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Cameroun. Dix-huit morts en six mois dans la prison de Bertoua
(05/03/2013)
Maltraitance et malnutrition sont les maux qui sont pointés du doigt. Gardiens de prison et détenus sont déterminés à mettre fin à l’enfer carcéral de Bertoua.
Par Le Messager
«Entre août et octobre 2012, nous avons enregistré 15 morts ici. Puis, trois détenus sont décédés entre le 10 et le 13 janvier 2013. Un mort par jour.» Ces déclarations alarmantes sont d’un agent en service à la prison centrale de Bertoua. La ration alimentaire est la principale cause de mortalité dans ce pénitencier. Une autre source ayant longtemps travaillé à la cuisine précise : «Cette ration journalière est composée de couscous fait à base de farine de manioc et de maïs tandis que la sauce est un mélange de 50 litres d’eau, d’un demi-litre d’huile de palme, d’un zeste de pâte d’arachide et de colorant. A cela, on ajoute un mélange de levure chimique et de farine de manioc pour faire gonfler le tout. Pourtant le chef de l’Etat a récemment débloqué une somme de 1.5 milliards de francs Cfa pour améliorer la qualité de la nutrition dans les prisons du Cameroun. La prison centrale de Bertoua a reçu 26 millions de francs Cfa en liquide pour nourrir ses 500 détenus. Soit un peu plus de 2 millions de francs Cfa par mois, mais, au final, on ne dépense pas plus de 500.000 francs Cfa. Avec ces jongleries culinaires », affirment d’autres personnes travaillant à la prison.

Conséquence : les services de santé pointent, « un affaiblissement physique progressif de la plupart des prisonniers et un accroissement du taux de morbidité ». Malgré cette montée vertigineuse du nombre de malades, précise un détenu, « l’administration de la prison a fermé le quartier qui leur était uniquement réservé ». La raison : « Le régisseur estime que même malades, ces prisonniers peuvent s’évader ». A cause de cette décision, poursuit un autre détenu, «les malades cohabitent dans des locaux exigus avec des détenus sains qu’ils contaminent». Pour les mêmes raisons de risque d’évasion, soutient-on, « l’accès à l’infirmerie, donc aux soins, était interdit à ces malades qui couraient inexorablement vers la mort. On n’est donc pas surpris du nombre important de morts ».

Selon des sources internes toujours à la prison centrale de Bertoua, « cette situation a été constatée par Simo Ndjoko, le délégué régional de l’Administration pénitentiaire lors de sa récente tournée de prise de contact dans cet établissement pénitencier ». Les mêmes sources révèlent qu’« au cours de la traditionnelle séance de travail qui ponctue ce genre de descente, certains détenus ont pris la parole pour dénoncer tous ces maux et réclamer des solutions à ces mauvais traitements que tous subissent ».


Dans un rapport confidentiel adressé au Garde des Sceaux, une mission d’enquête a établi qu’« effectivement, et selon les registres de l’infirmerie, dix huit détenus ont trouvé la mort ces derniers mois à la prison centrale de Bertoua ». Interrogé le 21 janvier 2013 dans son bureau, Ngang Joh Lamya Mama, le régisseur de la prison, en reconnaît douze. Au cours de notre entretien, le patron des lieux a trouvé qu’« il était normal de mourir car même dans les hôpitaux de haut standing, on meurt. Il n’est donc pas étrange de mourir à l’infirmerie de la prison centrale de Bertoua. » Surtout que, comme l’a également mentionné le rapport évoqué plus haut, « le plateau technique de cette infirmerie n’est pas capable de prendre en charge les maladies de la prison ».

A cela s’ajoute, selon le même rapport et le régisseur, « la promiscuité du fait de l’entassement parfois de plus de 50 détenus dans des locaux prévus pour 20 ». Et c’est là où le bât blesse. En effet, « comme toutes les prisons du Cameroun, la prison centrale de Bertoua souffre d’une surpopulation évaluée à plus de 400% de sa capacité initiale ». « La prison de Bertoua compte exactement 478 prisonniers pour une enceinte construite en 1930, pour en accueillir 100 ». La faute à un système judiciaire qui n’a pas toujours intégré l’objectif principal du code de procédure pénale dont l’application devait permettre une décongestion des prisons au Cameroun. Malheureusement, malgré les possibilités qu’offre ce texte sur les mises en liberté, on se rend compte que près des trois quart des détenus de nos prisons restent des prévenus.


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