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A la découverte de l'origine de Yaoundé
(15/01/2006)
Le professeur Obama, philosophe et historien de renom, retrace les origines de la capitale politique du Cameroun.
Par Mathieu Meyeme

Acteur et témoin prépondérant de l’histoire de la ville de Yaoundé, le professeur Obama, philosophe et historien de renom, retrace les origines de la capitale politique du Cameroun. Il répond aux questions de Mathieu Meyeme et explique les grands points de la formation de Yaoundé, qui selon lui, a été fondée en 1889. Il nous parle des ewondo, du rôle des missionnaires, et de la vision qu'il a pour le futur de la ville.


Quelles sont les origines historiques de Yaoundé ?

Yaoundé vient de " ongola " qui signifie enclos ou clôture car un des premiers résistants qui s’appelait Ombga Bissogo disait à Essono Ela qui avait accueilli les premiers Blancs en 1889, de ne plus leur donner du terrain et de fermer les frontières de la ville à l’aide d’une clôture. La capitale a définitivement été fondée le 30 novembre 1889 par l’équipe Kurt Morgen, George Zenker et un certain Mebenga Mebono qui deviendra Martin Paul Samba, leur guide. Le premier nom de Yaoundé était " Epsum ", c’est-à-dire " chez Essomba ", ou encore " N’tsonum ", " chez Essono Ela ".

Mais d’où vient le vocable yaoundé ?

Déjà en 1887, une première équipe allemande était passée avec à sa tête le capitaine Kunt et Tapenbeck. Ce sont ces deux-là qui, en allant au sud-Nachtigal depuis Grand-Batanga et ayant aperçu des gens qui semaient des arachides dans cet endroit vallonné leur ont demandé qui ils étaient. Les planteurs ont répondu qu’ils étaient des " Mia wondo ", les semeurs d’arachides. Mais les Allemands, n’ayant rien compris ont traduit " yaundé ".

Quelles ont été les figures les plus marquantes de la ville de Yaoundé à votre époque ?

D’abord le chef de Ngoa Ekellé, Joseph Atemengué qui avait épousé la fille de Charles Atangana Ntsama, Ngono Ongola (de son vrai nom Cathérine Edzimbi). Ces deux hommes étaient des figures incontournables de Yaoundé à l’époque. La troisième personne est un Mvog ada de la même souche que André Fouda, Basile Emah ou Raphaël Onambélé Ela. Il s’agit de Joseph Onambélé Mbazoa qui, avec Joseph Atemengué étaient les deux seuls rescapés de la guerre ayant occupé Yaoundé de 1916 à 1921 alors que Charles Atangana (chef supérieur des Bétis) était en fuite avec les Allemands.

Yaoundé aujourd'hui
Yaoundé aujourd'hui
Et monsieur André Fouda?

La raison est politique. Charles Atangana Ntsama était de Mvog Atemengué, alors que Fouda André était un Mvog Tsoung Mballa ou Mvog Ada, mais ils sont tous les deux de la même souche. Toutefois, André Fouda sera d’un parti politique autre que celui de Martin Abega et André-Marie Mbida les grands ténors de la politique de l’époque. Ce qui ne va pas beaucoup l’avantager.

Quelle est la véritable origine des vrais Ewondo ?

Les Ewondo ne sont qu’une sous branche de la grande tribu des Bétis, les Beti be Nanga. Tous les bétis ont donc pour ancêtres, Beti be Nanga. Ce dernier sera appelé Nanga Akôn, chez les Bulu. Beti be Nanga a engendré Kolo Beti, Eton Beti, Mvele Beti, Mvélé Beti (les Bassa), Mvan Beti, Meka Beti (les Maka), Bulu, la seule fille et Ntumu le dernier-né. On peut dire que les Boulou ne sont pas des betis mais plutôt les neveux des betis. En réalité il n’y a que quatre petits groupes de vrais Ewondo : les Mvog Tsoung Mballa, les Mvog Fuda Mballa, les Mvog atangana Mballa et les Mvog Essomba Ndana.Les Etenga parment la même langue mais ne sont pas des Ewondo ; ils descendent des Tikars par le jeu des alliances de mariage et de sang pendant les guerres.

Comment voyez-vous Yaoundé au troisième millénaire ?

Il y a une très belle maquette de Yaoundé qui a été réalisée depuis le temps de Fouda André et qui a été parachevée par Emah Basile. Elle prévoie une grande route périphérique tout autour de Yaoundé. Tout y a été prévu, malheureusement, j’ai l’impression que son exécution tarde à se réaliser.

Aujourd’hui, il y a un sérieux problème de routes. A certains endroits, il y a plus de voitures que de piétons, car les ruelles construites par les Allemands n’avaient été prévues que pour le caracollage des chevaux. Certaines constructions se font sans un style approprié. Personnellement, je trouve que l’immeuble de la mort est une abomination de la désolation, on dirait qu’il manque des architectes dans ce pays. Je souhaite enfin que des espaces verts et des monuments soient créés dans la ville, sinon, comme le disait Monseigneur Zoa " Nous périrons avec notre ville au troisième millénaire. "

Pouvez-vous nous parler des quartiers de " la ville aux sept collines " ?

Tout part de la mode coloniale qui veut qu’un peu partout au Cameroun les quartiers se créent par affinités tribales (quartiers haoussa, bamiléké…). En tant que capitale politique, Yaoundé n’a pas échappé au foisonnement des quartiers périphériques : Biyem a si, Mimboman, Etoudi, Nlongkak, ou la savane des bœufs, ancien fief des haoussa, Efoulan qui signifie mélange des tribus de même que Nsimeyong que le sultan Njoya avait reçu de Charles Atangana en 1931.

Quelles ont été les premières grandes constructions de la ville ?

Les premières constructions de Mvolyé datent de 1901 à 1907, alors que le palais de Charles Atangana d’Efoulan a été construit entre 1904 et 1910, mais le plus vieux bâtiment de la ville est situé derrière le ministère des finances., à côté du petit cimetière allemand. Il a été construit par le Major Hans Dominik entre 1896 et 1899.

Quel rôle ont joué les missionnaires dans l’édification de la cité capitale ?

On ne le dit pas assez, mais les premiers missionnaires ne sont pas ceux de Mvolyé. Ce sont d’abord les missionnaires protestants de Djoungolo qui se sont installés à Yaoundé. Ensuite donc, Monseigneur Vieter et les Pères Pallottins arrivent de Kribi en 1901 pour créer Mvolyé qui veut dire " mvola ayie ", c’est-à-dire les gens chez qui il est difficile d’emprunter. Je ne saurais oublier le passage de Monseigneur Vogt qui va ordonner les tout premiers prêtres camerounais le 08 décembre 1935. Il créera ensuite les séminaires de Nlong, Saint Laurent de Mvolyé et Saint Joseph d’Akono dont je suis moi-même un produit avec le regretté Monseigneur Jean Zoa.

Entretien mené par Mathieu Meyeme

Source : GCNET.CM








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