C’est un nouveau pavé que Samuel Fonkam Azu’u a jeté dans la marre. Intervenant
vendredi dernier au sujet notamment des conditions de distribution des cartes
électorales depuis quelques jours par les antennes locales de Elections Cameroon
(Elecam), l’organisme chargé de l’organisation des élections, le président de
son Conseil électoral a indiqué que la loi électorale permettait à tout électeur
inscrit sur une liste électorale mais de disposant pas de sa carte électorale de
voter s’il dispose de sa carte nationale d’identité.
Faite sur les antennes de
la Crtv, la radio gouvernementale, cette sortie médiatique avait pour but
d’apaiser les inquiétudes de nombreux électeurs. Elle risque de les raviver. De
fait: le démarrage de l’opération de distribution des cartes électorales, lundi
dernier, a en effet découragé plusieurs électeurs, du fait des bousculades et de
la difficulté à obtenir le document recherché. Ce qui laisse planer depuis le
risque d’une abstention record lors de la Présidentielle du 9 octobre.
Si la déclaration du président du Conseil électoral vise un objectif noble, à
savoir la participation du plus grand nombre d’électeurs au scrutin pour
garantir une plus grande légitimité au candidat qui sera déclaré élu, elle ne
manque pas de porter gravement atteinte à la loi électorale. En son article 81,
la loi fixant les conditions d’élection et de suppléance à la présidence de la
République est en effet assez claire quand elle décrit le déroulement des
opérations de vote.A son
entrée dans le bureau de vote, dit
le texte, l’électeur, après avoir été identifié par la
commission de vote suivant les règles et usages établis,présente sa carte électorale.
Après avoir pris son enveloppe, il doit entrer dans l’isoloir, mettre son
bulletin dans l’enveloppe et, après avoir fait constater par la commission qu’il
n’est porteur que d’une seule enveloppe, introduire celle-ci dans l’urne ». |
Exigences légales cumulatives
L’article 83 de la même loi précise queLe
vote de chaque électeur est constaté (1) par apposition d’un pouce imbibé
d’encre indélébile sur la carte d’électeur et par l’apposition d’un signe fait
par un membre de la commission sur la liste électorale, dans la colonne prévue à
cet effet ; (2) par l’inscription
de la date du scrutin sur la carte électorale, à l’emplacement réservé
à cet effet ».
Il apparaît que la loi met donc l’accent sur la nécessité
d’identifier l’électeur avant le vote, « suivant les règles et usages
établis », c’est-à-dire soit par la présentation de sa carte nationale
d’identité (qui, du reste, n’est explicitement citée nulle part dans le chapitre
2 du titre IX de la loi consacré au « déroulement du scrutin »), soit par le
témoignage de deux autres électeurs (art. 50 nouveau al.3), mais surtout qu’elle
souligne le caractère incontournable voire obligatoire de la carte électorale,
qui sert à la fois à constater l’élection et à lutter contre le phénomène des
votes multiples. A travers justement l’usage de l’encre indélébile…
Qu’est-ce qui peut donc expliquer que le patron de l’organe chargé de veiller à
la sincérité du scrutin par un respect scrupuleux des dispositions légales
décide lui-même de banaliser, aujourd’hui, le rôle de la carte d’électeur pour
donner une place disproportionnée à un document certes important mais dont
l’usage est optionnel ?
La question est d’autant incontournable que l’opération
de vote, au regard de la loi, exige que l’électeur soit clairement identifié et
qu’il dispose de sa carte électorale. Deux exigences légales obligatoirement
cumulatives. Il ne fait aucun doute qu’au risque de violer la loi, Elecam
cherche, depuis quelques jours, à limiter la casse devant ses manquements qui
sont criards et la pression qui ne cesse de monter à mesure qu’approche la date
du 9 octobre 2011. L’institution, qui est à sa toute première expérience
d’organisation d’une élection depuis sa création, a en effet multiplié des
bourdes depuis la convocation du corps électoral, le 30 août 2011.
Désordre en perspective…
Dès le lendemain de la publication du décret présidentiel annonçant la date du 9
octobre 2011 pour l’élection du président de la République, les inscriptions
s’étaient poursuivies le 31 août dans certaines localités, notamment à Yaoundé,
alors que la loi dit clairement (art. 37 nouveau, al.2) que « la révision annuelle ou, le cas
échéant, la refonte des listes électorales est suspendue à compter de la date de
convocation du corps électoral ».
Les listes électorales qui auraient dû
faire l’objet d’un affichage public conformément à la loi sont toujours
attendues dans bien des localités du pays, à l’exemple de l’antenne communale de
Elecam dans Yaoundé III, qui ne dispose ni de l’espace, ni des babillards pour
la circonstance. Ces listes, lorsqu'elles sont affichées, laissent voir de
nombreuses inscriptions doubles, voir triples de certains électeurs. Mieux, les
cartes électorales dont la distribution devrait démarrer le 13 septembre 2011,
dans les 25 jours qui précèdent le scrutin comme le précise la loi, n’ont été
rendues disponibles au mieux que deux semaines plus tard, c’est-à-dire le 26
septembre. Et leur distribution continue d’égarer bien des électeurs…
Dans sa déclaration à la Crtv, le président du Conseil électoral d’Elecam a
rappelé ce que prévoit la loi à propos des cartes électorales non encore
distribuées à la date du scrutin : « Les
cartes qu’il n’a pas été possible de remettre à leurs titulaires sont déposées
aux bureaux de vote où ceux-ci sont inscrits. Elles restent à la disposition des
intéressés jusqu’à la clôture du scrutin ». Problème : tel que souligné
dans un communiqué du Social Democratic Front de John Fru Ndi, de nombreux
Camerounais détenteurs des récépissés d’inscription n’ont pas eu, jusqu’ici, la
preuve de leur inscription sur les listes électorales (qui auraient pu être
consultées par voie d’Internet si Elecam était soucieux de la participation
optimale des électeurs), ces dernières n’ayant pas été rendues publiques.
Et
faute pour ces électeurs potentiels de pouvoir accéder aux listes électorales,
ils se trouvent désarmés pour introduire les réclamations prévues par la loi ou
pour identifier leurs bureaux de vote, pour ceux qui ont été effectivement
inscrits. Le risque de l’abstention continue de prendre de l’importance si une
bonne publicité n’est pas faite autour des listes électorales.
Auteur : Christophe Bobiokono.
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