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Cameroun : l'affaire Albatros et Inoni Ephraim (02/05/2008)
Où l'histoire selon laquelle son Excellence le président de la République Paul Biya a bien faillie être roulée
Par Xavier Luc Deutchoua
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On peut affirmer avec certitude: courant octobre 2002, Assets Porfolio Management (Apm), a tenté de fourguer un avion au chef de l'Etat. Pour les besoins de la cause, cette S.A au capital de 140 millions de francs est constituée en l'étude Me Béatrice Rufine Assena le 1er août 2002.

L'acte de naissance de la société précise qu'elle se spécialise dans le trading pétrolier (achat et vente du pétrole brut et des produits pétroliers dans la sous-région d'Afrique centrale), le négoce international (import-export)… Parmi les fées réunies ce 1er août 2003, autour du berceau du bébé naissant, on retrouve  Kevin Walls, le " chief exécutive " de Aircraft Portfolio Management (à ne pas confondre avec Assets Portfolio Managment), une autre entreprise basée à Londres, et enregistrée aux Iles Caïmans, Otélé Assomba, Elongue Johnson Lifange, Tomaszewski Philippe, et… Inoni Ephraim, alors secrétaire général adjoint de la présidence de la République.

L'implication de Inoni Ephraim dans cette affaire serait un cas d'école de confiance mal placée. Kevin Walls, comme beaucoup d'investisseurs étrangers, aurait estimé que l'environnement des affaires n'est pas sécurisé au Cameroun, et que rien n'est possible sans un parrainage venu d'en haut. Il aurait donc jeté  son dévolu sur le secrétaire adjoint à la présidence. Au vu des documents, cette société se serait constituée en l'absence de Inoni Ephraim. A la lecture des documents, le Sga /Pr de l'époque n'est pas actionnaire, et n'a pas pris part à l'assemblée générale constitutive de Apm. Mis au courant de l'initiative  de son solliciteur, Inoni Ephraim  a demandé au  notaire d'annuler l'acte. Ce qui, on peut l'attester aujourd'hui sur la foi d'un témoignage digne de crédit, est fait illico presto.

Kevin Walls entreprend aussi d'intéresser d'autres personnes. Le 11 août 2002, soit moins de deux semaines après la création de Apm, sans même attendre l'enregistrement par les services des impôts de son acte de constitution, il fait de avances  au  cabinet civil de la présidence de la république. L'offre de services  est précédée d'un mot sur les états de service de Apm. Kevin Walls affirme être le consultant de plusieurs gouvernements et institutions multinationales et compagnies aériennes. Il insiste sur le caractère confidentiel de ses relations avec ses partenaires qui se recrutent à travers le monde. Au nombre de ses prestigieux clients il mentionne les gouvernements sud-africains et indonésiens qui, dit-il, viennent de bénéficier de son assistance pour " le choix et le financement d'un avion convenable ". Le chef d'état-major particulier du chef de l'Etat reçoit un courrier en tout point similaire.

 
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Les destinataires de ces missives ne sont pas choisis au hasard. L'un et l'autre interviennent dans la gestion et la sécurité des voyages officiels. Tous deux ont l'oreille du chef de l'Etat. Kevin Walls qui leur écrit de l'étranger émet le souhait de rencontrer personnellement ses correspondants… Ce vœu a-t-il été exaucé ? Difficile de répondre. Toujours est-il que, quelques jours plus tard, Kevin Walls séjourne à Yaoundé, avant de regagner Londres le 19 août à bord d'un avion Airbus 340 de Air France.

De toute évidence, Kevin Walls a suffisamment mis à profit son séjour dans la capitale pour donner un coup d'accélérateur à ses affaires. Au début du mois d'octobre 2003 en effet, la communication est des plus fluides entre la camerounaise Assets Portfolio Management et Kevins Walls, d'une part, et des responsables haut placés, d'autre part. Le 10 octobre, Apm adresse à Mme Nyangang, conseiller à la présidence, un  dossier pour livraison d'un Boeing Business Jet (Bbj) au président Biya. Il se dit à même de livrer le Bbj " avant la fin de l'année".

Le Bbj proposé à Paul Biya appartient à la famille des 737. Conçu pour satisfaire la demande en avions d'affaires de grande autonomie, il est quatre fois plus spacieux que les autres "executive jet" de la même gamme. Le premier spécimen est sorti des usines Boeing à Seattle en 1998. Celui proposé par Apm, au prix de 56.75 millions de dollars (31,21 milliards de Cfa), est donc âgé de moins de cinq ans. Il peut voler de Yaoundé à Washington sans escale.

Pourquoi le silence est-il subitement retombé sur l'offre Apm ? Le marché de l'audit de la Camair, finalement confié à  Apm au prix, semble t-il, de moult entorses à l'éthique commerciale, a-t-il apaisé l'appétit de cette société grossièrement prédatrice? Les collaborateurs du chef de l'Etat se sont-ils aperçus que l'affaire sentait le roussi? Le projet a-t-il été abandonné faute de recueillir la bénédiction de Paul Biya?

Faute d'obtenir des réponses des protagonistes camerounais et londoniens de l'affaire, nous nous sommes mis sur les traces  de Aircraft portfolio Management, la maison mère de Assets Portfolio Management, à travers  le monde. Première escale : le numéro 1 502 564 5550, présenté sur les correspondances adressées à la présidence comme l'adresse téléphonique de Apm aux Etats-Unis : " This is a State government office ", répond une voix féminine qui  marque sa surprise. La dame au bout d fil n'a aucune idée de Aircraft Portfolio Management, et nous renvoie à la Dun and Bradstreet, une banque de données qui rassemble les renseignements sur des millions d'entreprises installées ou représentées aux Etats-Unis. Là aussi, aucune trace de Apm.

Conclusion : Paul Biya a échappé de justesse à une escroquerie. Mais n'en a  tiré aucun enseignement. Le souffle paresseux de l'Albatros a aveuglé le chef de l'Etat,  balayé les leçons de l'affaire Apm, et étouffé les cris de geai du Fonds monétaire international.

 
Source : Le Jour
 
Mots-clés
  ephraim inoni   paul biya   points de vue   
 
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