Rechercher
Rechercher :
Sur bonaberi.com   Google Sur le web Newsletter
S'inscrire à la newsletter :
Bonaberi.com
Accueil > News > Livres
Albert Moutoudou présente "Le retard des intellectuels africains : l'exemple du Cameroun"
(27/10/2009)
Albert Moutoudou vient de publier un essai intitulé "Le retard des intellectuels africains : l'exemple du Cameroun". Il présente son livre à Bonaberi.com
Par Redaction
"Le retard des intellectuels africains : l'exemple du Cameroun"
"Le retard des intellectuels africains : l'exemple du Cameroun"

Vous venez de publier un essai intitulé : « le retard des intellectuels africains, l’exemple du Cameroun ». Pouvez-vous présenter sommairement votre essai ?
C’est un ouvrage composé de sept parties précédées d’un avant-propos et suivies par des annexes.

La première partie évoque la passation de pourvoir entre messieurs Ahidjo et Biya. J’ai cru bon de revenir sur cet épisode parce qu’on y voit à l’oeuvre deux types de manifestations des intellectuels que je dénonce. D’une part, un intellectuel, M. Henri Bandolo, se met à jouer les grandes orgues, hissant Ahmadou Ahidjo sur un piédestal, préparant une légende qui ne mettra pas trois mois pour s’effondrer, alors que les populations ne demandaient que des explications de ce départ impromptu qu’elles ne comprenaient pas. D’autre part, les Camerounais se souviennent comment M. Biya et ses partisans avaient alors exploité son titre d’intellectuel, jouant sur l’idée répandue mais fausse que la deuxième présidence, sous la houlette d’un intellectuel de grand calibre, serait meilleure que celle d’Ahidjo juste sorti de l’école primaire supérieure. On sait depuis ce qu’il en est.

Dans la deuxième partie, je commence par un retour dans le passé de l’Afrique précoloniale pour chercher un statut que l’on pourrait rapprocher de celui de l’intellectuel des temps modernes. Après quoi vient l’examen du système qui forme les intellectuels dans notre pays, de la période coloniale à nos jours, ce qui donne l’occasion de relever quelques maladies liées à ce système.

De la troisième partie à la sixième partie, je critique le traitement que des intellectuels font des thèmes qu’ils ont librement choisis ; qu’il s’agisse de la représentation qu’ils se font d’eux-mêmes en référence à leurs diplômes, qu’il s’agisse de la question ethnique, de la démocratie, des droits de l’homme, la vénalité des intellectuels, le niveau des études, etc. Pour cela, je m’appuie surtout sur la biographie de M. Biya rédigée par cinq intellectuels parmi les plus en vue dans le pays. Ce parcours me donne l’occasion de mettre en relief les manières (pseudo-intellectuelles) qui distraient les intellectuels, individuellement et collectivement, de leur mission, manières qui sont donc à proscrire.

Dans la dernière partie je rappelle les attitudes et les préconisations de quelques grandes figures d’intellectuels qui à mon sens devraient servir de référence chaque fois que la conscience intellectuelle est en conflit et menacée de se perdre.

Selon vous, l’Afrique est en retard. Sur quels points macroscopiques et microscopiques ?
Le retard de l’Afrique n’est pas de mon invention. Vous connaissez mieux que moi les indicateurs courants : démographie, produit par tête, population active, commerce extérieur, PNB, nombre de médecins, enseignement, endettement, et j’en passe. Quand vous dites qu’un pays est pauvre et très endetté, nul n’irait l’imaginer en pointe dans un quelconque domaine (sauf évidemment dans des domaines dont on ne se vante pas). Ce retard-là que l’on ne peut plus cacher n’est pas mon propos. Mon livre ne parle que du retard des intellectuels. C’est que disent les intellectuels, parmi les plus en vue dans le pays, qui retient mon attention et qui me conduit à parler du retard.




"La colonisation a laissé beaucoup de tares"

A quoi selon vous est dû ce retard ?
Bientôt cinquante ans d’indépendance et le constat est partout celui d’une Afrique qui se porte mal. C’est un exemple de régression que l’on ne voit nulle part ailleurs dans le monde. Notre propre pays est ravalé au rang de pays pauvre très endetté. Le Cameroun, pays pauvre ?

Comment en prendre son parti ! Céréales, café, cacao, banane, tubercules de toutes sortes, arbres fruitiers de toutes sortes. Mais aussi du bois, du pétrole, de l’or, du diamant, bref des richesses. Et cependant, nous avons sur les bras des centaines de milliers de jeunes auxquels nous ne proposons rien, sinon des prêchi-prêcha, et que nous condamnons à la débrouille et à la délinquance. Quel avenir envisage donc une nation où la jeunesse est ainsi sacrifiée ? Mais surtout ceci : dans cette situation, nombre d’intellectuels parmi les plus en vue passent plutôt leur temps à faire de l’esbroufe, de l’épate, du nombrilisme, de la cour aux hommes du pouvoir, au détriment du combat pour l’amélioration du sort des populations.

Le retard du pays n’est pas complètement de la cause de ces intellectuels-là. Mais ils y ont leur part qui n’est pas négligeable. Etant de ceux qui jouissent d’une certaine notoriété, certainement discutable, ils ne sont pas sans influence sur d’autres intellectuels, notamment sur les jeunes étudiants. Par conséquent leurs mauvaises manières diffusent au sein du groupe social dans son ensemble et l’appauvrit. L’enjeu est de taille. Il suffit pour s’en faire une idée de se demander où en serait l’Afrique si les premières générations d’intellectuels, les Gabriel d’Arboussier, Kwamé Nkrumah, Julius Nyerere, Um Nyobé, Félix-Roland Moumié, Eyidi Bebey et quelques autres avaient choisi de ne s’occuper que de leur carrière tout en paradant avec des phrases ronflantes et creuses pour épater les populations.

Vous semblez insister particulièrement sur la colonisation et l’époque coloniale. Dites nous en plus.
Nous avons hérité de la colonisation une école qui, si elle n’est pas totalement silencieuse sur nombre de valeurs fondamentales (la dignité, l’honneur, les droits de l’homme, l’esprit de révolte, etc.), les rabaisse au rang d’ingrédients pour des lectures qui font passer un peu de frisson dans l’âme. Car il ne fallait pas éveiller les colonisés à ces valeurs-là. En sorte que, aujourd’hui encore, nombre d’intellectuels ne comprennent pas qu’ils ont à s’impliquer, individuellement et collectivement, pour faire triompher ces valeurs dans leur propre pays. Ils font comme si le fait de voir bafouer ces valeurs n’avait pas d’importance, ou bien comme si ça ne les regardait pas, ou bien comme si elles seront rétablies par miracle. Ils ne réalisent pas qu’en restant ainsi dans l’expectative, ils renoncent à une exigence fondamentale de l’intellectuel : l’expression de sa citoyenneté.

En outre, la colonisation a laissé des tares dont beaucoup d’autres ont parlée avant moi. Je pense notamment au messianisme des intellectuels : certains d’entre eux croient que les populations n’attendraient que leur apparition pour dire Amen à tout, même à leurs sottises, voire pour les porter à la direction du pays. La rigueur des chiffres des échecs scolaires, à l’exemple de ceux que je reprends dans mon livre, fait aisément comprendre cette illusion qui conduit certains intellectuels à se croire inlassablement non pas dans la société mais au-dessus d’elle; à leur faire oublier qu’en tant qu’intellectuels, ils ont déjà une importante mission sur les épaules, à savoir la promotion des idées et des productions intellectuelles ; à engendrer chez certains une envie excessive d’être dans la proximité du pouvoir. Je pense aussi à la facilité avec laquelle des intellectuels acceptent d’être confinés dans des bureaux : ils sont assis derrière un bureau et cela leur suffit, même s’ils n’ont rien de précis à faire et que leur occupation consiste à regarder voler les mouches toute la journée. En somme, pour ceux qui sont dans cette disposition, un intellectuel serait quelqu’un qui aurait réussi à tirer son épingle du jeu en s’épargnant, dans le confort d’un bureau, d’avoir les mains pleines de cambouis ou de terre.

Parlons maintenant du propos principal de votre livre : les intellectuels. Quel est l’état des intellectuels camerounais ?
Parmi les intellectuels camerounais réside une insoupçonnable énergie morale, patriotique et, évidemment, d’énormes capacités intellectuelles. Malheureusement ceux qui sont les plus en vue dans ce corps social ont des mauvaises manières qui consistent, pour faire bref, à l’enfumage intellectuel et à user de leurs titres universitaires avec autorité surtout pour dire des sottises. En reconnaissant que le pays recèle de grandes potentialités intellectuelles, je me sens d’autant plus libre de montrer du doigt les faiblesses et les jeux inutiles qui détournent les intellectuels de l’essentiel.



"L'activité intellectuelle doit se tenir éloignée de la tyrannie et des positions d'autorité"

Comment définiriez-vous un intellectuel ? Comme un philosophe ou penseur des temps modernes ?
Dans la dernière partie de mon livre j’énumère les critères qui, selon moi, constituent le meilleur cadre pour un cheminement intellectuel digne de ce nom, à savoir : la citoyenneté, la rationalité, la confrontation des idées, l’exigence intellectuelle.

Comprendre de nouvelles choses est une valorisation de soi-même et une gratification intime qui participe du sens de la vie. Mais ce qui est le plus important dans le cas des intellectuels c’est qu’ils ont en dépôt des connaissances dont la société a besoin pour se développer. D’où le rôle social des intellectuels. En assumant ce rôle avec conscience, les intellectuels se hissent au niveau requis par la position particulière qui est la leur. Voilà pour la citoyenneté.

L’activité intellectuelle doit se tenir éloignée de la tyrannie des positions d’autorité, des préjugés, des propositions irrationnelles et de l’obscurantisme. Inversement, la tour de Babel où chacun parle sa langue et ne connaît que ses propres références n’est pas le lieu où peut se déployer l’activité intellectuelle. Celle-ci repose sur les connaissances positives, sur des faits, sur l’observation et l’expérimentation ; tout cela étant relié logiquement, validé par des instruments de mesure et des méthodes. Le parti pris rationnel est donc une condition nécessaire pour produire un travail intellectuel d’un niveau acceptable, du moins du point de vue de la clarté et de la cohérence. Voilà pour la rationalité.

L’intellectuel convaincu qu’il n’a pas la science infuse, formulera ses propositions avec prudence et non pas comme s’il délivrait des vérités indiscutables et définitives à des foules d’abrutis ; il sera constamment dans la peau de celui qui sent la nécessité d’apporter sa contribution et rien que cela, pour faire progresser les connaissances et le travail dans un domaine donné. Il choisira toujours la critique contre le dogmatisme. Voilà pour la confrontation des idées.

« Ce que je sais c’est que je ne sais rien » Telle fut, semble-t-il, l’attitude de Socrate (un autre intellectuel dans la cité, même si le concept n’existait pas encore). En vertu de cela il questionna infatigablement les hommes et les choses. C’est dire qu’il ne faut pas se reposer sur de supposés lauriers, mais se poser toujours des questions et être en état d’apprendre ; c’est dire qu’il ne faut pas se contenter des réponses plaisantes et faciles, mais chercher toujours plus loin et vérifier les sources autant que les réponses elles-mêmes. Voilà pour l’exigence intellectuelle.

Y a-t-il de l’espoir ? Est-il possible de corriger le tir ?
Je ne me serais pas donné la peine d’écrire un livre sur les intellectuels si j’avais la conviction que la situation était devenue irrémédiable. Outre quelques noms entrés dans l’histoire et que je viens d’évoquer, notre pays a aussi donné des Osendé Afana, Joseph Tchundjang Pouemi, Mongo Béti, Jean-Marc Ela, Samuel Mack-Kitt, Moukoko Priso, Abel Eyinga, et quelques autres. Les intellectuels qui assument leur rôle d’intellectuels dans le sens indiqué ci-dessus étaient là hier, ils sont aussi présents aujourd’hui. Mais ils ne sont encore qu’une minorité.

L’enjeu est que la grande masse des intellectuels ne se laisse plus distraire par des fanfaronnades pseudo-intellectuelles d’aventuriers seulement occupés à faire avancer leur carrière.

Revenons à votre livre. Comment se le procurer ?
Lieu de vente : Harmattan Cameroun ; BP 11486 ; Face à la SNI ; Immeuble Don Bosco ; Yaoundé. harmattancam@yahoo.fr

Etant donné que le livre vient de paraître, l’éditeur n’a peut-être pas encore eu le temps d’en acheminer des exemplaires jusqu’à Yaoundé. Je suggère donc au lecteur de retenir au plus tôt son exemplaire auprès de la librairie ci-dessus. Ce n’est qu’informé du niveau de la demande locale que l’éditeur, qui est à Paris, approvisionnera l’antenne de Yaoundé en quantité suffisante.

Le lecteur a aussi la possibilité de faire son achat en ligne en s’adressant directement à l’éditeur :

site internet : http://www.editions-harmattan.fr
email : presse.harmattan5@wanadoo.fr

Merci d’avoir répondu à nos questions. Un dernier mot pour les internautes de Bonaberi.com ?
Le succès de Bonaberi.com dépasse les frontières du pays. C’est une bonne chose. La diversité de l’information participe de la formation des citoyens. Bon courage à tous et merci.




Partager l'article sur Facebook
 
Classement de l'article par mots clés Cet article a été classé parmi les mots-clé suivants :
livres  interview  albert moutoudou  
(cliquez sur un mot-clé pour voir la liste des articles associés)
Discussions Discussion: 5 bérinautes ont donné leur avis sur cet article
Donnez votre opinion sur l'article, ou lisez celle des autres
Sur copos Sur Copos
Les vidéo clips Les vidéos clips
Récents Récents


Accueil  |  Forum  |  Chat  |  Galeries photos © Bonaberi.com 2003 - 2019. Tous droits de reproduction réservés  |  Crédit Site