Bonaberi.com Publicité
Forum Bonaberi.com
Le Cameroun comme si vous y étiez
FAQFAQ RechercherRechercher Liste des MembresListe des Membres Groupes d'utilisateursGroupes d'utilisateurs S'enregistrerS'enregistrer
ProfilProfil Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés ConnexionConnexion
Les écrits d'Hervé Tadié

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Forum Bonaberi.com Index du Forum -> Espace poésie et Littérature
Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant  
Auteur Message
H.T
Tuoriste


Inscrit le: 26 Dec 2008
Messages: 30

MessagePosté le: Tue Dec 21, 2010 5:31 pm    Sujet du message: Les écrits d'Hervé Tadié Répondre en citant

Une femme…

Ce sont les rivières sur ses joues qui attirent le regard.
La pâleur de son teint et la tristesse de ses yeux en disent long sur sa détresse.
Elle est juste là, assise sur un banc dans un jardin public, regardant des enfants.
Des enfants qui ne sont pas les siens, c’est la raison de la douleur qui lui crispe le visage.
Huit ans déjà qu’elle s y emploie sans succès. Elle y met tant d’énergie, tant de volonté… Lui reste-t-il encore assez pour survivre à l’échec cuisant qui se profile à l’horizon ?

Le temps lui manque. Pire il joue contre elle. 35 ans déjà, elle ressent au fil des jours l’assèchement progressif de ses entrailles : elle se meurt à petit feu! Une mort lente qui monte en elle accompagné d’une bouffée de chaleur : le feu la consume à l’intérieur, réduisant en cendres ses graines de vie.
Le regard des autres est devenu lourd à porter. Les supputations et commentaires fusent de toutes parts. Elle veut rester digne, mais la douleur est forte…

Elle erre ainsi depuis longtemps, de parc en parc pour admirer ces enfants. Elle se fait du mal, elle le sait, mais ne peut s’en empêcher. Ils ont beau lui dire qu’on peut vivre sans être mère et rester femme, mais elle ressent le manque et le besoin de materner.
Tous les soirs, c’est le pas lourd qu’elle retourne à son domicile. L’appréhension qui la gagne au fur et à mesure qu’elle s’en approche. Les palpitations de cœur qu’elle ressent quand elle pose sa main sur la poignée. Elle entre, on la regarde, on lui dit bonsoir, lui demande si ça journée a été bonne. Mais elle suspecte tout se qu’on ne lui dit pas. Elle devine les réprobations, les commentaires moqueurs qui ne franchissent pas le seuil des lèvres.

Le regard que son époux porte sur elle quand elle franchit le seuil de la chambre. Il est au lit, un journal dans les mains, il lève à peine les yeux pour saluer son arrivée. Elle voudrait qu’il l’embrasse, lui déclare son amour toujours intact malgré la stérilité. Mais s’il le fait elle se demandera s’il est sincère, s’il ne joue pas la comédie. Si en secret, il n’a pas déjà une famille hors de ces murs. Si dans le silence de son cœur, il n’envisage pas déjà le divorce, ou la bigamie.
A cet instant le mobile de son époux sonne, il décroche et dit : « Maman » ?
Il est toujours au téléphone avec sa mère, que lui dit elle ? Sa belle mère ne l’a jamais aimé. Elle n’a jamais donné son accord à ce mariage, elle doit jubiler maintenant. Que peut-elle lui dire dans son dos ? De tous les regards c’est bien celui de sa belle mère qui est le plus difficile à accepter. Un regard froid, inexpressif ; derrière lequel on peut tout mettre. Des allusions blessantes du genre : as-tu déjà fait des avortements ? Non pas un avortement mais des avortements. Autrement dit : as-tu été une traînée dans ta jeunesse ?

Ça y est, il a raccroché. Il se lève. Il s’habille. Où va-t-il ? Chez sa mère ! Elle va encore lui remplir le crâne. Si tous les soirs elle éloigne ainsi son mari d’elle, comment veut-elle qu’il lui donne des petits-fils ? Elle est de mauvaise foi, elle le sait. Il y a longtemps que le désir s’est évanoui dans leur couple.

Ils ont passé les cinq dernières années à faire l’amour avec une obligation de résultat. Les conséquences ne se sont pas fait attendre. Il y’a entre eux dans ce lit un mur de glace. Elle ne ressent plus rien, il ne la désire plus. Elle erre dans la chambre vide comme un fantôme. Sous la douche, elle sent à peine l’eau ruisseler sur son corps. Elle essuie, mais elle ne sent même pas sa peau. Elle n’a pas faim, elle va se coucher le ventre vide. Elle n’a pas sommeil, mais elle préfère rester seule dans sa chambre. Demain, elle retournera voir les enfants au parc. /-

H. T.
_________________
http://www.editions93.com/auteurs/herve_tadie.html
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
meb
Bérinaute Vétéran


Inscrit le: 13 May 2008
Messages: 6873

MessagePosté le: Tue Dec 21, 2010 5:33 pm    Sujet du message: Répondre en citant

on suivra mieux. Ne faut pas en vouloir à voyelle.
_________________
MEKTOUB

Ce n'est pas encore écrit, ça l'était juste...
sur http://mebene.over-blog.com/
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Visiter le site web de l'utilisateur
H.T
Tuoriste


Inscrit le: 26 Dec 2008
Messages: 30

MessagePosté le: Tue Dec 21, 2010 5:36 pm    Sujet du message: Répondre en citant

AUCUN SOUCI
_________________
http://www.editions93.com/auteurs/herve_tadie.html
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
H.T
Tuoriste


Inscrit le: 26 Dec 2008
Messages: 30

MessagePosté le: Tue Dec 21, 2010 5:40 pm    Sujet du message: La reine du lôbi Répondre en citant

LA REINE DU LOBI

Tous les matins au marché Mokolo, à Yaoundé, au Cameroun, c’est une farandole de guêtres, un étalage bigarré d’étoffes grossières. Nous sommes à Mokolo-lobi, le centre de gravité de toute la misère humaine du cameroun. C’est la cohue, Déblatérations incessantes à gorges déployées du lever au coucher du soleil. Une logorrhée endémique qui sévit depuis la nuit des temps. Yaoundé et sa terre rouge qui ondule sous le ruissellement des eaux, formant de légers plis et replis qui se succèdent en rangs serrés et transforment tout déplacement véhiculé en séance de vibromassage.
C’est là, au milieu de la cohue, dans la boue, qu’Homer et moi avions notre étal de marchandise à vendre. Il y avait là des robes d’une autre époque, aux motifs si hideux qu’il fallait quelques minutes d’examen attentif avant de réaliser l’usage qu’il était possible d’en faire. Des chaussures aux semelles compensées, compensation à ce point généreuse qu’on aurait dit des échasses. On parvenait malgré tout à fourguer quelques exemplaires de ces monstruosités par jour. On passait des heures à interpeller le badaud, brandissant robes et chaussures tout en criant : « Tout à 200 ! Tout à 200 ! » 200F pour des chaussures et des robes, tôt ou tard quelqu’un finissait par se présenter, sans que l’on sache si c’était le prix ridiculement bas ou les articles en eux-mêmes qui l’attirait. Nous avions en outre une cliente régulière qui aussi invraisemblable que cela puisse paraître se fournissait chez nous pour l’essentiel de sa garde-robe. Elle semblait tout droit sorti d’un film d’horreur. Courte sur patte, elle ne dépassait guère le mètre cinquante. Elle avait autant de poitrine que j’avais de pectoraux. Sans formes ni rondeurs aucunes, aussi épaisse que de la dentelle, elle appréciait de s’emballer bien plus que de s’habiller de ces immenses robes que nous lui fourguions et qui lui tombaient plus bas que les talons. Malgré les semelles compensées, elle avait ainsi derrière elle, une traîne princière qui charriait boue et détritus du lobi. Nous l’avions surnommée la reine du lobi, car en plus elle affectait une démarche royale et se baladait le menton pointé vers le ciel. Sa façon d’être, légèrement décalée, comme perdue dans des brumes invisibles, nourrissait nos interrogations sur sa santé mentale. Sa folie présumée, si avérée, constituaient à n’en point douter notre meilleur fond de commerce. A maintes reprises, son port de tête hautain, l’avait rendue ignorante de quelques obstacles sur son chemin. Elle trébuchait dessus et s’étalait de tout son long dans la boue, robe relevée jusqu’à la taille, cul en l’air et slip à l’air libre pour les jours où elle avait pris la peine d’en mettre. (Nous n’en vendions pas, car malgré l’insistance d’Homer, je m’étais refusé à exhiber des sous-vêtements féminins en pleine rue tout en hurlant : « tout à 200 ! »)
Le tout ne l’empêchait nullement de se relever avec dignité, de rajuster sa tenue, avant de poursuivre son chemin menton toujours pointé vers le ciel. Par certains aspects, la reine du lobi avait de la prestance. En oubliant sa taille et son visage ravagé par la sénilité et la précarité, on pouvait presque lui trouver de l’attirance. Mais un beau jour, force fut de constater que la reine du lobi avait disparu. Depuis près d’un mois, personne ne l’avait vue et nous étions au bord de la faillite. Pour quelqu’une qui nous gratifiait d’apparitions quotidiennes, cette absence était mystérieuse. Nous avons envisagé toutes les explications possibles : son retour au village natal, son internement- car au fond elle n’était pas tout à fait équilibré-, nous pensions avoir tout envisagé, mais sa réapparition nous plongeas dans une stupéfaction sans limite. Nous eûmes de la peine à réalisait qu’il s’agissait bien de la reine du lobi. Elle portait de longues mèches noires qui lui tombaient jusqu’au bas du dos. Elle était maquillée et semblait de bien plus petite taille car chaussée de mocassin en daim plutôt que de semelles compensées. Une énorme poitrine, tel deux obus, déformaient son chemisier. Elle était pendue au bras d’un homme qui sentait bon, c'est-à-dire qu’il disposait de tout ce dont Homer et moi ne pouvions rêver de posséder. Une clé de voiture vissée au doigt, le couple s’éloignait d’une berline grise métallisée en marchant dans notre direction. L’homme était vêtu d’un costume noir sans cravate qui devait valoir plus que nos revenus communs sur deux ans. Elancé, larges épaules, téléphone portable dernier cri vissé à l’oreille. Ensembles, ils paraissaient si beaux, si élégants, que l’on devait lutter pour repousser la sensation qu’ils donnaient de flotter dans les airs et marchait sans user leurs semelles sur le bitume. Une fois le couple à notre hauteur, Homer, toujours hardi, lança : « bonjour ma reine ! » La demoiselle nous concéda un : « ça va ? » avant de poursuivre son chemin en laissant derrière elle des effluves de parfums.

A lobi, c’est à la rumeur que l’on s’en remet pour se renseigner ou s’informer. Et la rumeur rampante, fini par nous parvenir. Du temps de sa démence, la reine du lobi appréciait d’arpenter de longs en larges les rues de la ville. Au cours d’une de ses vadrouilles, elle avait été reconnue par un ancien amoureux du lycée qui l’avait faite soignée avant de l’épouser. A moins qu’il ne l’ait épousée avant de la faire soigner, mais cela semble improbable. Pour parler comme Homer : « le type d’autrui avait lui trouvé sa chose et l’avait mariée ! »
Il fallut se rendre à l’évidence, plus jamais la reine du lobi n’arborerait nos guêtres. Homer et moi dûmes changer de métier, nous sommes à présents laveurs de voitures, toujours au marché Mokolo. Nous n’avons plus revu la reine du lobi depuis.

FIN
_________________
http://www.editions93.com/auteurs/herve_tadie.html
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
H.T
Tuoriste


Inscrit le: 26 Dec 2008
Messages: 30

MessagePosté le: Tue Dec 21, 2010 5:45 pm    Sujet du message: AMOUR.NET Répondre en citant

AMOUR.NET
Ma chérie, je sais que cela fait bien longtemps que je ne t’ai donné signe de vie. Je sais qu’aprés tout ce que j’ai pu te faire tu as tous les droits de m’en vouloir à mort. Sache cependant que tu es et reste la seule véritable amie que j’ai jamais eue. Seulement je n’ai jamais su être digne de ton amitié. Seule la vie était en mesure de m’ouvrir les yeux.
Ma chérie au moment oé je t’écris j’ai le cœur en sang, méme si mes paupiéres sont séches. Mais j’ai tellement pleuré…

Les hommes, les hommes ! Ils semblent tous devoir étre aussi décevants. Charles le premier qui m’a dit qu’il m’aimait et qui s’est lassé au bout de 2 mois et dix nuits passées ensemble. Pierre qui m’apparaissait comme l’arc en ciel entre deux orages. Et Paul, le salaud, qui m’a fait miroiter monts et merveilles alors qu’il était fauché.
Ce n’était pas de ma faute ma chérie ; toutes ces déceptions avaient fini par me convaincre que les hommes biens étaient rares. Je sais ! celà ne me donnait pas le droit d’essayer de te prendre le tien. Mais comprends moi, je m’étais tellement moqué de toi et de ton petit étudiant… comment une fille de famille pauvre comme toi pouvait-elle s’enticher d’un homme sans ressources ? Il m’a toujours semblé étre une évidence pour des filles comme toi et moi de rechercher l’homme capable de changer leurs vies. J’étais sure que dés qu’il aurait du travail, il te renierait. Mais il t’a épousé, t’a donné des enfants tout en restant aussi amoureux qu’au premier jour ; contrairement à d’aucuns.
Des hommes comme ça sont si rares, ça faisait tellement longtemps que j’en cherchais un ! Comment aurais-je pu imaginer que ton petit souffreteux d’étudiant se muerait en homme mur, financiérement capable et résolument amoureux ? Si j’avais su… la vérité c’est que je te jalousais. C’est pour ça qu’à ton insu j’ai consulté le répertoire de ton mobile et noté le numéro de Marc, ton mari et pére de tes deux enfants. Je pensais que faute de se sentir capable d’en séduire une comme moi, il se résignait avec toi. C’est vrai Marie, regarde moi, je suis tellement plus belle, plus grande, plus pulpeuse… tu ne le méritais pas !
Mais ton imbécile de Marc, il a attendu d’avoir usé de moi, de mon corps pour éprouver le remords, penser à sa femme et à ses enfants. Quand je lui donnais rendez-vous au bar du Novotel, il n’a pas pensé à avoir du remords. Finalement, je pense que le côté sexy chez une femme ne suffit pas à retenir un homme. A l’attirer oui, mais pas à le garder, bien au contraire. Pour le garder, le maintenir attentionné et aimant comme au premier jour, il faut tout autre chose. Je ne sais ce qu’est cette chose, mais toi, il semble que tu l’aies. Jamais je n’aurais cru que tu eusses une chose qui me fasse défaut en tant que femme.
Je l’ai menacé quand il a voulu me quitter. Je lui ai dit que je dévoilerais la vérité, ça ne l’a retenu qu’à peine un mois supplémentaire. Ensuite, vaille que vaille (ce sont ses propres termes) il est retourné sous tes jupes. Les hommes mariés !!!
ça m’a fait si mal, qu’un homme puisse t’aimer tant qu’il te préfére à moi. C’est pour ça que cette nuit là je t’ai appelé pour te dire la vérité. Je te l’ai dite de la façon la plus blessante et la plus humiliante possible. Et dieu sait qu’en la chose j’excelle. Je croyais te briser, briser ton foyer et ainsi me venger. Mais toi tu l’as juste boudé un mois avant de renouer le fil, plus solide que jamais. Eh la vie !
Ma chérie, ne t’occupe pas des tâches sur le papier, je ne retiens plus mes larmes.
Mais tout ça n’est qu’une part infime de mes souffrances. Qu’est ce que j’allais devenir ? Bientôt la trentaine révolue et ses ravages, sans enfants, sans mari, sans travail, les seins fanés malgré les multiples crémes, une beauté lessivée par le passage du temps. Qu’est ce que j’allais devenir ?
Alors j’ai fait comme toutes ces jeunes filles d’aujourd’hui, j’ai passé une annonce avec photo sur le net. C’est comme ça que j’ai connu Michel. Il était français. Il a toujours été dit que les hommes blancs sont plus aimants, plus fidéle ; c’était mon dernier espoir. Michel était attentionné, tous les jours j’étais sur de trouver un mot de lui, joliment écrit en allant sur le net. Il m’appelait presque tous les soirs, de longues conversations téléphoniques par delà l’ocçan qui me faisait réver de ma vie future en hexagone. Il ne cessait de me demander des photos, toujours plus de photos, dans des poses de plus en plus suggestives, jusqu’à ce que je lui en envoie une tout nue. J’ai presque paniqué, en me disant que c’était peut étre là son but ; une photo nue de moi. Il y’a tant de drôles de gens sur la toile. Mais je me trompais. Il était toujours aussi présent et attentionné malgré la distance. Jusqu’à ce jour où il m’a annoncé son arrivée. Il venait me chercher, me prendre, m’emmener. ça semblait irréel, toute ma vie allait en étre changé.
J’ai demandé à une cousine de m’accompagner à l’aéroport pour l’accueillir. J’avais un peu peur. Je n’avais aucune idée de son apparence physique. Il avait toujours refusé de m’envoyer des photos, arguant qu’il viendrait en Afrique et qu’alors je le verrais.
Ma chérie, le choc fut énorme, énorme comme le personnage que j’ai vu avancer vers moi dans le hall de l’aéroport. Il faisait prés de deux métres et il était gros. Je veux dire gros, mais alors gros. Tout le monde se retournait sur son passage. Il dégoulinait de graisse. Il était adipeux, obése avec une démarche dandinante qui inquiétait. On se demandait de quel côté il allait s’écrouler. Il a fallu pousser pour qu’il rentre dans le taxi : la honte !!! Tu t’en doutes, ma cousine s’est éclipsée, morte de rire.
Au restaurant, il s’empiffrait comme quatre, répandant de la sauce partout. Il s’est méme offert le privilége de terminer mon plat devant mon manque d’appétit.
J’ai dé fermer les yeux pour l’accompagner au lit. Soulever la bedaine pour retrouver dessous, les miniscules parties génitales m’a épuisé. Incapable d’érection, sa pratique de l’amour physique se limitait aux préliminaires. C’est quand il l’a retiré que j’ai su qu’il avait un dentier et pas de dents. Quand il a ôté ses lunettes j’ai réalisé qu’il était aussi myope qu’une taupe. De surcroit, il ronflait. Il ronflait tellement que le lit vibrait.
Ma chérie, que faire ? Mourir de galére en Afrique ? Non ! Je l’ai suivi en France. En échange de la tour Eiffel, j’acceptais de trainer ce boulet. De fait l’épisode parisien n’a duré que 24heures. Ensuite il m’a emmené dans un petit village de France dont le nom a tout de suite bloqué mes neurones. Le salaud ne m’avait pas dit qu’il était fermier. A vrai dire je n’avais pas pensé à demander.
Tu t’imagines ? Se lever à 5heures, porter du foin aux chevaux, traire les vaches ? Mes ongles manicurés sur les pis de vaches ??? Je cumule les frustrations, entre l’insatisfaction sexuelle, le vide sentimentale et la rudesse d’une vie en campagne. Ce n’est pas ce que j’attendais de la France. Ma chérie, je regrette. Je regrette tellement. Je n’en peux plus. Peux-tu m’envoyer un peu d’argent ? Du moins de quoi me rendre en zone urbaine et payer un billet d’avion pour le Cameroun ? Il ne me donne jamais d’argent comme s’il savait que je ne pense qu’à fuir. Tu pourrais en parler à ton mari, en souvenir des bons moments ? Tu es la seule vers qui je puisse me tourner, je compte sur toi, tu as mon adresse.

FIN.
_________________
http://www.editions93.com/auteurs/herve_tadie.html


Dernière édition par H.T le Tue Dec 21, 2010 6:08 pm; édité 1 fois
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
H.T
Tuoriste


Inscrit le: 26 Dec 2008
Messages: 30

MessagePosté le: Tue Dec 21, 2010 5:51 pm    Sujet du message: TOUS COCUS Répondre en citant

TOUS COCUS

Tout s’était passé comme dans un rêve, comme dans
un état second. Sa perception des choses avait été rendue floue. Il avait eu l’impression de sortir de son corps quand en ouvrant la porte de la chambre conjugale, il avait trouvé un autre homme dans son lit… avec sa femme.
Il suffit d’un rien et on a le ciel qui nous tombe sur la tête. En garant son véhicule devant le portail ce midi-là, il était loin de se douter de quoi que se soit. Il n’avait pas sonné en constatant que c’était ouvert. Quelques inquiétudes s’étaient glissées dans son esprit en voyant le salon désert, en constatant le silence qui régnait. Mais rien n’avait bougé, la maison n’avait pas été cambriolée. Il s’était naturellement dirigé vers la chambre à coucher. Et c’est là qu’il les a trouvés, nus sous les draps, sous ses draps. Enlacés et somnolents.
Ce fut un choc. Un choc tel qu’il en resta scotché sur
le seuil de la porte ; la main sur la poignée. L’homme, le
premier, sortit de sa torpeur ; il sursauta en le voyant. C’est ce qui sûrement réveilla Vicky. Elle ouvrit les yeux et le regarda, elle le regarda de ce regard innocent qui, il y a quelques années, l’avait séduit. Elle ne fit pas un geste, ne prononça pas un mot, mais soutint son regard. C’est ça qui lui fit le plus mal, cette impression qu’elle ne regrettait rien, que tout cela lui était égal.
Stand se sentit mal. Il tourna les talons et sortit de la
maison, monta dans son véhicule et se mit à conduire droit devant lui. Il n’avait pas vraiment de peine. Il était totalement anesthésié par le choc. Il conduisait presque inconsciemment. Puis, des images se mirent à défiler. Il se rappelait d’elle, se souvenait de la première fois. De son front buté, obstiné et de sa petite bouche pulpeuse. Elle avait les formes plantureuses, mais aussi dirait-on le feu aux fesses. On pouvait se demander s’il avait épousé et aimé la femme ou seulement l’enveloppe charnelle et ses formes. Questionnement récurrent, aimait-il la personne ou la chair ?
**

Quel réveil ! Il y’a quelques instants à peine, elle s’endormait les sens comblés. Voilà qu’elle se réveillait pour faire face à un cauchemar. En croisant le regard de son époux, elle avait été tétanisée, le cerveau court-circuité. Même en entendant le bruit du moteur de son mari qui partait, il lui semblait présent dans l’embrasure de la porte. Véritablement, comme pour un hologramme, elle sentait son regard lourd d’incompréhension plongé dans le sien.

À sa naissance, elle avait traîné ses fesses nues dans la
terre rouge du quartier miteux qui l’avait vue naître. À six ans, elle était allée s’asseoir sous le manguier et avait fréquenté l’école sous l’arbre. Ses parents l’en avaient arrachée quelques années plus tard pour qu’elle aide sa mère dans son commerce. La puberté était ensuite arrivée qui avait fait éclore sa féminité et révélé sa beauté. C’est alors qu’elle avait rencontré Stand. Il lui semblait toujours aussi réel dans l’embrasure de la porte. Son regard plongé dans le sien portait si loin au fond d’elle ; jamais elle n’avait été aussi nue.
La voix de son compagnon à côté fit disparaître l’hologramme
: « tu crois qu’il m’a reconnu ? » Elle tira le drap pour s’en couvrir le visage et laissa couler quelques larmes
sans bien savoir pourquoi.

Tout en conduisant, la catharsis s’était produite. Les
idées devenant moins épaisses, moins vagabondes. L’esprit plus clair. Loin de toute rancune, de toute haine, il pensa à Jeanne, sa maîtresse avec laquelle il avait deux enfants inconnus de Vicky. L’image furtive d’Annie son autre amante qu’il entretenait lui vint.
L’avantage d’avoir l’esprit clair, cohérent et conséquent
dans ce genre de situation est un don de Dieu… le Dieu
des Cocu(e)s. Stand fit demi-tour. En arrivant chez lui,
l’homme était parti. Tranquillement, il s’installa dans
son divan et ferma les yeux sans pour autant dormir. Il ne comptait pas retourner à son bureau avant le lendemain.

Vicky sortit de la douche et sursauta en le voyant affalé
sur le divan. Son esprit, toujours pratique passa rapidement en revue toutes les circonstances atténuantes dont elle pourrait bénéficier. Ces incessantes réunions tardives qui l’abandonnaient seule dans le lit conjugal. Ces missions récurrentes qui faisaient d’elle une femme errant comme un fantôme dans la maison. Elle se mit en condition pour recevoir les cris, les coups et les injures. Mais rien ne vint.
Stand ne bougeait pas. Alors elle se dirigea vers la cuisine, et précautionneusement, à petits pas, elle-même étonnée de son audace, lui servit son déjeuner. Il mangea. Avec un manque évident d’appétit, mais néanmoins il mangea. Ça semblait tellement important qu’il eût mangé.

La lumière du jour naissant vint lui titiller les paupières,
il avait dormi au salon, dans le divan. Il se réveilla avec une véritable gueule de bois sans avoir consommé pour autant le moindre alcool. Chacun de ses membres semblait peser une tonne. Faire sa toilette fut une véritable torture.
En poussant la porte de son bureau ce matin-là, il réalisa
que toute chose pour lui avait définitivement pris un aspect différent.
À la cafeteria, il rencontra Jean, un collègue avec qui
de temps en temps il faisait des virées nocturnes. En lui
serrant la main, il croisa quelques instants son regard avant que celui-ci n’eût fui. Ça lui revint comme un flash. La même lueur de panique qu’il avait saisie dans les yeux de l’amant de sa femme. Il se demanda comment il avait pu être si bête qu’il ne l’avait pas reconnu sur-le-champ ? Ça le fit sourire, un de ces sourires si tristes. S’il l’avait reconnu qu’aurait-il fait ? Qu’est-ce que cela aurait changé ? En secouant
la tête, lentement, il retourna dans son bureau.

FIN
_________________
http://www.editions93.com/auteurs/herve_tadie.html


Dernière édition par H.T le Tue Dec 21, 2010 6:07 pm; édité 1 fois
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
meb
Bérinaute Vétéran


Inscrit le: 13 May 2008
Messages: 6873

MessagePosté le: Tue Dec 21, 2010 5:54 pm    Sujet du message: Répondre en citant

N'oublie pas les titres au début des nouvelles
_________________
MEKTOUB

Ce n'est pas encore écrit, ça l'était juste...
sur http://mebene.over-blog.com/
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Visiter le site web de l'utilisateur
Queen B



Inscrit le: 12 May 2008
Messages: 15741
Localisation: In the ligth; Under the sun; In his lovely arms.

MessagePosté le: Wed Dec 22, 2010 12:17 am    Sujet du message: Re: Les écrits d'Hervé Tadié Répondre en citant

H.T a écrit:
Une femme… H. T.

So sad Sad
_________________
Go girl!! Keep smiling to life.Un jr j'irais vivre en Théorie; car en Théorie tt se passe bien.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Forum Bonaberi.com Index du Forum -> Espace poésie et Littérature Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum
Accueil  |  Forum  |  Chat  |  Galeries photos © Bonaberi.com 2003. Tous droits de reproduction réservés  |  Crédit Site
Votre publicité ici ?