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Cameroun : La culture des pygmées Baka en grand danger
(01/08/2012)
Les pygmées Baka du Sud du Cameroun ont habité dans la forêt pendant des milliers d'années. Les sociétés minières et forestières mettent en danger leur culture
Par Ngala Killian Chimton

Le son de la chaîne d’une scie coupant les arbres sur le site minier de Ngoyla, au Sud-Est du Cameroun, donne des frissons à Lysette Mndum, une veuve Baka mère de trois enfants. Les Baka vivent près de la forêt qu’ils considèrent comme leur habitat naturel. Jusqu’à il y a quelques années, ils avaient peu de rapport avec le monde extérieur. Mais depuis que la forêt est devenue la cible d’intérêts commerciaux, les choses ont drastiquement changé.

Avec quelques 35000 pygmées Baka qui vivent dans les forêts du Sud du Cameroun, Lysette n’a jamais eu aussi peu de sa vie.

« Nous ne pouvons nous empêcher d’avoir peur. Chaque jour, des étrangers viennent nous chanter les louanges de la mine. Et avec les jours qui passent, nous voyons de plus en plus de restrictions sur nos droits », a déclaré Lysette.

« [I Le gouvernement camerounais et quelques hommes blancs nous ont chassés du cœur de la forêt et nous a parqués dans ce village. Maintenant nous allons dans la forêt et nous en ressortons le soir. Nous n’y sommes pas autorisés la nuit] ».

La famille de Lysette et les autres familles ont été forcés d’emménager dans un village au bord de la forêt. Mais les Baka n’aiment pas l’endroit. Ils ont été habitués à aller et venir d’un endroit à l’autre de la forêt à la recherche de gibier, de fruits sauvages et de tubercules, mais maintenant ils sont obligés de vivre une vie de sédentaire au bord de la route.

Lysette dit que cette politique les prive des bruits des oiseaux et des animaux qui faisaient partie de leurs vies et de leurs âmes.

Pendant la plus grande partie de sa vie, Lysette et la plupart des autres Baka vivent en communion avec la nature dans la forêt de Ngoyla-Mintom, une zone de 943 mille hectares d’une forêt quasiment vierge qui touche les régions de l’Est et du Sud du Cameroun. Mais aujourd’hui, la société Cam Iron a prévu d’extraire près d’un milliard de tonnes de fer d’ici 25 ans.

L’extraction minière et l’exploitation du bois sont des secteurs majeurs où le Cameroun espère faire d’énormes profits pour réaliser son plan de développement à l’horizon 2035. Bien que ce secteur soit le lieu de vie de plusieurs communautés rurales, il fournit plus d’un quart des revenus d’exportation du Cameroun.

« Les Baka ont vécu dans les forêts du Sud du Cameroun depuis des milliers d’années. Leur connaissance indigène est incroyable – les soins traditionnels, les plantes et les animaux, a déclaré David Hoyle, le conservateur du WWF.

« [i Mais l’état des choses change. Le Cameroun se développe. Donc le gouvernement pousse pour accorder des permis d’exploitation minière, forestière pour le développement général ».

Cette politique a conduit à l’arrivée massive des sociétés minières et forestières dans la région, ce qui crée des problèmes aux pygmées Baka qui sont des chasseurs traditionnels.



« Les Baka ne peuvent pas complètement dépendre de la forêt parce que les zones qui ont été classifiées zones de protection sont maintenant gérées par des organismes tels que le WWF », a déclaré Naah Ndobe, coordinateur au Centre pour l’Environnement et le Développement, une ONG basée à Yaoundé qui lutte pour le protéger l’environnement et les droits des pygmées Baka.

« Les parties les plus riches des forêts où ils avaient l’habitude de chasser du gibier et de se nourrir sont maintenant protégées et gardées. Les zones d’exploitation sont aussi gardées parce que ceux qui ont les permis ne veulent pas donner l’accès. Ils sont obligés de contrôler le braconnage », a-t-il ajouté.

Pour Naan Ndobe, les occupants originaux des forêts sont maintenant très vulnérables, privés de la terre dont ils ont profité pendant des générations.

Avec peu d’accès à l’éducation et aucun mot à dire dans les sphères de prise de décision, c’est dur pour les pygmées de se battre pour leurs terres ancestrales. Une combinaison de discriminations, d’intérêts économiques et de manque de contrôle prive les Baka de l’essence de leur existence. David Hoyle a travaillé avec les Bakas pendant longtemps et comprend leurs frustrations.

« Il y a beaucoup d’enjeux. Leurs traditions semblent disparaître. Ils ont d’énormes problèmes à s’intégrer dans la société. Il y a des gros problèmes avec l’abus d’alcool. C’est une situation triste », a-t-il déclaré.

Il a ajouté qu’il fallait trouver une solution qui conviendrait aux Baka tout en permettant au Cameroun de développer une économie émergente. Pour les Baka, il semble n’y avoir aucun moyen de préserver leurs traditions et leur culture uniques. Ils sont même privés de la possibilité de trouver des solutions alternatives.

« Un Baka ne peut pas vendre du gibier et envoyer ses enfants à l’école », a affirmé Ndobe. En effet, les communautés ont le droit d’utiliser les produits de la forêt, mais ne peuvent les utiliser que pour une consommation personnelle.

Le WWF a cependant travaillé avec des membres du gouvernement et les Baka pour trouver une solution. David Hoyle a affirmé que le WWF a négocié avec le gouvernement pour attribuer les droits d’accès aux Baka aux parcs nationaux de Nki et Bouba Bek.

D’après lui, c’est un geste important qui permettra aux Baka d’obtenir des produits forestiers autres que le bois comme les fruits sauvages, les tubercules, et les plantes curatives et d’accéder à leurs lieux de culte.

Mais Ndobe pense qu’une solution viable ne pourra venir que d’une politique de réforme complète qui protègera les droits fondamentaux des Baka. D’parès lui, les peuples indigènes devraient être mieux protégés au Cameroun, particulièrement depuis que le gouvernement a signé un accord avec les Nations Unies sur les droits indigènes.

« Les Baka partagent ces particularités hors du Cameroun. Dans le Bassin du Congo, on trouvera les Batwa, les Babugo et les Babute. A travers le monde, il y a des indigènes en Amérique latine et en Asie. Et dans le monde entier, ils ont des drotis qui doivent être reconnus ».

Ndobe a mis l’accent sur le besoin du gouvernement camerounais d’entériner des lois spécifiques reconnaissant les droits des Baka, citant les progrès effectués dans des pays voisins comme la RCA et le Congo.

Il reste à voir de quelle façon le Cameroun va s’investir sur le respect des droits de ses habitants indigènes qui représentent 1% des 19 millions de Camerounais, tout en maintenant le développement économique. Pour les Baka, c’est une question de vie ou de mort pour leur culture et leur identité uniques.


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