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Les tribulations d'un jeune séminariste : extraits et critiques
(15/10/2009)
Quelques extraits et critiques du roman "les tribulations d'un jeune séminariste" de Jacques Fulbert Owono
Par Redaction

Compte rendu de lecture par l'auteur (Jacques Fulbert Owono) :

L’œuvre se veut être un récit autobiographique, où l'auteur raconte un bout de son histoire personnelle. Une aventure qui dès l'âge de 11 ans, l’obligea à  tout quitter, à renoncer à tout, pour répondre à l'appel du Christ. Le récit devient donc déchirement de l’être, entre le renoncement à la sécurité et l’affection familiales, socle jadis de l’existence et l’acceptation de se lancer dans les vagues troubles d’un futur incertain, fait de lois et de dogmes nouveaux, d'apprentissage des manies et comportements de serviteur du Christ.

Le récit devient aussi tragédie, trame, lorsque l’auteur essaie de partager avec le lecteur, cet instant x fatidique de son renvoi du grand-séminaire, à quelques mois de son ordination diaconal et après 16 années de formation. Une exclusion sans jugement. Une exécution sommaire, sans témoin, ni juge, ni avocat.

Dès lors, débute la descente progressive aux enfers  de l’auteur, sa mise au banc de la société, parce qu'il ne peut plus être prêtre. Et n'eut été l'intervention d' une bonne samaritaine, sous le voile d'une musulmane, l'auteur ne s' en serait jamais remis.
 
Partant donc de son expérience malheureuse, et surtout, afin de tirer toujours le positif de tout ce qui nous arrive de négatif, l'auteur veut donner un sens à son échec. Il en fait le centre d'un nouveau débat: celui de la place de l'homme africain au sein de l'Eglise. Sommes nous vraiment acceptés dans cette Eglise qu'on nous présente comme voulu par Dieu? De quel Dieu est-il au fond question : Le Dieu blond aux yeux bleus qui, prétent-on, aime tous les hommes sans exception et a envoyé son fils Jésus-Christ les sauver, mais qui paradoxalement a maudit la race noire, la condamnant à être l'esclave de ses frères? Où alors devrons-nous aller à la recherche de notre Dieu, resté caché jusqu’ici ? Le Dieu Zamba des missionnaires est loin d’être le Dieu Ntontobe des Fang-béti. Avis ?

Le roman améne donc à s'interroger sur l'in-interrogeable. Au risque de passer pour un dissident, l'auteur préconise aux Africains de réagir au sein de l'Eglise afin de prendre la place, toute la place qui leur est dûe. Il recommande à l'Eglise de libérer, une fois pour toutes, la femme de toutes ses chaînes, au sein de cette institution. Il invite l'Eglise à prendre en compte les réalités quotidiennes des peuples évangélisés, au lieu de prôner une doctrine universelle qui sied à tous. Dans notre contexte africain, et étant fang-béti, l'auteur entend attirer l'attention sur les effets dévastateurs de l'evuau sein de nos sociétés. 
 
En un mot comme en mille, l'oeuvre est un appel à la conversion de l'Eglise elle-même, car c'est au pied de nos ghettos, au chevêt du pauvre qui gît sans soins dans les quartiers, qui croule de famine dans les rues qu'elle sera jugée. sa crédibilité future en dépend. Et déjà, on peut s'interroger sur la prolifération de tous ces nouveaux mouvements religieux qui attirent tant d'adeptes chrétiens, et même, de la revitalité de nos traditions ancestrales.

Compte-rendu de lecture par Charles Nouledo, étudiant togolais en cycle doctoral in Media Studies, Bayreuth (Allemagne) :

L’histoire est très bien « racontée », dans un style dépouillé de toutes fioritures inutiles, sans pourtant manquer, par endroit, d’humour ou d’originalité (exemple, je cite de mémoire : « … la directrice avec son derrière lourd et large comme un bagage … » ; « On dirait qu’il nous attendait pour vieillir ensemble. » etc.). Le narrateur fait une promesse au début (« Tiens, voici un cliché que je m’empresse de développer : »), et tout le récit se place presque systématiquement sous le signe et l’atmosphère de cet effet de camera obscura.

Presqu’à aucun moment le narrateur ne relâche son contrôle sur le récit; le lecteur devient auditeur, interlocuteur dans un entretien, un tête-à-tête passionnant : il y a très peu de scènes indépendantes, librement placées, au premier degré de l’événement ; le direct est le direct du narrateur et non des événements, du direct rapporté, du direct de « causerie » (causerie sérieuse, s’entend). Peut-on voir là le souci du sérieux, de la prise au sérieux recherchée par le narrateur pour son témoignage ? Car, en fait, nous sommes en plein dans le témoignage.

La question qui se pose ici fondamentalement est celui de l’enjeu du livre : je situe personnellement cet enjeu au niveau de la critique du rôle de l’Eglise en Afrique sur un arrière-plan postcolonial. Ce qu’on pourrait appeler les « aberrations » découlant d’une certaine compréhension ou interprétation du phénomène chrétien nous est servi en « entrée » dés le début du récit (hystérie de fin du monde), au grand plaisir de ceux qui n’ont jamais aimé ou jamais véritablement compris la raison d’être d’une Eglise ou d’une religion de ce genre.

Quant au « plat principal », le narrateur prend le lecteur par la main et le conduit d’un ingrédient à l’autre : à la fin de la visite de cette cuisine secrète, il semble évident que le narrateur, qui, certes, a été formé à cette cuisine, n’ait pas pu (et n’ait pas été autorisé à) en consommer ; le lecteur non plus ne peut concevoir que cela puisse être passé pour mangeable et servi à des millions de personnes en Afrique (et dans le monde ?) tout simplement parce qu’ils ont faim : faim de tout, faim d’un autre monde (un au-delà inconnu fait aussi bien l’affaire), faim de liberté, de dignité, faim de vie.

Voilà pourquoi le dernier (à commencer par l’avant-dernier) chapitre est une sorte de liqueur bue à chaud, le verre (pour ainsi dire) menaçant d’exploser au visage du narrateur pendant qu’il s’envole vers d’autres horizons – loin, au bout de la distance et du recul nécessaires pour faire ce témoignage de ce qu’il a véritablementn vu,n vécu,n entendu,n touché du doigt,n avalén et vomin (« ingurgité »n et « dégurgité », les deux termes, même pris ici hors contexte, reviennent souvent dans cet ordre d’apparition dans le récit). En refermant la couverture sur le récit, la dernière scène du film de Raoul Peck sur le génocide rwandais, Sometimes in April, (mais nous avons ici, vraisemblablement, encore pire qu’un génocide à la machette), a surgi dans mon esprit : l’institutrice, qui à survécu à l’épouvantable massacre à l’internat des filles Sainte-Marie, se tient devant la foule muette et impuissante du tribunal traditionnel Gacaca et parle pendant que les mots lui manquent : «… Je m’appelle Martine Kamanze. J’y étais. Je suis une rescapée. » Est-ce une association fortuite et gratuite que fait là mon esprit ? – je préfère en douter.




Extrait 1 :

J’avais fini de parler, c’était thérapeutique pour moi. A présent, j’étais seul à marcher dans la rue. J’avais vu mon rêve s’écrouler aussi facilement qu’un château de sable. C’était pourtant pour moi 16 années de sacrifices, 16 années de renoncement à soi, 16 années de poursuite acharnée et constante d’un même objectif. Et toujours, même au plus fort de la souffrance, du doute, de la maladie et du désespoir, il m’avait fallu puiser des forces nouvelles pour continuer le combat, trouver de nouvelles raisons de croire pour avancer. Mais alors que de petites fleurs à peines écloses semblaient tenir la promesse des fruits, tout avait volé en éclats. J’étais donc là à marcher, ne sachant exactement où mes pas me guidaient. Où devais-je d’ailleurs aller ?

En intégrant le séminaire, on m’avait appris au fil des années à devenir étranger à ma famille. On m’avait taillé, modelé aux volontés de l’Eglise, celle-là qui devait suppléer ma famille d’origine. C’était le vœu absolu du « tout quitter » pour marcher dans les pas du Christ.

Mais c’était quoi au juste l’Eglise-famille ? Celle-là qui, m’ayant arraché en toute innocence au sein maternel, se chargeait à présent de me jeter à la rue, sans explication aucune, sans jugement ? Celle-là qui me livrait au monde, sans secours ni assistance, consciente des dangers et des difficultés impitoyables qui m’attendaient ? Celle-là qui ne tenait à rendre de comptes à personne de son acte, pas même à ma famille après m’avoir utilisé pendant tant d’années ? On était loin des grands sermons sur la justice sociale, la défense des faibles, des opprimés et le martyre des innocents. Le recteur ne voulut s’expliquer devant personne de sa décision. Mais au fond, que pouvait bien valoir la vie d’un pauvre séminariste africain ?

J’étais appelé à reprendre ma place au sein de ma famille, comme si rien ne s’était passé. Mais voilà, que pensais-je retrouver chez moi après 16 années d’absence ? Quelle part d’héritage me restait-il d’ailleurs ? Quel combat devait mener à présent ma famille pour m’assurer un quelconque avenir ? Et d’ailleurs, qui était à présent responsable de moi ? Par où devait-on commencer pour m’orienter de nouveau dans la vie ? Je n’avais pas encore discuté avec mon propre évêque, il n’y avait donc pas de raison d’être pessimiste. Il fallait pallier d’abord le plus difficile, à savoir informer ma famille.

Extrait 2 :

n class="Apple-style-span" style="border-collapse: separate; color: rgb(0, 0, 0); font-family: 'Times New Roman'; font-size: medium; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: normal; letter-spacing: normal; line-height: normal; orphans: 2; text-align: auto; text-indent: 0px; text-transform: none; white-space: normal; widows: 2; word-spacing: 0px; -webkit-border-horizontal-spacing: 0px; -webkit-border-vertical-spacing: 0px; -webkit-text-decorations-in-effect: none; -webkit-text-size-adjust: auto; -webkit-text-stroke-width: 0px; "> « Comment convaincre aujourd’hui les Africains de tailler dans le droit coutumier traditionnel la part d’héritage légitime qui revient à la fille au même titre qu’au fils, sans qu’elle n’ait à subir les sarcasmes de ses oncles paternels ? Comme dans l’Eglise, on pense ici à bon droit que les affaires du père ne concernent pas la fille, c’est unn no woman’s land, une affaire d’hommes et d’hommes seulement. En continuant à maintenir la femme hors du service central de Yahvé, la doctrine de l’Eglise n’encourage en rien l’émancipation totale et vraie de la femme africaine, de même que de la femme dans le monde. L’Eglise devra donc en toute logique un jour demander pardon aux femmes : pardon de leur avoir attribué injustement la responsabilité du péché originel, pardon de les avoir jalousement gardées dans la servitude de l’homme, et aujourd’hui encore, sous son bon vouloir. Non pas un simple aveu, comme celui adressé aux Noirs pour l’esclavage, mais un pardon-action, un pardon-reconnaissance, un pardon-liberté, un pardon-programme en fin de compte.

« Comme Marie Madeleine qui autrefois fut appelée maîtren « mara », au même titre que Saint-Pierre et les autres, mais qui, la seule du groupe des disciples, ne fut curieusement jamais reconnue comme apôtre, malgré l’évangile qui porte son nom, la femme aujourd’hui devrait jouir des mêmes droits et titres que les hommes au sein de l’Eglise. Il est temps de cesser toutes ces formes d’exclusion, de violence permanente et multiforme exercées par ceux qui commandent contre ceux qui obéissent.

« En tenant les Noirs et les femmes en laisse au sein de l’Eglise, cette dernière s’est sciemment reconstruit un ghetto chrétien de «  peuple juif », peuple désormais élu de ceux-là, et ceux-là seulement, qui doivent diriger, sanctifier et s’occuper des affaires de leur Dieu, car seule la paume de leur main est si douce, l’élan de leur cœur si pur, et leurs intentions si saines que Dieu s’en trouve à chaque fois triplement loué.

« Personne ne niera que le pape Jean Paul II a été le porte-parole d’un peuple qui voulait en finir avec l’oppression du communisme. Il était l’ambassadeur de tous ces hommes et ces femmes meurtris et opprimés par le système communiste. Il était la conscience de toute cette nouvelle génération qui aspirait à vivre libre et heureuse. Et pour avoir vécu lui-même les affres de ce système, il en a fait son cheval de bataille et pesé de tout son poids papal pour la ruine totale de ce système. Pour l’éternité, il incarnera aux yeux de ce peuple libéré la figure même du Messie, de l’envoyé de Dieu. On n’est donc pas surpris que certains pensent maintenant à sa béatification.

« Mais pour le peuple noir qui souffre depuis des millénaires, il est assez curieux de constater qu’aucun pape ne puisse encore ressentir dans ses entrailles la vraie souffrance de ce peuple. Il est curieux de noter qu’aucun Souverain Pontife ne veuille peser de tout son poids pour que ce peuple soit aussi enfin libre. Comment le feraient-ils d’ailleurs, puisqu’ils n’ont jamais connu la condition noire, qu’ils ne l’ont véritablement jamais vécue ; peut-être tolérée mais pas acceptée ; peut-être acceptée mais pas épousée. En attendant que les choses évoluent positivement un jour pour ce peuple meurtri dans sa chair et son âme, de jeunes Africains continueront à payer lourdement le tribut. »




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