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Sommet Nigeria-Cameroun: des acquis majeurs
(03/08/2015)
La récente rencontre des présidents Buhari, du Nigeria, et Biya, du Cameroun, constitue un événement de grande portée. Elle concerne la sécurité de leurs pays, du continent et du monde.
Par Le Devoir

Elle concerne aussi le développement économique de l’Afrique. En effet, au coeur de leur conversation, le renforcement de la lutte contre Boko Haram, véritable « métastase » du califat islamique du Moyen-Orient. La progression du groupe terroriste anéantirait les conditions de la paix et de la croissance de l’Afrique ; sa défaite les consoliderait.

Les acquis de cette rencontre sont majeurs : mise en commun des renseignements stratégiques ; renforcement de la sécurité aux frontières ; réunion des responsables des États fédérés et des régions frontalières ; surveillance accrue des espaces maritimes voisins ; nomination par le Nigeria du commandant de la Force d’intervention multinationale mixte qui regroupe dix mille soldats provenant de cinq pays de la région. Bref, l’alliance régionale est consolidée après la rencontre des leaders des deux pays. On verra si cette force d’intervention est suffisante pour mettre un terme aux offensives de Boko Haram et si elle peut, seule, contrer toute velléité de créer un État islamique en Afrique.

L’hypothèse de cette création ne peut pas, ne doit pas être traitée à la légère, compte tenu des événements qui, au sud du Sahara, ont ébranlé le Mali, menacé la Mauritanie et le Niger, inquiété le Burkina Faso et approché dangereusement les frontières de la Côte d’Ivoire. Compte tenu aussi de la terreur que Boko Haram a installée au nord du Nigeria et du Cameroun, de ses incursions au Tchad et au Niger et de son cortège de destructions massives, d’horribles exactions, de morts qui se comptent par milliers et de personnes déplacées qui sont plus d’un million et demi. Compte tenu enfin des ambitions globales du groupe État islamique (EI) au Moyen-Orient et des ressources humaines et financières dont il dispose. « Ses prochains objectifs sont-ils au Moyen-Orient ? Ou bien portera-t-il le fer en Afrique ? », s’interrogeait récemment l’éditeur de Jeune Afrique.

Si Boko Haram devait progresser, alors, depuis le sud du Sahara et le nord du Nigeria, le mouvement pourrait s’étendre jusqu’au Sud Soudan en traversant les pays de l’Afrique centrale. Le continent s’en trouverait déstabilisé et le monde avec lui.


Une occasion pour le Canada

En faisant le déplacement à Yaoundé, le président du Nigeria a mis ses pas dans ceux de hauts représentants chinois, américains, russes et français venus à la rencontre du président Biya, qui, le premier, a déclaré une guerre finale à Boko Haram et alerté le monde au sujet du danger considérable que le groupe terroriste représente. « À menace globale, riposte globale », affirmait-il.

Mais il faudra mieux et plus que les accolades chaleureuses, les appuis verbaux, les communiqués visqueux, tel celui émis récemment par le ministre des Affaires étrangères du Canada, pour permettre aux partenaires africains de gagner la guerre contre le monstre et l’éradiquer durablement. Il faudra un appui solide à la force régionale déjà constituée : appui politique et stratégique, appui logistique et technologique, appui financier. Voilà une occasion pour le Canada de recréer des liens avec un continent qu’il a littéralement abandonné ces dix dernières années. Éventuellement, cet appui pourrait déboucher sur la création d’une force internationale, décidée par le Conseil de sécurité des Nations unies, dont la Force d’intervention multinationale mixte pourrait constituer le noyau dur.

Des liens renforcés

Les échanges entre les présidents Buhari et Biya ont aussi porté sur les voies et moyens d’enrichir les échanges économiques entre leurs pays « pour faire de notre zone un espace de coprospérité », selon les mots du président camerounais. Première puissance économique du continent et son plus important marché, le Nigeria est le premier partenaire commercial du Cameroun, devant la France et la Chine.

Entre les deux pays, des différends certains concernent notamment la gestion de la décision de la Cour internationale de justice relative aux habitants du territoire de la péninsule de Bakassi. Mais l’essentiel est ailleurs. Il est dans le foisonnement d’échanges informels entre les populations vivant des deux côtés d’une frontière de plus de 1600 kilomètres ; dans les multiples liens contractuels et structurels de coopération initiés par le secteur privé et les gouvernements : infrastructures de transport, exportation d’énergie, convergence des normes concernant les produits agricoles et agroalimentaires, joint-ventures entre opérateurs économiques, programme de coopération scientifique entre les établissements universitaires nigérians et camerounais. Toutes ces questions font l’objet des travaux de la grande Commission mixte de coopération.

Consignés et enrichis dans l’Accord commercial du 11 avril 2014, ces liens ont été renforcés par la rencontre de Yaoundé. Ses participants ont convenu de la mise à jour d’un accord ancien dédié à la libre circulation des biens et des personnes et de la tenue au Nigeria d’un forum consacré aux investissements de part et d’autre des deux pays.

Le Cameroun a la chance d’avoir accès à un marché actuel et virtuel de près de 200 millions de consommateurs chez son voisin. Le Nigeria, à travers le Cameroun, a accès au vaste marché de l’Afrique centrale. Un certain nombre des grands travaux qui se déploient au Cameroun et des investissements directs étrangers, qui y sont en croissance continue depuis l’an 2000, intègrent, dans leur conception et leur mise en oeuvre, les marchés des deux pays. Cette orientation ressemble à celle prise par les sociétés investissant au Canada et fondant leur stratégie sur l’addition des marchés américain et canadien.

Besoin de paix

Pour conjuguer développement économique, social et culturel, le continent a besoin impérativement de la paix. Il a aussi besoin que se développent les relations économiques entre ses pays, relations économiques qui demeurent encore très faibles, comparativement à toutes les régions du monde. Ces enjeux globaux, y compris ceux qui concernent la protection ou la reconstruction de l’environnement en Afrique et dans le monde, ont constitué l’arrière-fond des discussions entre les présidents du Nigeria et du Cameroun.

Lutte implacable contre Boko Haram et développement des échanges économiques entre les deux pays : tels sont les acquis du sommet de Yaoundé. Ces acquis sont inséparables l’un de l’autre, tant la progression du groupe terroriste anéantirait les conditions de la paix et de la croissance de l’Afrique et tant sa défaite les consoliderait.


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