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Fraude et Réseaux mafieux à l'ENAM
(01/08/2004)
L’affaire des candidats suspendus de l’Enam continue de défrayer la chronique. Le Dg Benjamin Amama qui donne l’impression de vouloir restructurer cette école voit sa tête mise à prix
Par Redaction

L’affaire des candidats suspendus de l’Enam continue de défrayer la chronique. Le Dg Benjamin Amama qui donne l’impression de vouloir restructurer cette école voit sa tête mise à prix. Le Messager a mené l’enquête.

Quartier général de Yaoundé cet après-midi du 28 juillet 2004. Beaucoup de joie et de fierté dans le regard de 23 jeunes gens déclarés définitivement admis au cycle A de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature pour l’année académique 2004-2005, en remplacement des candidats dont l’admission a été annulée pour “cause de fraude ou de corruption” selon les termes du communiqué du directeur de l’Enam. Il s’agit précisément de 22 personnes, Oumarou Yaya, né le 5 février 1979, ayant été admis à la fois au cycle “A” du concours de la division administrative et des régies financières, et au concours des auditeurs de justice à la division judiciaire de l’Enam. Tous effectuaient les formalités de leur mise en route pour Koutaba où ils doivent commencer leur formation par le service militaire. Ces jeunes gens qu’accompagnaient leurs parents et amis n’avaient pratiquement dans leur cœur que cette phrase méditative : “Dieu est grand”. Dieu, parce qu’il s’agit bien, sous le Renouveau, d’un miracle divin, de voir qu’une injustice a été rapidement corrigée alors qu’elle était pratiquement consommée.
Presque au même moment, ce même jour devant l’immeuble Etoile, une vingtaine de jeunes gens dont l’admission à l’Enam a été annulée font des pieds et des mains pour être reçus par le Premier ministre. Ils veulent amener le “chef du gouvernement” à intervenir “coûte que coûte” auprès du Dg de l’Enam Benjamin Amama pour leur admission. A défaut de se faire recevoir par le Pm, ces candidats “fraudeurs” auraient remis un mémorandum à ses collaborateurs. Mémorandum dans lequel, ils accusent entre autres, Benjamin Amama en personne, d’avoir mis en place “le réseau qui a avalé les millions des candidats à l’Enam”.

Panique
Dans le sérail, on indique pour comprendre les contours de cette affaire scabreuse dévoilée aujourd’hui au grand jour, qu’il faudrait remonter à la nomination de Benjamin Amama à la tête de cette prestigieuse école.
Benjamin Amama est nommé directeur général de l’Enam en septembre 2000, alors que la réputation de cette école est pratiquement ternie. Dion Nguté, qui, depuis quatre ans avait été nommé ministre chargé du Commonwealth, cumulait ses nouvelles fonctions avec celles de directeur général de l’Enam. Le laisser-aller, dit-on était alors général. C’est la période où l’on parle de listes additives des candidats dont la plupart est inscrite à l’Enam sans avoir présenté le moindre concours. Les réseaux des inscriptions frauduleuses sont multiples. Ministres, députés, membres du bureau politique et du comité central du Rdpc, proches parents de la première dame, bref tout le monde dans le sérail du Renouveau envoie des listes des noms pour une inscription à l’Enam. Les anciens fonctionnaires, (sous-préfets, adjoints d’administration, fonctionnaires des douanes, etc.), pour retourner à l’Enam, achètent pour la plupart du temps le concours. C’est dans cette atmosphère de délabrement total qu’est nommé Benjamin Amama. Au cours de la première réunion de prise de contact avec les élèves, cet Inspecteur principal du trésor, formé à l’Enam, qui a exercé tour à tour comme chef du service de la comptabilité aux Finances, Attaché à la présidence de la République, Chargé de missions dans les services du Pm puis Conseiller technique à la direction générale de la Recherche extérieure (Dgre), a alors cette phrase redoutable : “Je ne sais pas comment vous êtes entrés à l’Enam. Mais ce qui est sûr c’est que je saurais comment vous sortirez”. Il sera proprement hué par les élèves, parmi lesquels des anciens fonctionnaires qui le traiteront d’ailleurs, selon des sources crédibles de “petit prétentieux”.

Réinstaller la discipline
En tout cas, très vite, Benjamin Amama va imprimer sa marque en engageant immédiatement des réformes. Outre le service militaire qui est réintroduit dans la formation à l’Enam, la plus grande réforme est celle du retour de la discipline à l’école. Un membre du personnel de l’Enam que Le Messager a approché témoigne : “L’Enam, depuis des années, était devenue une école où les élèves n’échouaient jamais. Beaucoup parmi eux, dont les anciens fonctionnaires réadmis à l’école, non seulement ne venaient pas à l’école, mais achetaient les notes chez les enseignants qui les monnayaient. On a par exemple connu le cas d’un ancien sous-préfet réadmis à l’Enam, on ne sait trop comment, qui est venu une fois au début de l’année, et qu’on a revu la fin de la formation pour prendre son diplôme de sortie. Vous pouvez vous-mêmes la situation de cette école supposée former l’élite administrative du pays.” Dès octobre 2000 juger Benjamin Amama va exiger des enseignants qu’ils corrigent pendant les examens les copies des élèves toutes anonymées à l’école. De plus, il va demander l’application des textes sur la scolarité à l’Enam, à savoir tout élève qui a moins de 12/20 en moyenne générale redouble la classe. Celui qui a 10/20 est renvoyé.

Les conséquences sont immédiates
En fin d’année scolaire 2000-2001, pour la première fois depuis des années, des élèves de l’Enam vont être renvoyés de l’école pour incapacité, pendant que d’autres sont soumis au redoublement. Un enseignant vacataire dont les habitudes bien connues consistaient à monnayer des notes sera radié du corps enseignant. Mais, la plus retentissante des réformes initiées par Benjamin Amama portera sur le concours d’entrée à l’Enam en mars - avril 2001. Le directeur de l’Enam va faire respecter le règlement dudit concours qui exige aux candidats d’être en salle au plus tard à 7 heures le jour du concours. C’est ainsi que le jour dit, des centaines des candidats arrivés en retard, c’est-à-dire après 7 h, vont tout simplement être refoulés. Parmi ceux-ci, il y avait alors des enfants et des protégés des dignitaires du régime. Ce qui créa des scènes cocasses telle celle-ci : la fille d’un membre du gouvernement, a été renvoyée chez elle pour être arrivée en retard le jour du concours. Son père appelé à la rescousse débarque avec, dans sa limousine, son garde de corps et sa fille, pour essayer de forcer l’entrée du Lycée général Leclerc où se déroulait le concours. Niet ! Lui répondent les gendarmes postés au portail, sur instruction du Dg de l’Enam. D’autres candidats refoulés iront jusqu’à voir le Premier ministre qui va alors recommander qu’ils soient réintégrés en salles de concours, mais, en vain. Benjamin Amama s’étant montré ferme. Lorsqu’on ajoute à cela les rejets des listes des noms envoyés çà et là par des ministres, des députés, des hauts fonctionnaires de la présidence de la République, du Premier ministère et autres beaux parents du chef de l’Etat, on comprend bien que l’actuel directeur général de l’Enam qui a pratiquement mis sous l’éteignoir son adjoint, ne pouvait que susciter, hélas, des inimitiés dans le sérail. Un élève de l’Enam renvoyé pour incapacité et qui a agité les réseaux d’influence dans les hautes sphères de la République et a même saisi la justice pour sa réintégration, a vu son exclusion confirmée, il y a quelques jours.

Benjamin Amama,
rebelle ou manipulateur ?
C’est dans cette ambiance que Benjamin Amama, (“le rebelle” comme on l’appelle désormais dans le sérail), nommé conseiller à la présidence de la République le 21 octobre 2003 qui, veut réintroduire la discipline à l’Enam organise le concours d’avril 2004. Il a mis en place un cabinet de confiance dirigé par Madame Atangana Lydie. Professeur des lycées, cette vieille connaissance du Dg de l’Enam officiait comme chef service de la scolarité, puis chef de la cellule de la coopération internationale. Elle avait pratiquement toute la confiance de M. Amama. Selon certaines indiscrétions, il est établi que c’est cette dame de confiance du Dg qui a organisé la manipulation des notes avec la complicité d’un responsable informatique du cabinet du Dg. Ce cadre se nommerait aussi Atangana. La question que jusque-là les enquêteurs se posent dans cette affaire est : “comment ces manipulations ont pu avoir lieu, sans que Benjamin Amama n’ait pu s’en apercevoir à temps ?” Un des proches du Dg de l’Enam que Le Messager a rencontré, est formel : “Le Dg, à cause de ses occupations à la présidence, était très souvent absent. Il a ainsi fait confiance à Mme Atangana et son équipe, sans savoir que celle-ci avait déjà intégré un réseau mafieux où des candidats payaient d’énormes sommes d’argent”, explique-t-il. Faux ! Réplique un employé de l’Enam, approché par Le Messager. “Le Dg, ancien de la Dgre, avait les moyens, chaque jour, de vérifier les manipulations informatiques opérées sur les notes. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Là est toute la question”, sursure ce dernier.
Alors, pourquoi “M. Propre de l’Enam” a-t-il ouvert cette boîte à pandores ?
Des sources crédibles à l’Enam indiquent que tout serait parti d’une discorde entre M. Amama et Mme Atangana, au sujet du partage des sommes d’argent versées par les candidats corrupteurs. Le directeur se serait fait doubler par sa collaboratrice, qui a écarté certains protégés de son patron. Cependant, il se raconte que c’est après avoir affiché les admissibilités du cycle B avec toutes les manipulations et fraudes que le directeur aurait découvert le pot-aux-roses. Il met alors immédiatement en place une commission de contrôle et de vérification des résultats du concours présidée par lui-même. C’est cette commission qui, dans son rapport, va révéler toutes les manipulations des notes, les fraudes, mettant ainsi à découvert le vaste réseau de corruption en place. Ce qui va conduire à la suspension de 106 candidats du cycle A et du cycle B, déclarés jusque là admissibles.
Mais, toujours dans la valse des déclarations, une autre source soutient que le directeur était parfaitement au courant de tout. Ainsi, il aurait bien envoyé par deux fois, la liste des admis définitifs au ministre de la Fonction de publique, René Ze Nguele qui les aurait rejetées. Suite à ce double rejet, le directeur de l’Enam a pris les devants en désignant une commission de contrôle et de vérification qui a abouti aux résultats que l’on sait. Selon cette version qui paraît crédible au regard des moeurs du Renouveau, il sacrifie sa collaboratrice et les admis douteux. La suite on la connaît.
A la fin, cette affaire qui fait l’objet en ce moment des enquêtes accrues de toutes structures de sécurité et de renseignements a atteint les hautes sphères de la République. A tous les niveaux, on se rejette les responsabilités. Certains candidats victimes, par le passé et aujourd’hui, du système Amama, ont même saisi la justice. Mais de l’avis des observateurs avertis, le vrai débat porte sur le système mis en place sous le Renouveau, qui consiste à créer des inégalités dans la société camerounaise. Mais au fait, Benjamin Amama dont beaucoup parient déjà sur le sort à la tête de l’Enam est-il la victime d’un système qu’il gère ou un agent de la propagande électorale du régime Rdpc ? La gestion politique et judiciaire de cette affaire renseignera sur ses véritables tenants.



Par Jean François CHANNON- Le Messager



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