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Maximilienne Ngo Mbe : ‘Aujourd’hui devrait être un jour de honte pour nombre de gouvernements
Mme Maximilienne NGO MBE, Directrice Exécutive du Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale (REDHAC) nous éclaire sur l’organisation dont elle a la charge.
Par Emmanuel Batamag le 29/06/2011
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Mme Maximilienne NGO MBE, pouvez-vous nous faire un bref historique du Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale « REDHAC » ?
Le REDHAC a été crée en Avril 2007 à Kigali au Rwanda. Il a avait élu un Comité Exécutif avec pour Coordonnateur Baudoin KIPAKA Basilumu. Le 29 Mars 2010, sous la coordination de M. Baudoin Kipaka, et en présence de la Secrétaire Chargée du Plaidoyer Pool Cameroun/Tchad et de Roch Euloge NZOBO, Secrétaire Chargé de la protection Pool Congo Brazzaville/RDC/RCA et de Rino de la RDC , la coordination du REDHAC a tenu à Brazzaville en République Démocratique du Congo une réunion de redynamisation du Réseau et a désigné Mme Maximilienne NGO MBE comme Directrice Exécutive du REDHAC avec mission d'organiser une assemblée générale dans les délais pour redynamiser les membres et les points focaux du Réseau.

Ainsi, Les 07 au 10 Juillet s'est tenu au siège du REDHAC, à Douala -Cameroun, l'Assemblée Générale Ordinaire du Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale (REDHAC). Cette réunion qui a été organisée par la Directrice Exécutive du REDHAC à son siège au Cameroun à Douala, selon les décisions de la réunion de restructuration tenue à Brazzaville du 29 au 30 Mars 2010.

Cette Assemblée Générale a connu la participation de sept (7) pays sur huit (8) qui constituent le rayon d'action de notre Réseau: (Cameroun, Gabon, Tchad, Congo Brazzaville, République Démocratique du Congo, Guinée Equatoriale, République Centrafricaine).

A cette occasion, le REDHAC a remanié ses statuts, revu sa structure et l'a adopté pour plus d'efficacité, élit les membres du Conseil d'Administration, les membres des points focaux, donner quitus à la Directrice Exécutive pour la mise en œuvre du plan d'action adopté à Brazzaville et enfin a harmonisé son plan d'action pour 2010-2011.
Le REDHAC a été honoré par la présence de M. Hassan Shire, Directeur Exécutif du Réseau de l'Est et la Corne d'Afrique, (EHARPH) qui nous a instruit sur la nécessité d'aller vers le Réseau Panafricain.

Le REDHAC a également été honoré par la présence d'une forte délégation de Freedom House qui a renforcé les capacités des participants par la formation sur ''La gestion efficace du Réseau''. Cette formation a été sanctionnée par des certificats de participation pour les participants.

Le REDHAC est membre du Comité de Pilotage du Forum des ONGs qui se tient tous les six mois en prélude de la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples.

Le REDHAC est membre du Comité de Pilotage du Réseau Panafricain des Défenseurs des Droits de L'Homme. L'Afrique Centrale comporte 10 pays à savoir, le Cameroun, le Gabon, le Congo Brazzaville, la République Démocratique du Congo, la Guinée Equatoriale, la République Centrafricaine, Sao Tomé et Principe, le Tchad, le Rwanda, le Burundi.

Mais depuis 2009, le Réseau de l'Est et de la Corne d'Afrique s'est implanté au Rwanda et au Burundi compte tenu du passage de ces deux pays à la SADEC. Le REDHAC qui n'a pas souhaité mener une concurrence déloyale à nos collègues de la Corne Afrique. C'est la raison pour laquelle le rayon d'action du REDHAC constitue huit (8 ) pays: Le Cameroun,Le Tchad,,Le Gabon,Le Congo Brazzaville,La République Démocratique du Congo,La république Centrafricaine,Sao Tomé et Principe,La Guinée Equatoriale.
Parlez-nous du Concept du défenseur…
C’est au début des années 1980, soit plus de 30 ans après l’adoption de la DUDH que l’idée de se préoccuper des menaces et du traitement subis par ceux qui s’engageaient pour la défense des droits de l’homme a surgi. Tous les jours dans le monde, des femmes et des hommes sont arrêtés, torturés, mis à mort, bâillonnés, menacés, empêchés de se réunir, réprimés lorsqu’ils dénoncent pacifiquement les violations des droits de l’homme dans leurs pays respectifs.

Tous les jours pourtant et malgré la répression qui s’abat sur eux ou sur leurs familles, ces femmes et ces hommes continuent à se réunir pour promouvoir les droits de l’homme et les libertés fondamentales, poussés par une force de conviction et un courage magnifique que je ne peux que saluer.

Quel est l’état des lieux de la situation des Défenseurs des Droits Humains au Cameroun ?
Les Défenseurs des Droits de l’Homme au Cameroun, comme ceux d’autres pays de l’Afrique Centrale qui travaillent pour la promotion et la défense de la dignité de la personne humaine jouent un rôle crucial dans le développement des droits humains.

Il sont constamment l’objet de différentes formes d’attaques, menaces, intimidations de la part des gouvernements qui pratiquent pour la plupart la mauvaise gouvernance caractérisée par les régimes non démocratiques et entretenue par la corruption , la violence l’illégalité, les conflits armés, les calculs électoraux ainsi que d’autres circonstances socio-politiques qui ne sont pas favorables à la promotion d’un environnement adéquat au respect des droits et libertés fondamentales ainsi qu’au développement harmonieux des communautés. C’est dans ce contexte d’hostilité et d’insécurité, entretenu par les gouvernants, que les défenseurs des droits humains exercent leur métier au Cameroun

Situation des Défenseurs des Droits Humains au Cameroun
« Le Cameroun est un havre de paix dans une Afrique en perpétuelles crises… » ; entend-t-on régulièrement dans les discours prononcés par nos autorités ; la réalité prouve le contraire. De plus en plus, les autorités abusent impunément de leur position et des moyens de l’Etat pour réduire au silence les Défenseurs des Droits Humains.

Malgré l’atteinte constante à leur intégrité physique et morale, les intimidations, les procès et les arrestations arbitraires, les Défenseurs des Droits Humains au Cameroun sont présents sur la scène publique, déterminés à ne pas se laisser faire ; les Défenseurs des Droits Humains au Cameroun entendent poursuivre leur travail de promotion, de protection et de défense des droits humains, en sensibilisant et en interpellant sur les cas de violations des droits humains.

Depuis l’année 2008, on note une augmentation de violation des droits des Défenseurs ; les catégories suivantes sont de plus en plus touchées : les défenseurs femmes, les journalistes, les défenseurs qui s’occupent spécifiquement des LGBT.

Le présent rapport qui décrit les faits concrets depuis 2008 montre bien l’ampleur de la situation des défenseurs dans notre pays.
Aujourd’hui en 2011, 62 ans après l’adoption de la Déclaration Universelle des droits de l’homme les chiffres ne font que s’accroître. Ceci s’illustre par les propos du Secrétaire Général des Nations Unies selon lesquels plus de 1,4 milliards de personnes vivent avec moins de 1 Euro par jour dans le monde donc 70% des femmes.
Quelques cas de traitements cruels enregistrés en 2010…

L’année 2010, l’Afrique Centrale a compté une dizaine de Défenseurs assassinés par leurs Etats : le journaliste Bibi Ngota au Cameroun, notre collègue Floribert Chebeya en RDC etc... des centaines enlevés et retrouvés torturés, des milliers soit poursuivis, soit menacés physiquement ou psychologiquement (la forme de menace la plus utilisée en ce moment par la majorité de nos Etats). Nos familles deviennent leur cible privilégiée. Et malgré tout cela, des dizaines de milliers de défenseurs des droits humains et d’organisations non gouvernementales s’efforcent d’informer largement des conditions dans lesquelles vivent les populations.

Or, le 16 Avril 1999, la première Conférence ministérielle de l’Organisation de l’Unité Africaine sur les droits de l’homme adopte la Déclaration de Maurice qui souligne le rôle des organisations non gouvernementales dans la promotion des droits fondamentaux et recommande d’encourager leur action. Elle note par ailleurs dans son article 19 « que l’adoption de la Déclaration des Nations Unies sur la protection des défenseurs des droits de l’homme par la 54e session de la Commission des Nations Unies sur les droits de l’homme marque un tournant important, et lance un appel aux gouvernements africains pour qu’ils prennent les mesures appropriées pour mettre en œuvre cette Déclaration en Afrique ».

Malheureusement, ce n’est qu’en 2004, 5 ans plus tard, avec la pression des organisations de défense des droits de l’homme que la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples adoptera la Résolution sur les Défenseurs des droits de l’homme en Afrique, qui demande aux Etats membres de donner tout son effet à la Déclaration de l’ONU sur les défenseurs des droits de l’homme.

Mieux vaut tard que jamais, le Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale (REDHAC) exige de ces Etats le respect de ces engagements.

Que compte faire le REDHAC dans un avenir proche ?
Les représentants des défenseurs ont tenu au siège à Douala les 7 et 10 juillet 2010 une Assemblée Générale. Cette réunion qui a connu la participation de 7 pays ((Gabon, le Cameroun, la Guinée Equatoriale, le Congo Brazzaville, la République Démocratique du Congo, la République Centrafricaine, le Tchad ) a réitéré son engagement à promouvoir et à défendre les droits des défenseurs en Afrique Centrale. Nous avons adopté des textes et désigné les responsables pour mener à bien les défis qui attendent le REDHAC pour les années 2010-2011 à savoir :

• Les points focaux doivent rendre le REDHAC visible dans leurs pays respectifs, pour cela, chaque responsable doit faire une plaque et à organiser régulièrement les réunions de concertations avec les militants locaux. Nous devons être les véritables outils capables d’animer le travail des défenseurs dans leurs pays respectifs.
• Le Site Web qui est lancé devrait être alimenté et être un outil de plaidoyer efficace pour le REDHAC, dans les jours qui suivent, nous désignerons l’équipe qui s’occupera du Site.
• Le renforcement de nos capacités doit être permanent, les formations de nos militantes et militants doivent être notre leitmotiv.
• Nous devons lancer notre E-Bulletin trimestriel pour mieux promouvoir, protéger et faire un meilleur plaidoyer des droits des défenseurs.
• Le REDHAC doit être visible et connu par les organisations locales, régionales, internationales, les représentations diplomatiques et tous les mécanismes locaux, régionaux et internationaux en charge de la question du défenseur. Ce travail doit être coordonné par la Directrice Exécutive, le communicateur et certains membres du Conseil d’Administration.
• Nous devons être présents tout le temps, dans tous les pays et chaque fois qu’un de nos collègues est menacé. Nous devons être solidaires envers tous nos collègues qui animent d’autres Réseaux. La solidarité est signe d’efficacité. Pour cela, nous devons étudier comment mettre sur pied un système d’alerte efficace.
• Ce qui m’amène tout de suite à parler du projet du RESEAU PANAFRICAIN. Le REDHAC doit être partie prenante dans cette initiative. Nous devons prendre notre part de travail et le faire correctement. Ce projet développé par notre cher collègue et ami Hassan Shire qui est venu nous soutenir lors de notre réunion des 7 et 8 juillet 2010 tenue au siège à Douala est d’un intérêt capital pour les défenseurs en Afrique en général.
Qu’allez-vous faire pour relever tous ces défis qui se présentent à vous?
Tous ces défis que je viens d’énumérer et tant d’autres qui ne sont pas énumérés ici et qui se présenteront à nous, nécessitent que nous ayons un esprit travailleur et militant (sacrifice…)
• soyons rigoureux envers nous-même et vis-à-vis du travail que nous devons faire,
• ayons l’obligation de rendre compte dans les délais afin que le REDHAC soit efficace.
• développons l’esprit de collégialité, de cohésion et de confiance mutuelle dans notre équipe ;
• enfin soyons passionnés de notre engagement qui consiste à promouvoir et à défendre les droits des défenseurs.
Je sais et suis consciente que pour relever ces défis il nous faut des moyens humains, matériels et financiers. Ensemble, nous les trouverons. C’est la raison pour laquelle je profite de cette tribune que votre organe de presse m’offre pour lancer un appel à tous mes collègues et collaborateurs qu’« On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt » et c’est pour cela que le REDHAC a été mis en place car nous avons bien fait nôtre ce proverbe Malien.
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