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Cameroun : Haïti, Issa Tchiroma et le million de dollars
(17/03/2010)
Où est passé le million de dollars promis par le chef de l'Etat Paul Biya au gouvernement haïtien et annoncé tambours battants par Issa Tchiroma le 27 Janvier dernier ? La question reste ouverte.
Par Yann Yange
Le Ministre de la communication a démenti les rumeurs selon lesquelles le Cameroun n'aurait pas versé l'argent à Haïti
Le Ministre de la communication a démenti les rumeurs selon lesquelles le Cameroun n'aurait pas versé l'argent à Haïti
On s’était réjoui de l’élan de solidarité envers le peuple frère d’Haïti après la catastrophe qui avait décimé ce petit pays d’Amérique en Janvier dernier. On s’était réjoui, aussi, de ces déclarations de bonnes intentions qui démontraient toute l’émotion suscitée partout dans le monde par un drame d'une telle ampleur. On s’était réjoui, enfin, de la mobilisation générale, des pays riches aux nations les plus démunies d’Afrique, autour de cette terrible tragédie.

Malheureusement, deux mois plus tard, après que les caméras de télévision du monde entier aient quitté Port-au-Prince et que la tempête médiatique se soit définitivement estompée, les promesses grandiloquentes et enflammées des premiers jours étaient, pour certaines, toujours restées lettre morte. Le Cameroun, qui s’était joint plusieurs semaines après les premières annonces de dons à la très nombreuse liste des potentiels donateurs, n’a pas échappé à ce bien triste travers : faire des promesses qu’on « oublie » ou auxquelles on ne tient pas.

La semaine dernière, alors que la liste des donateurs officiels (*) qui devaient participer à la conférence pour Haïti le 31 Mars prochain était rendue publique, quelle ne fut pas la surprise de s’apercevoir que le Cameroun, qui s’était pourtant engagé par le biais de son ministre de la Communication à envoyer 1 million de dollars à Haïti ainsi qu’un contingent humanitaire constitué de personnels en tout genre, n’était répertorié nulle part. Sur aucune liste, aucun document, nada. Le « Cameroun au secours d’Haïti » n’existait plus. Les belles paroles d’Issa Tchiroma au sujet d’un chef de l’Etat qui avait pris acte de la douleur d’un peuple ami ? Envolées ! Des traces de la rondelette somme de 1 million de dollars ? Disparues !

On s’était pourtant pris à rêver. Pris à penser que ce petit pays pauvre de l’Afrique centrale, connu pour son effacement légendaire sur la scène internationale, nous aurait évité de tels égarements. Que ce soit pour nous-mêmes et pour notre orgueil diplomatique. Que ce soit au regard de l’ampleur du drame qu’a vécu Haïti ou de l’importance que revêt un engagement officiel. Eh bien non ! Les officiels camerounais n’ont pas dérogé à leurs bonnes vieilles habitudes : laxisme toujours de mise, amateurisme de rigueur et je m’en fout-isme en ligne de mire. On promet et on s’en fout. On annonce et on s’éclipse. On décrète et on disparaît. Habitués à ne rendre de comptes à personne, la gouvernance a toujours bon dos sous les tropiques. On peut se permettre n’importe quoi et personne ne nous en tiendra rigueur : le peuple camerounais n’est point souverain.

L’entourloupe du don camerounais à Haïti, puisque c’est désormais comme cela qu’il faut l’appeler et ce, malgré les dénégations d'un ministre de la Communication transformé en laudateur de la République, démontre à souhait les carences de ces « érudits » qui dirigent tant bien que mal notre pays. Il démontre aussi la face scabreuse et l'irresponsabilité d'un régime agonisant, assis sur une légitimité populaire contestable, qui a relégué la rigueur dans la gestion publique au dernier rang de ses préoccupations. Car comment expliquer qu'alors que le Gabon, le Ghana, l’Afrique du sud, le Sénégal et quelques autres pays africains envoyaient leurs dons par les canaux officiels, le Cameroun était le seul à faire parvenir son soi disant chèque « numéro 2796 » - merci Issa Tchiroma ! – directement à la banque centrale d’un pays décimé par un tremblement de terre comme on n'en a pas connu dans cette région depuis 10 ans ? Il y a sans nul doute dans ce fonctionnement la symbolique de quelque chose qui ne tourne pas rond dans notre pays.

La logique du don à Haïti, déjà contestée par certains de nos compatriotes dans un pays où les gens meurent encore dans les hôpitaux à cause de quelques coupures de CFA et où les pénuries d’eau mettent à mal le train-train quotidien durant plusieurs semaines, est d’autant plus abjecte qu’on ne saura peut-être jamais si cet argent est effectivement parvenu aux populations endeuillées d’Haïti ou s’il est resté pourrir dans les caisses personnelles de l’un de ces innombrables courtisans qui emplissent les édifices ministériels. Et quelle que soit finalement la réalité de cette affaire, le gouvernement camerounais a, une fois encore, mis en lumière ses carences en termes d’administration publique. « Le Cameroun c’est le Cameroun » diront certains, mais il faut de temps en temps être sérieux. Haïti mérite mieux que l’amateurisme de quelques bouseux en costume cravates.

(*) La liste officielle des donations et des promesses pour Haïti, publiée par les Nations Unies et mise à jour régulièrement, est disponible : ici



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