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Cameroun : Paul Biya ou la gouvernance par le mépris ?
(01/02/2012)
La récente affaire « Vanessa Tchatchou » qui a secoué le landerneau médiatique ces derniers jours est à bien des égards symptomatique des tares dont souffre le Cameroun d’aujourd’hui.
Par Yann Yange
La jeune Vanessa Tchatchou dont le bébé s'est fait voler
La jeune Vanessa Tchatchou dont le bébé s'est fait voler
L’affaire « Vanessa Tchatchou » qui secoue le landerneau médiatique ces derniers jours est à bien des égards symptomatique des tares dont souffre le Cameroun d’aujourd’hui. De l’irresponsabilité politique de quelques fonctionnaires grabataires passant leur temps à pérorer sur des projets qui ne voient jamais le jour à la déchéance sociale de nos concitoyens qui n’autorise visiblement plus l’indignation collective, les faits divers de ce pays ne sont plus que la métaphore d’une société en voie de dislocation.

Cette décrépitude générale s’est tellement développée dans le corps social qu’elle s’est banalisée. Les Camerounais la vivent mais ils ne la voient plus. Ils la subissent mais ils ne la sentent plus, donnant l’impression d’être parés d’une armure qui leur permet d’affronter les hérésies du quotidien avec l’indifférence d’un enfant qui peine à croire en l’avenir. Que ce soit Vanessa Tchatchou, terrée à l’hôpital de Ngousso depuis 6 mois ou Bibi Ngota, mort dans les geôles de la prison de Kondengui, les affaires qui font la une des médias au Cameroun démontrent surtout d’une chose, fondamentale : le mépris total affiché par nos dirigeants pour les revendications populaires.

Quand les médias dévoilent une affaire de détournement de fonds ou des actes de concussion, le gouvernement reste généralement de marbre. Un marbre empreint de dédain. Du dédain quand un journaliste meurt en prison dans des conditions discutables, qu’aucune responsabilité n’est engagée et que le Ministre de la communication peut déclarer, sourire hagard à la télévision, « il est mort du sida ». Du dédain encore quand une jeune femme, mineure, de 17 ans, se fait voler son enfant dans un hôpital et que la Ministre des affaires sociales, dans sa seule intervention sur le sujet, peut affirmer sans vergogne qu’« il n y a pas d’enfant volé ». Et du dédain, toujours, quand le Cameroun s’embrase en février 2008 à cause d’aspirations légitimes au mieux vivre, que des jeunes camerounais meurent sous les balles du BIR et que le chef de l’État, sans adresser de condoléances aux familles, n’y voit que des « délinquants » à la solde d’ « apprentis sorciers tapis dans l’ombre ».

De mémoire d’observateur de la vie politique de notre pays, depuis le début des années 90, de la demande de conférence nationale souveraine à l’affaire « Vanessa Tchatchou », le gouvernement RDPC n’a jamais capitulé ou presque face au peuple. Ni fait l’ombre d’un geste dans l’optique de punir des responsables quand il y avait matière à le faire. Paul Biya et ses affidés, qu’il faudrait certainement féliciter pour leur capacité à conserver le fauteuil présidentiel depuis 30 ans au détriment du bien être social des uns et des autres, semblent ne jamais entendre leurs compatriotes. Pis, quand ils les entendent, ils affichent toujours ce soupçon d’arrogance, cette condescendance propre aux monarques s’érigeant en parangons de la vertu et de la morale. Et pourtant.

Ce mode de gouvernance par le mépris est devenu une habitude au Cameroun. Pire, c’est même devenu la norme. Les responsables ne rendent compte de rien et ne se justifient jamais quand ils sont indexés dans quelques affaires que ce soit. D’hérésies en hérésies, de faits divers dramatiques en faits divers, le gouvernement RDPC n’en a cure quand il ne botte pas simplement en touche. Entre le tristement célèbre « zéro mort » d’Augustin Kontchou alors que des étudiants se faisaient brûler sur le campus de Ngoa Ekelle et le « me voici donc à Douala » de Paul Biya pendant que les populations subissaient de plein fouet les villes mortes, l’histoire dans notre pays est un éternel recommencement. Et les dirigeants camerounais, qui ne sont visiblement pas en panne d’inspiration, n’ont jamais tari de belles formules, en total décalage avec les attentes des couches populaires qui, elles, croulent depuis 30 ans sous les pesanteurs d’une insécurité sociale permanente.


Cette « démocratie apaisée » tant vantée par quelques caciques du régime RDPC n’est en réalité qu’un slogan creux qui tarde cruellement à se manifester dans les faits, entre processus électoraux discutables, arrestations arbitraires et interdictions de manifestations publiques. Et bien que formalisée dans un corpus de textes de loi, souvent entérinés à la va-vite au détour d’une session à l’assemblée nationale, cette soi disant démocratie ne jouit d’aucun levier majeur qui en a fait l’essence dans les pays qui la pratiquent, notamment en ce qui concerne l’affirmation des contre pouvoirs. Ces contre pouvoirs dont la légitimité est constamment sapée par quelques laudateurs zélés du parti au pouvoir qui n’hésitent pas à envoyer leur soldatesque dans la rue, prête à tirer à balles réelles sur de jeunes Camerounais pour empêcher toute velléité de manifestations publiques.

Les marches annoncées par quelques leaders de l’opposition et de la société civile camerounaise à Douala et à Yaoundé en cette fin de semaine pour soutenir la jeune Vanessa seront une nouvelle fois l’occasion de mettre ce gouvernement au pied du mur et l’appeler à prendre ses responsabilités. La réponse qu’il apportera à ces revendications populaires sera soit le signe d’une volonté de changer de cap dans sa relation avec les Camerounais, soit la confirmation d’un mépris profond affiché à l’égard des populations. Mais que l’on ne s’y trompe pas : si des injustices criardes de ce type venaient à se multiplier et que la grogne sociale tendait à croitre, il est peu de chances que ce pays demeure en paix et que le régime tienne le septennat.

Ben Ali est « tombé » en Tunisie non pas seulement parce qu’il s’accrochait au pouvoir désespérément, mais parce qu’il avait laissé ses proches abuser de leur position dominante avec arrogance et dédain. Laurent Gbagbo a perdu sa bataille en partie, lui aussi, parce qu’il avait laissé les « refondateurs » jouer les don juan insolemment dans Abidjan au mépris des difficultés pourtant flagrantes que rencontraient les couches populaires. Conserver son pouvoir ad vitam eternam est une chose, mais laisser sciemment prospérer l’incurie, l’arbitraire, les injustices sociales et les abus de pouvoir en méprisant ses concitoyens n’est jamais acceptable, même pour les peuples les plus pacifistes.

Les Camerounais ont certes perdu toute appétence pour la politique mais ils n’ont pas perdu leur dignité. Et il vaudrait mieux « ne pas se méprendre sur la patience qu’ils ont manifestée jusqu’à présent. Ils sont capables du meilleur comme du pire », pour emprunter cette expression à Celestin Monga. Des populations sans cesse humiliées et nourries à la gamelle de la suffisance, c’est une bombe insurrectionnelle à retardement dont les flagorneurs du régime en place devraient se méfier.


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