major de l’ANC examina la proposition d’utiliser également le sabotage et eventuellement la violence comme mode d’action. La conclusion fut que les membres de l’ANC qui voulaient s’impliquer dans des actions clandestines n’en seraient pas empêchés. Cette décision abouti à la création de Umkhonto we Sizwe encore appelé MK ("le fer de lance de la nation") qui allait devenir la branche armée de l’ANC.

 Nelson Mandela en costume traditionnel Xhosa
Nelson Mandela en costume traditionnel Xhosa
La création d’Umkhonto we Sizwe marquait un tournant dans la politique de l’ANC car l’organisation avait toujours refusé de recourir à la violence et à la lutte armée. Mandela fut l’organisateur d’une grève générale mi-mai 1961 à la suite d’une proposition faite au gouvernement de Pretoria, à savoir organiser une nouvelle constitution prenant en compte tous les sud-africains et basée sur des principes démocratiques. Le gouvernement décida de réagir en effectuant la plus grande mobilisation militaire depuis la 2de guerre mondiale. Mandela (qui était parallèlement à ses activités professionnelles le commandant en chef de MK) devint recherché par les autorités.

Il entra dans la clandestinté, puis voyagea dans le reste de l’Afrique. Sa mission était de chercher de l’aide et de ensibiliser les dirigeants africains à la lutte anti-apartheid en leur expliquant ce qu’était l’ANC (Le PAC, panafrican Congress crée en 1959 par Robert Sobukwe, ancien membre de la ligue de la jeunesse de l’ANC était alors plus connu en Afrique que l’ANC du fait de son panafricanisme affirmé et de sa non mixité raciale; en effet et contrairement à l’ANC qui était ouvert à des personnes de toute origine ethnique, le PAC était un mouvement qui ne pratiquait pas la mixité raciale).

Mandela devait également trouver des possibilités d’entraînement pour les hommes de MK dans divers pays d’Afrique. Il se rendit clandestinement en Ethiopie afin d’assister à la conférence d’Addis Abeba organisée par le Mouvement panafricain de Liberation de l’Afrique Orientale, centrale et australe.[b Il eut l’occasion de rencontrer en Ethiopie Hailé Selassié. Il se rendit également en Tanzanie, au Maroc, au Senegal, en Angleterre et s’entretint au cours de ses voyages avec Kenneth Kaunda, Julius Nyerere , Sekou Touré et Leopold Sedar Senghor.] En Ethiopie, Mandela suivit une formation militaire de 8 semaines, (prévue à l’origine pour 6 mois, mais le retour du chef de MK était attendu du fait de l’intensification de la lutte armée).

Vous pouvez accéder à la seconde partie de la biographie de Nelson Mandela.

(1) Parmi les hommes qui allaient devenir des personnalités influentes du parti national et de l'Afrique du Sud après la seconde guerre mondiale figuraient John Balthazar Voerster, membre de l'organisation terroriste pro-nazie Ossew Brandwag et Henrik Verwoerd, antisémite et pro-nazi convaincu, ce qui ne l'empêchera pas de devenir ministre des affaires étrangères de 1950 à 1958, puis premier ministre de 1958 à 1966


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