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Jean Marc Bikoko : Défiler pour conforter les dirigeants n'est pas notre rôle
Cameroun: Opposé au défilé du 1er mai, le président de la Centre syndicale du secteur public a été réduit au silence par la police.
Par Iliassou Kpoumié (Quotidien Mutations) le 04/05/2009
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Jean Marc Bikoko estime que le défilé du 1er mai n'a pas sa place au Cameroun.
Vous avez refusé d'aller manifester le 1er mai au Boulevard du 20 mai, mais de célébrer la fête du Travail au siège de votre centrale. Mais finalement cela n'a pas été possible. Que s'est-il passé ?

Dès 5h30 du matin, il nous a été signalé la présence des forces de l'ordre au siège. Lorsque nous sommes arrivés à 7h, on a été entouré par 6 commissaires divisionnaires, avec une escouade de policiers. La veille à 22h, nous avions reçu la correspondance du sous préfet de Yaoundé 5 interdisant la manifestation disant que c'est le ministre du Travail seul qui est qualifié pour organiser les manifestations. Et qu'il n'y a qu'un seul lieu pour cela. Nous nous disions qu'on pouvait le faire dans notre siège. Mais là, ils ont planté les policiers à l'entrée du siège et personne ne pouvait entrer ni sortir. Nous avons décidé de ne pas gâcher la manifestation, car on pouvait engager un bras de fer. Ils allaient arrêter quelques uns d'entre nous, le temps que la manifestation finisse. On a décidé d'attendre 14h pour investir nos locaux afin de manger et boire. Les tracs et le journal ont circulé faisant passer le message sur les raisons pour lesquelles nous avons voulu organisé les manifestations plutôt à notre siège.

Ne pensez-vous pas que vous avez raté l'occasion de présenter vos revendications devant le ministre?

Nous n'avons rien raté. La seule nouvelle qui disait qu'il y a des gens à part, était déjà un message fort. La preuve c'est que les pouvoirs publics n'ont pas été indifférents. Il y a eu une mobilisation autour de notre siège, suite à notre refus d'aller au Boulevard du 20 mai : des policiers, tout un sous préfet toute la journée, des commissaires divisionnaires plantés à deux carrefours. Notre message est passé. Depuis plus de 10 ans, les leaders syndicaux font des discours là bas et ne font jamais de bilan. Que sont devenues les revendications portées avants ? C'est "le chien aboie et la caravane passe"! Défiler pour conforter les dirigeants ce n'est pas notre rôle. Ce que nous avons fait, n'a pas besoin de discours.

Quels sont vos prochains chantiers de lutte ?

Nous tenons au discours du chef de l'Etat du 31 décembre 2008. Par rapport à la revalorisation des salaires; il était prévu que l'Etat, compte tenu de la situation économique, le fasse progressivement. Nous sommes en 2009, il faut qu'il augmente quelque chose. Au cours d'une négociation, on aurait fait un calendrier : mars 2008, 15%; décembre 2009, 20%; janvier 2010, 30%. Maintenant, comme ils [les centrales qui ont défilé] n'ont rien demandé, nous estimons qu'ils ont le calendrier. Puisqu'on examine le budget 2010 en novembre 200; en octobre 2009, nous allons organiser d'autres manifestations pour leur rappeler qu'ils ont parlé de progressivité. Nous allons demander d'intégrer dans le budget qui va venir l'incident financière pour une autre augmentation en 2010. Donc, ils vont nous voir en fin d'année devant eux.
Source: Quotidien Mutations
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