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Maman Rébecca, vendeuse de Beignets
(08/03/2008)
A l'occasion de la journée internationale, Bonaberi.com a décidé de donner la parole au peuple en allant à la rencontre de Rébecca Jugong, dit "Ma'a Rébé"
Par Rédaction Bonaberi.com (Eric Y. et Casimir W.)
Note de la rédaction : Dans le cadre de la journée internationale dédiée à la femme, en ce 8 mars 2008, et de par sa volonté de développer sa nouvelle tribune "La parole au peuple", Bonaberi.com a décidé d'aller à la rencontre d'une des plus illustres vendeuses de Beignets-Haricots du quartier Mpanjo, à l'ancienne route de Bonabéri.

La saveur de ces mets aura stimulé les papilles de nombreux jeunes disséminés aujourd'hui un peu partout dans le monde, tout en continuant de faire le bonheur des familles implantées localement dans ce quartier de la périphérie de Douala.

Par cet article, nous avons voulu rendre un vibrant hommage à cette dame, Maman Rébecca, pour le courage et l'abnégation dont elle ne s'est jamais départie depuis tant d'années. Une rencontre avec une femme combattive, une rencontre avec le peuple.





©www.bonaberi.com
Elle frise la cinquantaine, corpulence moyenne, sur une charpente corporelle de 160cm de hauteur. La démarche sûre et lente, elle est à chaque fois interpellée et couverte d’éloges tous les matins lorsqu’elle est sur le chemin du marché. De son vrai nom, Madame Jugong Rebecca, elle est originaire du Bamboutos dans l’Ouest du Cameroun. Depuis vingt et un ans, elle a prêté serment auprès de sa propre conscience de donner le meilleur d’elle-même pour que chaque soir, à l'heure du diner (pour ceux qui ont encore cette chance), les beignets, les haricots et la bouillie se retrouvent à la table de chaque famille de Mpanjo à Bonabéri. Entretien.

Bonaberi.com : Pouvez-vous nous dire qui est Ma’a rébé ?

Ma’a Rébé… : Je suis Madame Jugong Rebecca. Bientôt j’aurais 50 ans. J’ai quatre enfants, une fille et 3 garçons. Je réside à Mpanjo (Bonabéri) depuis près de 22 ans. Cela fait 21 ans que je nourris les parents, les enfants et tous les jeunes du quartier des beignets, haricots et bouillie.

Ma'a Rébé, est-ce que vous pouvez nous raconter vos débuts ?

D’abord, je dirais que comme ma maman, j’ai été toujours une femme serviable, respectueuse et travailleuse. Je passais mon adolescence toujours auprès d’elle. Elle me disait toujours qu’une vraie femme ne devrait pas avoir le sommeil si sa famille n’a pas mangé. Quelque soit la situation, elle a l’obligation de se battre. C’est à ce moment que j’ai compris que la femme africaine a pour mission de nourrir son entourage et sa communauté. Les beignets, haricots et bouillie ont été dans ma jeunesse mon plat favori. Depuis donc une vingtaine d’années, j’active quotidiennement le feu de bois pour cela.

Quel est le coût d'un plat ?

Ca dépend de ta poche et de ce que ton ventre réclame. Toujours est-il que, avant, un beignet coûtait 10 francs CFA. Aujourd’hui, c’est passé à 25 francs CFA. La cuillère de haricot est passée de 10 francs CFA à 25 francs CFA et la tasse de bouillie de 25 francs CFA à 50 francs CFA. A chacun maintenant de passer sa commande.

Pourquoi cette augmentation des prix ?




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Comme vous l’avez constaté il y a quelques temps, tout le Cameroun était sous haute tension avec tout ce que vous avez vu ou suivi comme conséquences, à cause de la cherté de la vie. En ce qui me concerne, par exemple, le sac de farine aujourd’hui coûte 25 000 francs CFA. A mes débuts, il coûtait 5 000 francs. Je suis nostalgique de cette période radieuse. C’est tellement difficile aujourd’hui que je suis obligée de pétrir seulement les 1/10ème de la pâte de farine que je pétrissais avant. C’est compliqué. Le litre d’huile rouge est sur le marché maintenant à 1000 francs CFA le litre. Le sceau de haricot est passé de 6000 francs à 10 000 francs CFA. Je suis donc obligée d’élargir mon commerce en préparant aussi du riz, des spaghettis, du plantain mûr et du Ndolè. C’est pour ne pas abandonner. C’est pour maintenir le cap. Permettre aux plus pauvres de mettre quelque chose dans le ventre. C’est d’ailleurs ce qui m’anime encore dans ce carrefour. Si c’est pour gagner de l’argent, cette époque est révolue.


Quelles sont les difficultés liés à votre métier ?

Avoir tout le tempérament et la lucidité nécessaires pour gérer les humeurs des clients. Trouver les astuces pour que les clients malhonnêtes ne disparaissent pas avec votre argent. Les rentrées tardives à la maison, puisque parfois, j’arrête à minuit (de travailler, ndlr). Enfin, le plus difficile est la santé. En fait, il ne se passe pas un an sans que je ne sois interné dans un hôpital. Le contact permanent avec le feu est à l’origine de ces malaises. Les risques sont énormes. Mais comme je l’ai dit, j’ai l’amour de mon métier : nourrir la population me procure un plaisir immense.

Que pouvez-vous dire à une jeune femme intéressée par ce métier ?



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Je ne souhaiterais pas décourager quelqu’un(e) qui a l’amour pour un métier. Cependant, sans vous mentir, se lancer dans les beignets-haricots aujourd’hui, c’est creuser dans sa propre tombe. Avant, une femme pouvait nourrir ses enfants et les envoyer à l’école ; aujourd’hui, parfois tu t'es endetté après avoir vendu toute ta marchandise.



Vous avez nourri beaucoup de jeunes dont plusieurs sont disséminés à travers le monde. Pensent-ils de temps en temps à vous ?

Sincèrement, beaucoup n’hésitent pas à passer me dire un « bonsoir » lorsqu’ils sont en séjour au pays. Ils m’encouragent. Je suis fière d’eux. Puisque beaucoup sont aujourd’hui de grands décideurs. Ma joie est grande lorsque je constate que j’ai aussi contribué à leur réussite. Ils reviennent s’asseoir dans ma cabane et passer leur commande. Tous sont nostalgiques de la commande la plus célèbre qu’ils avaient baptisée « le classement 6-2-2 » c'est-à-dire les beignets de 60 francs, les haricots de 20 francs et la bouillie de 20 francs (6 beignets à l'époque contre 2 et demi aujourd'hui avec l'inflation, ndlr).

Merci pour cet entretien et bon courage

Merci à vous vraiment. Je salue tous mes enfants qui sont partout dans le monde. Qu'ils sachent que je suis toujours là.






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