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Homosexualité au Cameroun
(05/02/2006)
La rédaction revient sur l'affaire des homosexuels Camerounais en jetant un regard critique sur deux des trois organes de presse qui ont osé « défier » la république.
Par Rédaction Bonaberi.com
Drapeau homosexuel en berne
Drapeau homosexuel en berne
Tout le Cameroun a suivi cette dernière semaine dans la presse, avec grand interêt et une probable surprise, la publication de listes d'homosexuels présumés parus dans trois journaux privés. L'affaire, particulièrement sujette à controverses, aura mis en rogne les personnalités indexées dont une partie a d'ailleurs décidé de monter au créneau à travers des procédures judiciaires et des démentis publics, criant à tout va, à la diffamation.

Depuis 2004 et l'annonce particulièrement superficielle du décès du président de la république Paul Biya lors d'un séjour en Suisse par le désormais célèbre Ndzana Sémé, aucune information, fausse ou vraie, n'avait autant défrayé la chronique et mobilisé l'opinion camerounaise dans son ensemble. Et si pour le cas du chef de l'Etat, le remue-ménage et le flou artistique autour de l'annonce de sa mort avaient pu être justifiés par l'impertinence des nouvelles technologies et le caractère quelque peu libertinageux qui prévaut quelques fois sur Internet, la récente affaire des homosexuels du Cameroun mis en lumière par trois hebdomadaires, ne peut que pousser à s'interroger voire à porter le discrédit, sur une presse écrite camerounaise en froid avec ses politiques et visiblement en mal de sensations fortes.

En effet, après nous être procuré les éditions de deux des trois journaux à l'origine de la publication des dites listes (La Nouvelle Afrique et L'Anecdote), il nous est apparu qu'aucun élément probant et tangible digne d'un travail journalistique d'envergure ne justifiait réellement la publication de tels noms, à part quelques rumeurs dont, nous le savons tous, les camerounais sont particulièrement friands en ces périodes de grandes crises, morale et matérielle.


Rien de nouveau dans La Nouvelle Afrique

Page de Une de La Nouvelle Afrique
Page de Une de La Nouvelle Afrique
Le cas de La Nouvelle Afrique, édition du 26 Janvier 2006, est particulièrement symptômatique de cette scissiparité et de ce malaise qui existent entre les politiques camerounais, l'élite et le reste du peuple dont la voix n'est portée, très souvent, que par la presse privée.

Dès sa couverture, La Nouvelle Afrique donne très rapidement le ton avec un titre délibérément provocateur aux allures de délation et de vendetta homophobe : « Homosexualité : Voici les pédés de chez nous ».

L'éditorial du directeur de la publication du journal, Biloa Ayissi, sera de la même envergure, passionné, mais néanmoins passionnant au regard de la justesse des questionnements soulevés :

« Qu'est-ce donc cette vie privée qui prive l'homme du droit à la reproduction ? Si tous les hommes deviennent des pédérastes, adeptes de la sodomie, privant l'être humain du droit à la reproduction, que deviendrait le monde ? ».

Toujours dans le même éditorial, Biloa Ayissi n'hésitera pas à indexer directement l'occident dans un propos qui ne saurait souffrir d'aucune contestation même s'il laisse transparaître un léger sentiment d'homophobie et de mépris envers nos élites, tant intellectuelles que politiques :

« La France, il n'y a pas longtemps, a cru devoir mettre sur un piédestal, les bienfaits de la colonisation. Les intellectuels du ventre qui écument nos pays n'ont évidemment pas réagi. Je les comprends. Ils sont le dépotoir des tares occidentales. Il ne faudra pas s'étonner que de hauts responsables de chez nous, comme le maire socialiste de Paris, clament leur homosexualité. La mondialisation et la globalisation ne seraient qu'un simple slogan si elles ne comportaient pas les affaires fessières. »

L'introduction au dossier en lui-même, sur une page, plus amusante qu'instructive, se fera sur la base d'informations qui veulent que ce soit Louis Paul Ajoulat, ex-gouverneur de l'Afrique Equatoriale française, l'initiateur de la pédérastie au Cameroun. Ce qui expliquerait d'ailleurs la débâcle d'André Marie Mbida - qui aurait refusé de s'y soumettre - face à Ahidjo lors du choix du futur président camerounais à la veille de l'indépendance. Ahidjo serait par ailleurs devenu par la suite la « femme » du dit Ajoulat, toujours d'après le journal.

Une autre anecdote, toujours contée par La Nouvelle Afrique, qui donne elle aussi à être vérifiée, entre les feus président Ahidjo et Mbok Mbok Mayi Matip, nous explique que selon de soi disant confidences de Mayi Matip de son vivant à des responsables de l'hebdomadaire, il avait été invité un jour par le président Ahidjo qui, alors qu'il était arrivé au palais présidentiel, ce dernier lui demanda de « baisser sa culotte. » Heureusement, d'après la Nouvelle Afrique et donc les dires même de Mayi Matip, après avoir été informé des intentions du président, il avait pris la précaution de « laisser son derrière sale », ce qui lui aurait permis de « rentrer chez lui sans être sodomisé », « les exhalations malodorantes de son derrière arrachant un cri de dégoût à Ahidjo ».

Voilà donc en substance comment est introduit ce grand dossier sur l'homosexualité au Cameroun, avec, néanmoins, une précaution d'usage en fin d'introduction : « S'agissant des « révélations » faites par les médias, il convient de dire qu'elles peuvent éventuellement comporter quelques inexactitudes. ». Précaution importante, tant ce dossier sera effectivement décevant en terme de pertinence journalistique.

Si l'entrée en matière du journal est donc particulièrement attractive, passionnante pour l'éditorial et hilarante pour l'introduction, grande est la surprise ou plutôt la déception, quand on rentre effectivement dans le coeur même des 4 dernières pages relatives à ce « grand dossier » sur l'homosexualité au Cameroun.

Moins qu'un dossier sur la pratique de la pédérastie dans notre pays, c'est un dossier sur l'Eglise et la franc- maçonnerie que nous offre La Nouvelle Afrique. D'ailleurs, il ne s'agit pas d'une réelle enquête, trois pages du dossier ne sont que la republication d'un ancien sujet du journal L'express International sur les francs-maçons intitulé : Le Grand Retour des francs-maçons. Sujet censé donner des « éclairages à la situation camerounaise ». Que nenni! Car, en effet, l'article ne nous éclaire en rien sur l'état de l'homosexualité au Cameroun et ne fait que présenter le fonctionnement général des loges maçonniques. A chacun, à partir de ces informations générales, de se faire ses conclusions sur les pratiques pédérastes dans notre pays sachant qu'en plus, dans la dernière page consacrée à ce dossier, aucun élément n'explique pourquoi telle ou telle personne fait partie de la liste. La Nouvelle Afrique se contentera d'afficher des noms et de perdre le lecteur dans un florilège de démonstrations sur les tendances homosexuelles dans les loges maçonniques et dans l'Eglise en général. Saut intellectuel assez surprenant pour des professionnels de l'information.

Et, finalement, il est de bon ton de s'interroger sur les vraies raisons qui ont poussé ce journal, dont on ne saurait nier le professionnalisme et la rigueur intellectuelle sur diverses autres questions, à publier cette liste si ce n'est pour surfer sur une vague de polémiques contribuant à distraire encore un peu plus l'opinion camerounaise et à l'égarer de choses relativement plus importantes pour l'avenir de notre pays.

Trop d'anecdotes dans L'Anecdote

Page de Une du journal L'Anecdote
Page de Une du journal L'Anecdote
Paru le 24 Janvier, à la suite du Journal « La Météo » qui était le premier à publier cette liste surprenante quelques jours auparavant, L'Anecdode nous présentera un dossier relativement plus intéressant ressemblant réellement au résultat d'une longue enquête.

La structure et le contenu global du journal saura nous conforter qu'il n'a pas été publié, uniquement, pour rebondir sur le terrain de la polémique. Le titre est sobre « La liste complète des homosexuels du Cameroun » et quatre pages sont dédiées au sujet dont trois exclusivement aux personnalités incriminées avec une petite présentation des éléments à charge contre eux.

Les trois premières pages du dossier, qui présentent les résultats de l'enquête sur les personnalités, rédigées par la plume même d'Amougou Bélinga, directeur de la publication du journal, sont particulièrement rassurantes. Le chapo qui introduit le dossier marque d'ailleurs un bon point pour le journal et est tout aussi poignant que celui de La Nouvelle Afrique, car posant relativement bien le problème :

« Des hommes se faisant l'amour par des orifices les plus dégoûtants, ou les femmes s'entre-léchant tendrement. Il s'agit bien d'actes crapuleux pour la décence sociale.[...]De la base au sommet de l'Etat, dans la culture comme dans le sport, dans l'administration comme dans les affaires, même au sein du clergé, l'homosexualité trace sa voie au Cameroun, avec parfois comme acteurs ceux-là dont la fonction commande plutôt de la combattre. Faut-il s'en complaire en restant silencieux face à la valse d'invasions incestueuses qui polluent la société ? [...]L'Anecdote refuse de se rendre complice de la déliquescence civique et morale de la jeunesse. »

Cela dit, lorsqu'on rentre effectivement dans le coeur du dossier et le décortiquage tête par tête des homosexuels présumés, on est surpris par le manque d'éléments probants. Revenons sur quelques cas.

** Philippe Mbarga Mboa, Ministre des Sports
L'Anecdote parle de « murmures » à Yaoundé : « ses ébats amoureux avec sa dame Aristide Okouda étaient murmurés dans la capitale ».

** Marie Claire Nnana, DG de la Sopécam
Le journal parle là « d'indiscrétions » : « Nos indiscrétions la disent d'une gloutonnerie sexuelle mais plutôt avec des partenaires de même sexe ».

** Marafa Hamidou Yaya, Ministre d'Etat en charge de l'AT
Le journal utilise les termes « les coulisses du pouvoir » et « murmures » : « Dans les coulisses du pouvoir, il se murmure que c'est à travers lui que la présidence de la république a été infectée par l'ignoble activité. »

** Père Jean Hervé, principal du collège Mvogt de Yaoundé :
L'Anecdote réutilise le terme « indiscrétions » : « Selon certaines indiscrétions recueillies au sein de son établissement, la sodomie des jeunes ferait partie de son sport favori ».

** Yannick Noah, préparateur psychologique des lions
Le journal utilise le conditionnel et parle d'une revue qu'il ne cite pas : « Yannick Noah aurait avoué son homosexualité dans les colonnes d'une revue française. »

Tout le reste du « décortiquage » des éléments qui ont permis de lister les présumés homosexuels sont de cette teneur : ils sont flous. A croire que les journalistes se sont contentés de faire une compilation de toutes les rumeurs et les ragots qu'on pouvait entendre dans les artères de Yaoundé. L'utilisation des mots « indiscrétion », « murmures » et l'usage massif du conditionnel démontre dans ce dossier de la grande nécessité de réserve qu'il faut accorder aux informations distillées.

Pour clôturer leur dossier, L'Anecdote reviendra en dernière page reviendra sur la pratique de l'homosexualité dans la franc-maçonnerie, dans l' église et sur l'appel à lutter contre ce « fléau », lancé le 25 Décembre dernier par l'archevêque Victor Tonye Bakot. Rien de plus qui pourrait conforter le sentiment d'homosexualité de tel un ou tel autre.

Finalement, s'il faut dire que l'entrée en matière de L'Anecdote avait de quoi ravir plus d'un, à la lecture complète du dossier, on reste malheureusement sur notre fin tant les éléments de démonstration auront été d'une légereté journalistiquement inacceptable. Et là encore, de s'interroger sur les motivations qui furent celles de rédaction de ce journal lors qu'a été prise la décision de publier cette pseudo-enquête ?

Homophilie ou homophobie

Néanmoins, au vu des réactions que cette affaire a provoqué sur le triangle national, il est important de préciser que si l'on sort du cadre du libéralisme sexuel occidental qui voudrait que chacun puisse librement disposer de ses moyens de reproduction comme il l'entend, le fait de diffuser une liste de personnes homosexuelles, de surcroît des personnalités publiques, ne devrait avoir rien de choquant. En effet, en plus du fait que cette pratique se place en porte-à-faux des traditions séculaires africaines, il est utile de préciser qu'elle est aussi punie par la législation. Toute personne dont on aurait réussi à établir des orientations sexuelles homosexuelles tombent donc sous le coup de la loi : la loi de Dieu pour ceux qui y croient, mais surtout la loi pénale Camerounaise sous couvert de l'article 347 bis ordonnance de 1972 qui condamne fermement la pédérastie.

Le vrai problème ne réside donc pas dans la publication de ces noms, d'un point de vue strictement journalistique, mais plutôt dans l'acharnement par trois journaux (aux sources clairement disparates), à publier des noms sans faisceau de preuves et sans enquête digne de ce nom, avec ce que cela peut provoquer comme atteintes à la vie privée, dans une société africaine où le regard de l'autre change parfois radicalement sur la base de simples rumeurs.

Que ce soit dans La Nouvelle Afrique ou dans L'Anecdote, aucun témoignage, aucun nom de personne vivante, aucune photo, aucun extrait de courrier, de conversation téléphonique ou autre chose tendant à corroborer les affirmations n'a été présenté aux lecteurs. Rien. Que des sommes d'anecdotes aux origines douteuses et qui ne sont, dans l'état actuel des choses, pas forcément vérifiables. De plus, connaissant l'imagination dont font preuve les camerounais pour transformer en vérité intangible de simples élucubrations au coin d'une gargotte, il y'a lieu de s'inquiéter sur la forte probabilité du caractère diffamant d'une partie de cette liste d'homosexuels présumés.

Le cas de La Nouvelle Afrique restera certainement le plus édifiant tant son dossier, relativement hors-sujet sur le thème de la liste même, aura fait montre d'un manque de rigueur journalistique et de profondeur sur la vraie question de l'homosexualité dans notre pays.

Dans tous les cas, nos deux hebdomadaires devront comprendre qu'une affirmation, même vraie mais énoncée sur la base d'une démonstration boiteuse ou fausse n'a pas plus de poids qu'une affirmation erronée.

Néanmoins, à défaut d'avoir montré au grand jour les quelques lacunes d'une presse écrite, qui on l'espère saura retrouver ses lettres de noblesses, les journalistes de nos deux hebdomadaires auront au moins, accordons le-leur, eu le mérite de poser enfin, vigoureusement, le débat sur l'homosexualité au Cameroun et sa pratique dans les cercles du pouvoir à des fins machiavéliques.

En conclusion, la question qu'il est légitime de se poser est de savoir s'il faudra, s'obstiner à interdire la pédérastie et pérpétuer ainsi notre tradition homophobe en se cachant derrière le masque de valeurs morales elles-mêmes profondément meurtries par les offensives culturelles extérieures. Ou encore, finalement, se plier aux normes de notre gourou de toujours, l'occident, et devenir ainsi un des chantres de l'homophilie en Afrique ?

Seul l'avenir nous le dira.

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Vous pouvez consulter une des listes parues dans l'un des journaux en cliquant ci-dessous :

- Liste complète des 50 personnalités homosexuelles






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