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A la découverte de Hervé Tadié, jeune écrivain (24/03/2008)
Bonaberi.com est allé à la rencontre de Hervé Tadié, originaire du Cameroun, auteur d'un recueil de nouvelles intitulé "Le Fils de l'homme" et lauréat du prix de la francophonie en 2005
Par Rédaction Bonaberi.com (Yann Y.)
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Hervé Tadié
Hervé Tadié
Note de la rédaction : Bonaberi.com rencontre cette semaine un jeune écrivain qui essaie de trouver sa place dans le cercle très fermé de la littérature africaine contemporaine. Auteur d'un recueil de nouvelles intitulé "Le Fils de l'homme", paru aux éditions Ateliers de Presse, il a bien voulu se plier à une séance de questions-réponses et nous livrer ses appréhensions sur l'exercice du métier d'écrivain Africain.

Bonjour Hervé. Tu es un Camerounais, lauréat du prix du jeune écrivain francophone en 2005 et auteur d'un recueil de nouvelles intitulé "Le Fils de l'homme". Peux-tu te présenter aux
internautes ?


Je suis Hervé Tadié, de mon nom d'auteur. J'ai 29 ans. Je suis de ce que je nomme moi-même les enfants de la crise économique. Nous sommes arrivés juste à temps pour en subir les ravages de plein fouet. J'ai passé mon enfance au nord du Cameroun à Garoua, c'est là que j'ai fait mes classes, avant d'atterrir dans les amphis surpeuplés de Yaoundé I.

Quand as tu commencé à écrire et d'où t'est venue cette passion pour la plume ?

C'est au lycée que j'ai commencé à écrire, mais je le faisais très discrètement, pour rien au monde je n'aurais avoué écrire. ça m'est venu comme chez la plupart des gens, à force de lire, un jour je me suis mis à écrire. Il m'est même arrivé de renier mes propres œuvres en prétendant les avoir seulement recopiées dans un livre.

Les thématiques abordées dans ton recueil "Le Fils de l'homme" sont extrêmement variées et vont de sujets tels que la politique aux injustices sociales. Qu'est ce qui t'a poussé à aborder des sujets aussi variés et quel message veux-tu faire passer, en définitive, dans ton œuvre ?

Ce sont des thèmes qui me touchent personnellement et même, cela touche bien d'autres personnes. Je ne vais jamais chercher très loin mes thèmes, il suffit d'ouvrir les yeux et de regarder autour de soi, il y a tellement de choses à dire, tellement de choses à changer, notre monde est bâti sur des fondations d'injustices. Mon écriture est un cri de révolte, on se fait violence pour ne pas céder à la haine face à toutes ces choses. Il s'agit pour moi de sonner la révolte, de briser l'inertie dans laquelle il est si facile de se complaire, de mettre fin aux illusions avec lesquelles on vit depuis trop longtemps.

Etre un jeune écrivain Africain n'est pas chose facile. Surtout dans un environnement dont Mongo Béti disait en son temps qu'il n'y avait point de marché du livre, en tant que tel, et où les difficultés pour trouver un éditeur sont profondes. Pour ton cas personnel, à quelles contraintes as-tu eu à faire face dans l'exercice de ta passion pour l'écriture, et quelles sont les réalités de l'écrivain Camerounais en général ?

En Afrique il n'y a pas de marché pour le livre c'est vrai, mais ce n'est pas le cas partout. Ailleurs c'est en passe de devenir une industrie si ce n'est déjà le cas. Remarquez que mon éditeur est français, ce n'est pas un hasard, je me suis arraché la peau des fesses pour y parvenir. Avez-vous idée du nombre de maisons d'édition qui m'ont claqué la porte au nez? Je suis incapable de tenir le compte, la plupart du temps on n'avait même pas pris la peine de me lire. il y a près de 4 ans maintenant que j'ai confié un manuscrit à une des plus grosses maisons d'éditions africaines, j'attends toujours...

Soit on ne vous lit pas et on vous répond non, soit on vous lit et on a peur de vous dire oui. La réalité c'est aussi que ces maisons d'édition sont devenues de véritables forteresses, avec des politiques éditoriales qui ont contribué à fossiliser le monde de la littérature. Les enjeux économiques sont leurs seules véritables politiques, en conséquence, personne ne veut des jeunes auteurs, fussent-ils talentueux. Quand on ne veut pas prendre de risques, il vaut mieux rester chez soi et cultiver son jardin.

Bien des auteurs talentueux sombrent dans l'anonymat parce qu'on leur demande d'être célèbre avant d'être publié, alors qu'ils voudraient être publiés et à la fin devenir célèbres. Le cercle est vicieux

Peut-on en définitive dire que le métier d'écrivain en Afrique ne peut pas être un métier comme tous les autres qui permet de nourrir son homme et de vivre décemment ?

A dire vrai, il vaut mieux tenter sa chance au football ou à la musique. Devenir écrivain est un véritable chemin de croix et les chances de réussite sont encore plus minces qu'au casino. Mais le talent, la valeur individuelle, sont les seuls paramètres qui comptent en toute chose. Si on les a, on peut tout espérer et tout oser.

Personnellement, si je n'avais pas été lauréat du prix du jeune écrivain francophone en 2005, j'aurais laissé tomber. C'était pour moi un challenge, être lauréat signifiait que j'avais des potentialités et que je pouvais oser. Même s'il est vrai que j'aurais beaucoup de choses à dire concernant les prix littéraires.

Quels conseils donnerais-tu à un jeune africain qui souhaite se lancer dans l'écriture ?

Il faut surtout savoir ce qu'on veut et où on va. Parfois on a des ambitions auxquelles on est seul à croire, mais il faut rester lucide et savoir poser la première pierre. Faire la différence entre le rêve et l'ambition. Le rêve se marie, à l'inertie, la passivité, ce ne sera jamais rien d'autre qu'un rêve. L'ambition est faite de volonté, de détermination, d'action et de persévérance. Assurez-vous d'être un élu, car alors, la traversée du désert aura beau être longue, nul doute que tôt ou tard on arrive à bon port.

Comment peut-on te soutenir et comment fait-on pour se procurer ton œuvre, "Le Fils de l'homme" ?

Me soutenir c'est simplement se procurer mon ouvrage sur le site de mon éditeur: www.atelierdepresse.com soit en le téléchargeant, soit en le commandant dans sa version papier recyclé. Le plaisir a été pour moi de répondre à vos questions. J'espère que demain verra naître une afrique plus entreprenante et performante sur tous les plans.
 
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