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Comfort Effion : "Dans certaines familles au Cameroun, on mutile des bébés agés de sept jours !"
(09/02/2010)
Présidente d'une association de lutte contre les pratiques néfastes à la santé de la femme, Comfort Effion a répondu aux questions de Bonaberi.com sur le phénomène de l'excision.
Par Rédaction Bonaberi.com (Anne Mireille Nzouankeu)
Comfort Effion dans les locaux de son association
Comfort Effion dans les locaux de son association
Présidente de la branche camerounaise du Comité interafricain de lutte contre les pratiques néfastes à la santé de la femme et de la jeune fille, Comfort Effion combat les mutilations génitales féminines au Cameroun. Elle a répondu aux questions de bonaberi.com.

Quelles sont les différentes formes de mutilations génitales qu’on trouve au Cameroun ?

Il faut d’abord dire que la mutilation est une pratique traditionnelle et culturelle néfaste à la santé de la femme et de la fille. On rencontre principalement quatre types de mutilations au Cameroun.

- Il y a ce qu’on appelle clitoridectomie qui consiste à enlever la tête du clitoris ;

- L’excision consiste à couper le clitoris et la petite lèvre du vagin. C’est la forme de mutilation la plus courante au Cameroun ;

- L’infibulation consiste à enlever le clitoris, les petites lèvres, les grandes lèvres et à coudre la partie du vagin qui reste. On prévoit juste une petite ouverture pour laisser passer le sang des menstruations et les urines. Nous avons vu ce type de mutilation à l’Extrême Nord. Lorsque la fille se marie, on ouvre le vagin pour qu’elle puisse avoir un acte sexuel avec son mari, pour que le mari puisse la pénétrer. Lorsqu’elle est enceinte, on referme le vagin et on l’ouvre au moment de l’accouchement. De même, lorsque le mari doit voyager, on coud à nouveau le vagin. Dans la tribu Idjagan de Mamfé au Sud Ouest, nous avons constaté qu’on enlève le clitoris, les petites et les grandes lèvres et on laisse la femme ouverte sans la coudre ;

- Nous avons enfin ce qu’on appelle les pratiques non classifiées. Il s’agit par exemple de mettre le tabac, des sortes de petits cailloux blancs et bien d’autres choses dans le vagin pour dit-on, le nettoyer et le resserrer. C’est à déconseiller car de telles pratiques provoquent des saignements et des blessures dans le vagin au moment des rapports sexuels. Or les maladies sexuelles et le Sida se transmettent plus vite dans des cas pareils.

Quelles raisons évoque-t-on pour justifier ces pratiques ?

On parle d’une tradition qui se transmet de générations en générations : la mutilation est ici, un rite d’initiation à la vie. Dans d’autres tribus, on dit le faire pour que la fille puisse facilement se marier car les hommes n’acceptent pas d’épouser les femmes non mutilées.

On oublie souvent de mentionner que les parents paient pour faire exciser leurs filles et qu’il y a des familles bien précises qui ont pour seule activité l’excision : elles ne vivent donc que des revenus issus des mutilations. Dans ce contexte, il est difficile pour les exciseuses d’arrêter de le faire puisqu’il s’agit là de leur seule source de revenus.

Nous avons récemment mené une recherche opérationnelle pour voir pourquoi cette pratique résiste tellement à l’évolution des mœurs. La raison la plus évoquée est qu’elle procure de l’argent aux exciseuses et que ça fait partie des coutumes. Mais nous avons découvert que lorsqu’on coupe ces parties génitales, on les sèche. Dans certains villages on les écrase et on les met dans la nourriture. Il parait que ça donne la force et la puissance aux hommes. En Afrique de l’ouest par exemple, le clitoris entre la composition de certaines potions magiques : les blindages, les charmes d’amour…etc . Il est possible que ce type de raisons contribue grandement au refus d’arrêter les mutilations féminines.

Il ya aussi qu’au Cameroun, aucune loi ne l’interdit. Mais le ministère de la Promotion de la femme et de la famille a déjà introduit une proposition sur les violences faites aux femmes. Dans cette proposition, il y a un article qui parle des mutilations génitales féminines.

Puisqu’on parle de rite d’initiation à la vie : y a-t-il un âge où un moment précis pour pratiquer ces mutilations ?

Dans certaines familles, on le fait sur les bébés âgés de sept (07) jours. Nous avons vu de tels cas au quartier Briqueterie de Yaoundé. Officiellement, on dit qu’on organise une cérémonie pour donner un nom au bébé sept jours après sa naissance. Mais après lui avoir donné un nom, on mutile l’enfant. Puis on organise une grande fête pour célébrer l’évènement.

A Mamfé, il y a des tribus qui le font sur des bébés et d’autres sur des filles au moment d’avoir leur premier enfant. La raison qu’ils invoquent est que la fille aura ainsi beaucoup d’enfants. Il faut préciser que c’est la famille qui amène l’enfant chez l’exciseuse. Après la mutilation, on organise une grande fête et on remet des cadeaux à la petite fille.

Nous avons aussi vu des cas où des femmes meurent mais on les mutile avant de les enterrer.

Quels sont les dommages causés par ces pratiques ?

Le dommage le plus visible est la douleur. On mutile ces filles sans anesthésie, comme des animaux. Dans les cas d’infibulation par exemple, on ouvre et ferme constamment le vagin sans anesthésie. La fille doit subir le rapport sexuel ou l’accouchement alors que la blessure n’a pas eu le temps de cicatriser. Imaginez la douleur.

A côté de la douleur il y a le saignement. Les filles mutilées perdent beaucoup de sang avec des risques d’anémie et même de mort.
La mutilation pose des risques d’infections. Il est vrai que certaines exciseuses utilisent de plus en plus des lames de rasoir mais c’est généralement avec de vieux couteaux non stérilisés que ces mutilations sont pratiquées. A Mamfé par exemple, ça se fait derrière la maison et vous savez qu’au village c’est derrière la maison qu’on verse les ordures…etc. Les conditions d’hygiène ne sont pas assurées. On peut aussi citer les dommages psychologiques.


Face à tout cela, que fait votre association ?

Notre association fait la sensibilisation. Nous leur parlons des méfaits de cette pratique. Nous formons également des pairs éducateurs : des ressortissants des régions concernées. Ils vont à leur tour sensibiliser leurs frères. Nous travaillons également avec les chefs de villages qui jouent un rôle très important dans la perpétuation de l’excision. On sensibilise les chefs et à leur tour, ils sensibilisent leurs populations et même les autres chefs. Nous produisons des prospectus.

Nous mettons sur pied des activités génératrices de revenus pour les exciseuses afin qu’elles acceptent de changer de métier. A l’heure actuelle, beaucoup de villages dans le Sud Ouest ont cessé les mutilations. Depuis presque 20 ans, notre association, le Comité interafricain de lutte contre les pratiques néfastes à la santé de la femme et de la jeune fille travaille principalement dans l’Extrême Nord, le Sud Ouest et le quartier Briqueterie de Yaoundé.

Au bout de 20 ans d’activité quels changements concrets observez-vous ?

Après les sensibilisations, il y a beaucoup de filles qui se sont opposées à leur mutilation. Il y a aussi des mamans qui disent qu’elles ont été excisées mais ce ne sera pas le cas de leur fille. Elles s’opposent à la mutilation de leurs filles au point d’être parfois chassées des villages.

Au début, les gens n’osaient pas en parler : c’était un sujet tabou. Mais avec la sensibilisation, on en parle déjà ouvertement même si la pratique continue. J’ai l’espoir qu’avec le temps, on va éradiquer ce phénomène puisqu’ on en parle déjà ouvertement. Il y a même des femmes qui témoignent bien que ce soit à visage caché. Or avant, on n’admettait même pas l’existence de cette pratique.

Quelle difficulté rencontrez-vous ?

Il y a l’accès à l’information et aux victimes. C’est difficile d’arriver brusquement dans un village et de se mettre à parler d’un sujet aussi délicat. Il faut une personne ressource du coin pour vous introduire dans cette communauté là et vous servir de guide.

Nous avons des difficultés financières car il faut par exemple des moyens pour mettre sur pied des activités génératrices de revenus pour les exciseuses. Et il faut tout le temps revenir sur les lieux, les encourager…etc

Et il y a aussi l’accès à certaines zones. Les villages sont enclavés et on doit marcher de longues heures à pied. Et quand il pleut, ces villages sont complètement coupés du monde. Lorsque les habitants de ces villages voient un étranger, ils sont plutôt surpris car ils sont habitués à vivre en vase clos.

Nous avons eu des problèmes avec certains ressortissants de ces villages qui s’opposent à nos actions, y compris avec des intellectuels. Nous avons même vu le cas d’un médecin qui fait mutiler ses filles. C’est dire que la mutilation n’est pas toujours liée au niveau d’instruction, mais plus, au poids de la tradition.

Voir aussi : Chaque année, trois millions de filles sont exposées à l’excision


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