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La seconde partie de l'interview d'Yves Michel Fotso : à qui fais-je peur ?
Comme promis par le Messager, la seconde partie de l'interview d'Yves Michel Fotso, cité dans des affaires de gestion douteuse de la Cameroon Airlines
Par Pius Njawé le 15/09/2008
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Yves Michel Fotso
Comme promis dans Le Messager no 2696 du vendredi 12 septembre 2008, nous vous proposons ici la seconde partie de l'interview fleuve qu'a accordée Yves Michel Fotso que d'aucuns présentent comme une proie potentielle de l'opération Epervier. Dans la première partie, nous avons évoqué avec lui son passage à la Camair et ses rapports plutôt tendus avec les collaborateurs directs du chef de l'Etat sensés lui faciliter la tache. Yves Michel Fotso s'est aussi arrêté sur les accusations de détournement de deniers publics formulées contre lui par Francis Nana et qui est à l'origine de la commission rogatoire internationale lancée par la police suisse, la destination du Combi 747, l'affaire Gia? Cette première partie s'achevait sur les révélations autour de l'achat de l'Albatros, cet avion présidentiel acquis dans de conditions brumeuses et qui s'avéra défectueux. Yves Michel Fotso expliquait notamment qu'au moment des faits, il n'était plus en fonction? Outre des éclairages sur l'affaire Albatros, il revient sur l'affaire Ntongue Onguéné, le scandale des fonds Tva logés dans les comptes de Abah Abah (alors ministre des Finances aujourd'hui incarcéré à la prison de Kondengui) à la Cbc, l'opération Epervier, sa proximité avec des barons du régime soupçonnés d'ambitions pouvoiristes, etc.

Vous voulez parler de " l'Albatros " qui a été acquis en droite ligne de cette intention présidentielle. Pensez-vous que cette acquisition explique les raisons pour lesquelles le projet BBJ2 avait été arrêté ? Avez-vous joué un rôle dans cette affaire d'Albatros ? Si oui lequel ?

De manière catégorique je dirais non, je n'y ai joué aucun rôle. Je n'ai ni été consulté, ni appeler à apporter quelque expertise ou un quelconque avis sur ce processus d'acquisition de l'Albatros. D'ailleurs, quand il est finalisé, je ne suis plus à la Camair depuis huit mois ; l'empêcheur de tourner en rond a débarrassé le plancher et l'on peut désormais utiliser la Camair à des fins égoïstes ! Il n'y a plus de comptabilité et c'est le retour du pilotage à vue!

Dans votre déposition à la police judiciaire le 30 avril 2008, vous avez épinglé certaines personnalités de la République comme étant les torpilleurs de ce projet. Vous avez cité notamment Jean Marie Atangana Mebara, Mebe Ngo'o Edgard Alain, l'actuel Premier ministre, Inoni Ephraïm. Quel rôle chacune de ces personnalités a-t-elle joué ?

J'étais seul face aux enquêteurs ce jour-là. Je m'y suis rendu chaque fois seul, sans un conseil et voilà que vous prétendez relater ce que j'aurais dit ! J'ai même appris que le procès verbal de mon audition se serait retrouvé dans la rue ! En tout état de cause, croyez bien que je ne trahirai guère ici le secret de l'instruction !

Il se trouve tout de même que le Premier ministre, chef du gouvernement a été Pca d'Apm Cameroun du temps où il a été secrétaire général adjoint de la présidence de la République. N'est-ce pas une piste qu'on pourrait explorer ?

C'est vous qui le dites. J'ai lu, peut-être comme vous, les statuts de la société Apm et crois y avoir identifié en qualité de Pca un certain Monsieur Inoni Ephraïm. Etait-ce l'actuel Premier Ministre ou un homonyme ? Je ne saurais le dire, n'ayant pas assisté à l'Assemblée constitutive de cette société ! Pour le reste, c'est-à-dire pour tout ce qui en découle, je n'en sais strictement rien !

Ceci pourrait expliquer cela...

Je ne le sais pas.

En dehors de l'Albatros, plusieurs autres affaires vous suivent. C'est le cas de l'affaire Ntongo Onguené autour de laquelle flotte une histoire de 200 millions de Fcfa. Vous avez également été entendu à ce sujet. Qu'avez-vous dit à la police et de quoi s'agit-il en réalité ?

J'ai été surpris que cette affaire rebondisse ainsi et seulement maintenant. Il s'agit des redevances aéronautiques qui avaient été payées par la Camair sur un compte qui avait été désigné par le Directeur général de l'autorité aéronautique, pour un montant de l'ordre de 650 millions de Fcfa. Ce n'est pas moi qui ai signé les ordres de virements, ni ordonné la dépense, car il s'agissait d'une obligation contractuelle. Sachez que je suis un gestionnaire par formation et par profession ; je sais ce que signifie la décentralisation de la gestion, y compris financière... J'ai passé 3 ans et demi à la Camair et pense avoir signé 7 ou 8 ordres de virements seulement ! Chaque service faisait son travail parce que les procédures étaient en place et je veillais à leur respect. On ne remontait à l'Administrateur directeur général que j'étais que parce qu'il y avait un problème. Lorsqu'il y avait des engagements contractuels, ils étaient payés par les responsables concernés. Et donc, M. Ntongo Onguené a désigné un compte à Paris qui était au nom de la Ccaa Cameroun, ce qui était normal. J'ai donc appris récemment que j'aurais organisé un détournement avec M. Ntongo Onguené parce que je voulais empocher ces 200 millions de Fcfa dont vous faites état. Je m'en suis expliqué devant les enquêteurs et vous comprendrez que je ne puisse en dire plus, l'enquête se poursuivant. Mais croyez-moi, il s'agit d'accusations vraiment fallacieuses pour qui me connaît, et au regard des possibilités et des moyens financiers qui étaient déjà les miens à l'époque.

Personnellement, avec ces affaires qui vous suivent, est-ce que vous n'avez pas le sentiment d'être traqué par la Justice camerounaise ?

C'est vrai que je m'en serais volontiers passé si j'en avais eu le choix ! A partir du moment où la rumeur colporte beaucoup d'infractions supposées dont j'aurais été l'auteur et que la police ou la justice s'en saisissent, je pense qu'il est souhaitable, notamment dans le contexte qui est le nôtre, que tout soit réglé et clarifié une bonne fois pour toutes. C'est en ce sens que je crois en la justice et en l'opération épervier ! Quand bien même cela me prendrait pas mal de temps, j'estime que la justice fait son travail et j'ai foi en la Justice de mon pays. Je préfère que l'on passe tout en revue. Je voudrais souligner tout de même qu'il est fort surprenant que je devienne comme par enchantement un criminel international alors qu'avant mon passage à la Camair, nul n'avait fait cas de quelque crime que ce soit ! Je ne suis tout de même pas né le 20 juin 2000. J'étais déjà à la tête d'un empire industriel et financier à la dimension africaine avant d'arriver à la Camair. Pourquoi est-ce qu'on ne m'a jamais vu signer un chèque sans provision ou rouler qui que se soit ? M. Njawe, vous êtes un opérateur économique, est-ce que vous croyez que quelqu'un peut brasser tant d'affaires avant et après mon passage à la Camair, sans être accusé d'escroquerie et autres crimes, et perpétrer en seulement 3 ans à la Camair tous les mille et un coups dont on m'accable ? Suis-je un dangereux schizophrène qui s'ignore ? Ma foi, la manière dont j'ai été éduqué et les valeurs qui sont les miennes ne me permettent pas de poser les actes criminels que l'on prétend ! 

Monsieur Fotso, pensez-vous que des personnes tapies dans l'ombre vous en voudraient particulièrement ? Qu'est-ce que cela vous suggère, que quelqu'un se lève un matin et aille faire une dénonciation contre vous ? On l'a vu avec Nana devant la justice suisse ; aujourd'hui, avec l'affaire CRJ Bombardier, c'est un anonyme qui vous dénonce...

Au départ, j'ai eu la naïveté de croire en la bonne foi de la première personne citée. Je croyais qu'il était convaincu de ses actes, bien qu'il fût dans l'erreur et le faux. Mais j'ai dû bien vite me raviser...Quand j'ai pu découvrir que ce fameux Nana, prétendument expert-comptable ou commissaire aux comptes français ? ce qui est bien évidemment faux ! - a pu se déplacer de son propre chef de Londres à Genève pour passer 12 heures à m'accuser des crimes les plus graves...Et maintenant des lettres anonymes, sans compter de nombreuses autres bizarreries ou manifestations excessives de zèle, à l'image de ce rodéo tourné en plein Bonanjo avec des éléments de police armés jusqu'aux dents, encerclant le siège de la Cbc en plein conseil d'administration et en présence de nos partenaires étrangers, juste pour remettre une convocation à témoigner à la police judiciaire qui n'urgeait pas du reste ! Je suis désormais convaincu qu'il y a une ou des mains cachées qui manipulent un peu tout ce qui se passe en ce moment, avec une volonté de m'anéantir et, au-delà de ma personne, de détruire le groupe Fotso. La question, cette fois ci, c'est moi qui vous la pose, vous qui êtes si bien informés. A qui le groupe Fotso et Yves Michel pourraient-ils faire autant peur ? J'aimerais bien avoir votre avis...

Moi je poserais la question autrement. Qui est ce que Yves Michel Fotso et son groupe gênent-ils ? Je pense que c'est de ce côté qu'il faut envisager une piste de réponse.

Je vous avoue qu'il y a quatre mois, je me disais qu'on recherchait simplement la vérité. Depuis quelque temps, je commence réellement à me creuser les méninges pour essayer de voir à qui est-ce que je pourrais tant faire peur, qui est-ce que le groupe Fotso effraie au point qu'on soit obligé de sortir des lettres anonymes et des affaires qui n'en sont pas ; tout au moins en ce qui me concerne ! Un franco-camerounais est allé passer 12 heures auprès de la justice suisse  pour dire que je suis un criminel économique, que j'ai pillé la Camair...sans en apporter la moindre preuve. Pourquoi n'a-t-il pas fait valoir les arguments de preuve qu'il prétend avoir devant la justice camerounaise à même de mieux cerner les faits et la vérité? Il n'y a qu'en Suisse qu'il a pu trouver une oreille crédule, la justice camerounaise l'ayant condamné tandis que les Français, les Américains, les Singapouriens, etc. classaient sans suite ses arguties. Vous connaissez le proverbe : " a beau mentir qui vient de loin "... ! 

On vous dit sous la protection de votre père qui, croit-on savoir, serait intervenu auprès du chef de l'Etat, se disant prêt à rembourser toutes les sommes que vous auriez détournées, et même à acheter un avion neuf au président de la République pour que vous n'alliez pas en prison ?

Balivernes ! Je suis bien devant vous dans mes bureaux à Douala. J'ai foi en la Justice de notre pays. On ne va pas en prison, juste parce qu'il y a quelques personnes tapies dans l'ombre qui le veulent ou parce que la rumeur vous y amène. Je crois que la Justice est une institution sereine qui agit sur la base d'éléments probants. Je me méfie particulièrement de la justice populaire ou de la justice de la rumeur !!! Parlant de cette soi-disant culpabilité et de cette rumeur de remboursement ? parce que s'en est une de plus! ? pour que mon père veuille rembourser quoi que ce soit, il faudrait que j'aie quand même pris. Sinon, on ne parlerait pas de rembourser? Etant entendu que je n'ai rien pris, comment peut-il aller proposer de rembourser quoi que ce soit et proposer d'acheter un avion neuf par ce que j'aurais détourné l'autre ? Je vous ai expliqué ce qui s'est passé. C'est l'Etat qui a refusé de prendre possession de son avion pour des raisons que j'ignore. Au sujet des 31 millions de dollars, je vous ai dit que je suis prêt à donner toutes les procurations pour qu'on fasse des recherches dans tous mes comptes à travers le monde, y compris en mettant à contribution le Fbi ou toute autre institution spécialisée, afin qu'on vérifie tout cela. Je n'ai rien pris. Je ne vois pas comment mon père peut aller proposer de rembourser. C'est vous qui me l'apprenez d'ailleurs. Je puis vous assurer que mon père s'est bien gardé de se mêler de cette affaire depuis qu'elle a commencé. Donc je ne vois pas à quel moment il aurait pu faire une telle proposition.

Vous êtes quand même son fils chéri, M. Yves Michel Fotso. Dites-nous quel est son sentiment face à tout cela ! Vous n'allez pas nous faire croire qu'il n'a tenté aucune démarche auprès du chef de l'Etat, même pas pour s'apitoyer sur votre sort ?

Il est certain qu'il est affecté. Quel père ne serait pas affecté de voir son fils jeté en pâture, livré à la vindicte populaire ? Ce d'autant qu'il sait qu'il n'y a aucun doute quant à la manière dont j'ai gagné et continue de gagner mon argent. Etre obligé, aujourd'hui, de subir le regard des gens qui se disent que c'est avec l'argent de la Camair que son fils, et peut être lui-même, se pavanent ; n'importe quel père en serait ébranlé? De là à dire qu'il serait ébranlé au point d'aller saisir le chef de l'Etat?je peux même dire que l'idée l'a effleuré. Ce serait mentir que de dire le contraire. Non pas dans le sens de chercher à rembourser quoi que ce soit, mais de chercher à savoir si on n'aurait pas caché la vérité aux hauts responsables, et peut-être au chef de l'Etat, au vu des éléments que je lui avais fourni lorsque lui et moi en parlions. Mais nous nous sommes convaincus que dans tous les cas, au moment opportun, la Justice ferait son travail et il en serait informé ; et qu'il ne fallait embarrasser personne, et surtout pas le chef de l'Etat. Sinon cela serait interprété comme une volonté d'étouffer la justice. Non, mon père ne s'en est pas mêlé. Il a juste envoyé un courrier au chef de l'Etat en mi-juin, c'est-à-dire presque 3 mois après le début de la procédure. Mais il l'a fait pour une bonne raison. En effet, il voulait tout simplement informer le chef de l'Etat de ce qu'il avait été l'objet d'une tentative d'escroquerie au cours de laquelle on lui avait proposé de lui remettre mon passeport contre une forte somme d'argent. On lui avait apporté les photocopies de toutes les pages de mon passeport, faisant apparaître le cachet du 25 juin, date de mon dernier retour au Cameroun, précédant juste le retrait de mon passeport. Vous comprenez son embarras alors !

Qui sont, d'après vous ces personnes qui ont tenté cette opération d'escroquerie ? 

Je ne peux pas vous le dire. Ce qui est certain, mon père a clairement révélé à qui de droit l'identité de la personne qui l'a contacté à cette fin. Nous avons espoir qu'une enquête permettra de clarifier ce fait. 

Et vous, personnellement, et compte tenu des relations que vous auriez avec le chef de l'Etat, ou du moins de la confiance qu'il a exprimée envers vous en vous nommant à la tête de la Camair,  n'avez-vous pas tenté de le rencontrer pour lui dire en face votre part de vérité dans tout ce dont vous êtes accusé ? 

J'avais eu l'occasion de rencontrer le chef de l'Etat avant d'être nommé à la Camair. Pour avoir eu l'honneur d'échanger avec lui plus d'une fois alors que j'étais à la Camair, je crois avoir clairement perçu son attachement au respect des formes et des procédures comme disent les juristes, à la bonne gouvernance et à l'Etat de droit. Je suis convaincu qu'il n'est pas du genre à entraver le cours de la justice, ni à fouler aux pieds la liberté et l'indépendance de celle-ci. Tenter une telle initiative, à ma connaissance, ne lui plairait pas du tout. 

A l'analyse de ce qui se passe, certains observateurs disent que vous serez victime de vos amitiés ou de votre proximité avec certains membres du gouvernement, notamment le ministre d'Etat Marafat, du fait des batailles politiques de l'heure. Quel commentaire vous suggèrent ces propos ? 

Je vous dirais que je ne comprends pas bien votre question. Voulez-vous insinuer que le ministre d'Etat a des problèmes avec certaines personnes et qu'en m'abattant il tomberait aussi ? C'est trop simpliste comme analyse ! C'est me donner également une importance et une influence que je n'ai pas ! Je préfère penser que ce n'est pas le cas... Je n'ai pas de relations particulières avec le ministre d'Etat, ni le membre du gouvernement. J'ai la prétention d'être un ami de M. Hamidou Marafat Yaya, mais je n'ai aucun lien avec ses fonctions gouvernementales. 

Vous n'êtes pas son protégé ?

Pour être protégé, il faudrait sans doute faire partie du sérail politique. Or, je ne suis qu'un opérateur économique. A ce titre, je n'ai jamais bénéficié d'un quelconque marché ou quoi que ce soit que m'aurait attribué qui que ce soit et encore moins mon ami Marafat Hamidou Yaya.

Honnêtement, à vous écouter, à vous entendre parler, on est tenté de vous appeler Monsieur Propre. Regardez-nous dans les yeux et dites-nous franchement, Monsieur Fotso : êtes-vous si propre que vous voulez le faire croire, êtes-vous blanc comme neige ? Ou, pour faire simple, n'avez-vous vraiment rien à vous reprocher ?  

Je ne suis pas un homme parfait ! Je ne suis pas aussi blanc que vous le dites. Mais par rapport à ce dont on m'accuse, que ce soit les 31 millions de dollars du BB jet, que ce soit les détournements au détriment de la Camair, je suis plus blanc que blanc. Pour la période 2000-2003 et dans le cadre de la mission qui m'a été confiée par le Chef de l'Etat, je l'ai dit, je l'affirme, je le confirme et je répète, qu'on mette tous les services de renseignements du monde entier, et je leur facilite la tâche, je signe une procuration et mets à leur disposition la liste de mes comptes. Je suis serein.

Maintenant, si vous venez ausculter mes propres affaires, peut-être trouverez vous à redire, je n'en sais rien ! Comme tout homme d'affaires, j'essaie d'optimiser au mieux mes gains et mes performances. Nous autres hommes d'affaires cherchons des résultats.

Permettez-moi d'ouvrir une brèche, pour parler de M. Abah Abah et de ce fameux compte ouvert à son nom à la Cbc et qui recevait plutôt les fonds issus de la Tva. Que se passait-il en réalité ?

En ce qui concerne cette fameuse histoire de Tva, je pense qu'il s'agit là encore d'un manque d'informations relativement à ce qui s'est réellement passé, c'est-à-dire au regard des faits. Il se trouve que M. Abah Abah, comme plusieurs membres du gouvernement, dirigeants des sociétés d'Etat ou simples fonctionnaires, avait un compte personnel à la Cbc. Ce qui est tout à fait banal. Au Tchad, en Rca, à Sao Tomé et Principe, c'est tout à fait pareil. Donc jusque-là, il n'y a rien d'anormal. A l'époque, le ministre des Finances avait autorisé l'ouverture des comptes dans les banques commerciales pour y verser la collecte de la Tva. La Cbc n'était pas la seule à avoir bénéficié de cette mesure. La Standard Chartered, la Bicec et plusieurs autres banques de la place hébergeaient aussi des comptes du ministère des Finances. Il s'est avéré que lors d'une opération de remboursement de la Tva due aux entreprises, M. Abah Abah, alors Directeur des impôts, se serait trompé de chéquier. Sur la base d'une liste préétablie par ses services, il a émis des chèques plutôt sur la base de son chéquier personnel, manifestement par inadvertance. Les bénéficiaires de ces chèques les ont déposés dans diverses banques. Lorsque les chèques sont arrivés en compensation au niveau de la banque centrale, il y avait deux possibilités. La première, était de rejeter les chèques et là ce serait grave car on dirait que le directeur des impôts a émis des chèques sans provisions. L'autre solution était le remboursement de la Tva tirée sur la portion qui se trouvait dans un compte à la Cbc. Les services ? il y a un directeur général des services compétent à ce sujet ? ont décidé de débiter le compte de Tva pour créditer le compte de M. Abah Abah pour payer au franc près les chèques émis qui venaient en compensation. Voilà ce qui s'est passé. Il n'y a pas eu des versements de Tva sur le compte d'Abah Abah, mais plutôt l'inverse. 

Yves Michel Fotso se considère-t-il comme un homme riche,  tel qu'il est présenté par l'opinion camerounaise ?

M. Njawé, j'ai entendu que vous allez très souvent aux Usa ; on pourrait penser sur cette base que vous êtes un homme riche. Qu'est-ce que la richesse ? Par rapport à qui est-on riche ? Je ne dirais pas que je suis riche. Mais si je dis que je suis pauvre, le bon Dieu pourrait me punir. Je suis un chrétien, le bon Dieu m'a donné cette chance ! Je crois qu'il vous l'a aussi donnée. Car il y a des gens qui disent : " Njawé est riche ". C'est donc dire qu'il faudrait relativiser la perception de la richesse, s'agissant surtout de celle d'un homme d'affaires ! Nous autres hommes d'affaires brassons beaucoup d'argent ; ce qui ne veut pas dire que nous sommes très riches pour autant ! Nous avons aussi beaucoup de dettes. Je vous dirais à titre d'exemple que je suis endetté pour plus de 12 milliards de Cfa auprès des banques camerounaises, hors Cbc. La différence entre le pauvre et le riche, c'est que les banques font confiance à ce dernier parce qu'on sait qu'il peut rembourser. C'est donc la confiance, le crédit dont il jouit qui caractérise le riche ! N'oubliez pas que je suis un homme d'affaires évoluant principalement hors du Cameroun, et non un fonctionnaire. Remarquez aussi que le Groupe Fotso déploie plus de la moitié de ses activités à l'international. C'est aussi dans ce sens qu'il faudrait comprendre les efforts permanents que je déploie afin que la crédibilité de l'homme d'affaires que je suis ne soit guère entamée. C'est mon capital le plus précieux et ceux qui tirent les ficelles dans l'ombre ne le savent que très bien !

C'est dire l'importance de ce groupe à la tête duquel vous trônez.  C'est dire   aussi si toutes ces affaires qui vous accablent depuis quelque temps causent des dégâts collatéraux sur les activités de celui-ci. Peut-on en mesurer les conséquences directes ou indirectes ?

En ce qui concerne l'impact de toutes ces affaires sur le groupe, je vous dirais qu'il y a eu un impact dès les premières révélations de ce fameux faux expert, Nana Francis. Avec son fameux rapport qu'il a envoyé un peu partout, on a perdu certains financements. On a même failli rater l'opportunité d'une association qui était capitale. Heureusement que la Sfi (Société financière internationale) et la Bei (banque européenne d'investissement) ont mené leurs propres investigations de 2006 à 2007 avec le concours du très sérieux cabinet spécialisé Kroll. J'ai été entendu par des sociétés spécialisées qui ont vérifié les accusations faites. C'est au bout de ce long processus que la Bei et la Sfi ont décidé d'entrer dans le capital de notre holding. D'où la signature officielle des accords matérialisant cette entrée le 11 décembre dernier à Yaoundé. Je pense que le plus gros risque était là. L'impact aujourd'hui est surtout relatif à l'image du Groupe. On attaque son président, mais ça ne déstabilise point, loin s'en faut ! Je puis vous assurer que depuis quatre mois que je ne travaille pas vraiment, le groupe fonctionne admirablement, y compris le groupe bancaire. C'est comme n'importe quel citoyen camerounais que j'apprenais à la radio il n'y a pas longtemps, que la Cbc avait signé un accord de prêt de 5 milliards de Fcfa avec la Bdeac. Je n'en étais même pas informé ! Donc je suis content de voir que le groupe a transcendé ces problèmes et est à même de survivre à ses promoteurs que sont mon père et moi-même. Aujourd'hui l'impact est négligeable parce que le Groupe Fotso est devenu une véritable institution !

Quel jugement portez-vous sur l'opération épervier en tant que citoyen et en tant que victime réelle ou potentielle ? 

Je ne dirai pas que je suis victime de l'opération épervier. J'en suis un acteur puisque mon nom y revient à plusieurs reprises. En tant que tel donc, il est de mon devoir d'apporter le maximum d'informations et de ne ménager aucun effort en vue de la manifestation de la vérité. C'est bien cela et rien que cela qui permettrait de clarifier les faits et les affaires dans lesquelles mon nom est cité. Si tel venait à être le cas, j'aurais ainsi apporté ma bien modeste contribution à la lutte contre la corruption et les détournements des deniers publics qui sont de véritables fléaux qui gangrènent notre société, et dont j'ai été plusieurs fois victime en tant qu'opérateur économique. Il s'agit d'un combat décisif et héroïque du Chef de l'Etat que nous nous devons de soutenir de toutes nos forces en tant patriotes camerounais.  Je ne suis pas un de ces criminels à col blanc qui se seraient enrichis sur le dos du peuple par des atteintes à la fortune publique, dont parlait justement le président Paul Biya, mais un opérateur économique qui bâtit sa fortune à force de dur labeur, comme mon père me l'a appris et il est important que tout le monde le sache! Vous comprenez que je compte beaucoup sur la crédibilité de cette opération épervier pour rétablir la vérité, celle des faits avérés, réels, et non celle de la manipulation de l'opinion publique à des fins inavouées ! C'est en cela que j'ai foi en la justice, en sa rigueur et en sa froideur ! Comprenez donc que je soutiens à fond l'opération épervier en tant qu'initiative salutaire d'éradication de la corruption et du détournement des deniers publics au Cameroun, causes principales de la pauvreté de très nombreux Camerounais. Pour cela, il importe que l'on veille à ce que cette opération soit menée sans passion, ni complaisance ou tentative de politisation ; qu'elle ne soit pas à " tête chercheuse ", mais s'intéresse aux fossoyeurs de la fortune publique et rien que! On peut faire confiance au chef de l'Etat pour qu'il en soit toujours ainsi?

Si sous le prétexte d'épervier on vient à vous arrêter, quelles actions comptez-vous engager ?

Pourquoi voulez-vous qu'on vienne m'arrêter alors que je suis innocent ? J'ai fourni aux instances compétentes ce que je crois être les preuves de mon innocence et suis confiant et serein. .. Monsieur Njawé, j'ai foi en la Justice de mon pays, j'ai confiance en l'avenir de ce pays. C'est d'ailleurs pour cela que je continue à investir et à développer les activités du Groupe Fotso ici comme ailleurs. C'est aussi pour cela que contrairement à d'autres personnes, je ne suis ni franco camerounais, ni de quelque autre nationalité que ce soit. Je n'ai qu'une seule nationalité, qu'un seul passeport. Je suis camerounais et n'ai besoin de quelque autre protection que ce soit, en dehors de celle de Dieu Tout Puissant en qui j'ai foi. Je crois, je suis convaincu que cette opération épervier qui est une " opération main propre " ne saurait inquiétée les honnêtes citoyens. Elle est menée par des techniciens  manifestement aguerris et chacun faisant son travail, il ne devrait y avoir rien à redouter. Je considère que ce qui m'arrive est nécessaire à la manifestation de la vérité, les petits dégâts collatéraux tantôt relevés étant inévitables. Comprenez que je ne suis pas inquiet, fort des éléments de preuve et de témoignage que j'ai versés pour la manifestation de la vérité. Je n'ai même pas cru devoir constituer d'avocat à cet effet, compte tenu de la confidentialité de certaines informations !

On vous a vu rôder ces derniers jours du côté de l'Ambassade américaine ; n'était-ce donc pas pour chercher asile ou demander une intervention ?

Je vois que vous êtes très bien informé. Mais soyez  bien convaincu que je n'y " rôdais " point, pour reprendre votre expression que je trouve plutôt inappropriée ! Sachez aussi qu'il n'ait surtout pas question d'asile ou d'intervention... A quelle fin ? Dans la droite ligne de la franchise qui prévaut depuis le début de notre entretien, je dirai oui, je me suis bel et bien rendu à plusieurs reprises à l'Ambassade des Usa cette dernière quinzaine. Mais, c'était à leur invitation et non de mon propre chef. Ils avaient besoin de certaines clarifications. Permettez-moi de ne pas entrer dans les détails...

Je vous le concède. Avant de clore cet entretien, que pensez-vous qu'il faille en retenir ?

Je pense qu'il faut retenir de cet entretien que j'ai trouvé une Camair en crise profonde, à l'état végétatif, délabrée, pratiquement sans aéronefs opérationnels, surendettée, en cessation de paiement et exclue du clearing house. J'ai redressé la compagnie, ne serait-ce qu'en comparaison de la situation trouvée à celle que j'ai laissée. J'ai laissé une société viable à mon successeur, avec une créance vis-à-vis de l'Etat de l'ordre de 22 milliards de Fcfa, qui ont été payés dans les 3 à 4 mois qui ont suivi mon départ alors  qu'on me les avait refusé. Je n'ai par ailleurs guère bénéficié de subvention de fonctionnement comme cela a été le cas par la suite. Donc, la situation de la Camair était bonne. Je n'ai rien bradé et il n'y avait du reste rien à brader puisque je n'ai rien trouvé si ce n'est des dettes. Par ailleurs, je n'ai rien à voir dans cette histoire de l'Albatros. Enfin et s'agissant des 31 millions de dollars d'avance pour le BB jet du Président de la République, je n'ai pas touché le moindre centime. Je n'ai aucun lien avec Gia international, j'ai fait tout ce qu'il fallait pour livrer cet avion neuf au chef de l'Etat. Il en est de même des affaires CRJ-Bombardier ou Tva que vous avez évoquées. Ce qu'il faut donc retenir, c'est qu'en ce qui concerne les accusations qui sont portées contre moi, je suis blanc comme neige. Il n'est point besoin de " Kilav " comme je l'entends dire, car je suis propre.

Une dernière question, si vous le permettez : la Camair est morte et enterrée. Comment jugez-vous la disparition de la Camair et entrevoyez - vous l'avenir de Camair-Co ?

Par rapport à ce qui est arrivé à la Camair, je déplore que mon successeur n'ait pas poursuivi le travail que j'avais entamé, c'est-à-dire maintenir une bonne gouvernance avec une comptabilité à jour qui permette la traçabilité des opérations, ainsi qu'un bon niveau d'activités. J'ai une pensée pour le personnel, dont j'ai pu apprécier la compétence et le dévouement, et qui aura été d'un grand  apport dans l'?uvre de redressement que nous avons effectuée durant mon passage. Par rapport à la Camair-Co, ce qui est certain, c'est qu'il y a de la place pour une compagnie aérienne camerounaise. Le pays est une plaque tournante importante pour la desserte de la sous-région. Est-ce que la Camair-Co en constitution correspond à ce qu'il faudrait, je n'en sais rien, n'ayant pas eu accès aux tractations en cours pour la mise en place de la compagnie. Mais j'ai confiance aux personnes en charge de ce dossier pour savoir tirer les leçons du passé et éviter que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets.

Question-bonus : avez-vous le sentiment que la presse camerounaise a accompagné vos détracteurs dans leur oeuvre contre votre personne ?

La presse camerounaise en général non. Ce ne serait pas honnête de ma part de le dire. Bien évidemment, une certaine presse, oui ! Celle destructrice qui est à la solde de certains groupuscules ou personnes tapies dans l'ombre, qui profitent de l'obscurité et qui ont peur de la lumière ou de la vérité. Eh bien, nous avons pris le parti de la transparence et de la justice. Heureusement qu'il existe encore des journalistes qui respectent la déontologie et le code d'honneur de ce beau métier !

Tous les articles sur le scandale de la Camair :
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Le Camerounais de la semaine : Benjamin Massing
Yves Michel Fotso parle enfin ! à qui fais-je peur ? (2/2)
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Source : Le Messager
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