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John Fru Ndi : Je ne suis pas vieux pour faire de la politique
C'est un large tour d'horizon de l'actualité politique que le Chairman du Social democratic front (Sdf) a choisi de faire dans cet entretien qu'il nous a accordé.
Par Michel Ferdinand (Quotidien Mutations) le 20/04/2009
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Ni John Fru Ndi donne son sentiment sur Elecam, l'opération Epervier et toute l'actualité du Cameroun.
De la récente rencontre qu'il a eue avec le ministre d'Etat en charge de l'Administration territoriale de passage à Bamenda pour évoquer la situation des maires exclus du Sdf à la récente visite au Cameroun de Sa Sainteté Benoît XVI, en passant par les différentes affaires qui concernent son parti devant les tribunaux camerounais (affaire Diboulé, plainte pour diffamation contre le Minatd…), la polémique sur la nomination des membres de Elections Cameroon, tout y est passé. John Fru Ndi s'est même appesanti sur son avenir politique immédiat à la tête de la formation politique qu'il dirige depuis sa naissance dans la douleur un certain 26 mai 1990 à Bamenda. Un avenir qui, selon lui, dépend des militants de son parti, même si dans ses déclarations, il transparaît que le retrait de la scène politique nationale du leader de la seconde formation politique camerounaise n'est pas d'actualité, nonobstant selon lui les constats d'impopularité croissante et de vieillesse qu'une certaine presse semble lui trouver selon son propre aveu.

La presse a fait écho de la rencontre entre vous et le ministre d'Etat chargé de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, Marafa Hamidou Yaya, en marge de l'installation du délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Bamenda. L'initiative est-elle venue de M. Ni John Fru Ndi ?

Oui. Vous êtes au courant que certains maires Sdf ne sont plus conseillers, pour s'être exclus du parti pour indiscipline. Malheureusement, l'administration est en train de tout faire pour frustrer les aspirations du peuple en les conservant à leur poste en violation totale des lois du 14 août 1992 et du 29 décembre 2006 portant sur les conditions d'élections des conseillers municipaux. Vous n'oubliez pas non plus la manière dont le Minatd a géré le problème de Douala Vème et les cas de trois maires Rdpc qui ont été sanctionnés. Et le Sdf a soumis à son tour une requête pour qu'on dépose ses maires indisciplinés. J'ai saisi cette occasion pour rappeler au ministre que les lois camerounaises ont une double fonction, l'une pour le parti au pouvoir et l'autre pour l'opposition. Voilà pourquoi les lois camerounaises n'ont pas un texte de référence d'application. Le texte est appliqué quand c'est le gouvernement qui a son intérêt à défendre dans un cas précis. J'avais aussi rappelé au ministre que bloquer le cas du Sdf, c'est faire preuve de mauvaise foi.

[b Peut-on croire que les maires incriminés seront bientôt démis de leurs fonctions ?

J'ai invité le ministre à faire appliquer la loi. Savez-vous que l'ancien préfet du Boyo avait publiquement dénoncé l'actuel maire de Njinikom qui n'est plus conseiller, pour sa gestion peu orthodoxe et les détournements. Il en va de même pour les maires de Ndu et Nkambé, où les autorités régionales avaient écrit à la hiérarchie, recommandant leur déchéance.

Avez-vous parlé des affaires pendantes devant les tribunaux de Bamenda et Yaoundé, où vous avez porté plainte contre le Minatd pour " diffamation " ?

Non. Etant donné que ces problèmes sont pendants devant la justice, je n'en ai pas parlé avec lui. Que la justice suive son cours.

Les différentes plaintes ne seront-elles pas retirées des palais de justice ?

Pourquoi les retirer des tribunaux ? Les allégations étaient contre ma personne, le Sdf et les anglophones. Malheureusement, suite à l'harmonisation des deux systèmes judiciaires, la procédure est devenue plus lente.

La dernière audience dans l'affaire Diboulé au Tgi du Mfoundi à Yaoundé, laisse croire que le Chairman et ses coaccusés sont quelque peu à l'étroit. Qu'en pensez-vous ?

Non. Nous ne sommes pas à l'étroit. La preuve est palpable et obligeante. J'ai du respect pour le pouvoir judiciaire. L'un des objectifs du Sdf, c'est de reconnaître l'indépendance du pouvoir judiciaire. Ce n'est qu'un pouvoir judiciaire indépendant qui peut contrôler et réguler les exactions de l'exécutif et autres démembrements du gouvernement. Quant à l'affaire Diboulé, c'est au tribunal et nous pensons qu'il va rendre justice.

Le Sdf a-t-il finalement baissé les bras face à la nomination des membres d'Elecam ?

L'articulation de la politique d'un parti ne se fait pas à la Une des journaux. Comment pouvons-nous baisser les bras ? Ce combat doit se faire en plusieurs phases, et il est aussi question de stratégies. En ce moment précis, nous sommes en train d'appliquer une autre phase de notre stratégie et les résultats ne se feront pas attendre. Qu'à cela ne tienne, nous nous battons sur plusieurs fronts en plus d'Elecam. Notre programme politique pour la dévolution du pouvoir via l'option fédérale a été gelé par le régime de M. Biya par sa soi-disant politique de décentralisation, où le pouvoir n'est ni aux populations, ni aux élus. Mais, entre les mains de quelques autorités nommées comme les délégués du gouvernement, les préfets et gouverneurs. L'actuelle crise économique, le chômage et la corruption sont des préoccupations pour nous au Sdf. Néanmoins, nous continuons à en appeler aux Camerounais, afin qu'ils nous apportent leurs soutien pour que nous puissions assurer qu'il n'y ait pas d'élection sous Elecam. Nous interpellons les jeunes qui ont été souvent sollicités pour des sales besognes sous le régime de M. Biya, à cause de leur situation économique déplorable, pour qu'ils résistent à la mascarade politique qui prévaut actuellement.

L'Opération Epervier telle qu'elle est menée, peut-elle aboutir à l'amélioration de la gestion de la chose publique?

Pas du tout. Y a-t-il même un combat contre la corruption ? On s'interroge sur la lenteur des investigations et nous doutons même de l'effectivité et de l'objectivité de cette opération. La plupart des interpellés, pendant qu'ils sont en détention préventive, poursuivent leurs affaires sans interruption et sans perturbation. Ils le font en toute impunité. Nous sommes tous témoins de l'humiliation qu'ont connue certains proches du président de la République suite à leur désaccord politique. Cela étant, ces criminels à col blanc méritent d'être jugés et traités conformément aux lois de la République. L'aberrant, c'est que ces personnes ont été interpellées en violation des notions élémentaires des droits de l'homme. En accédant à la magistrature suprême, en 1982, le président Biya avait parlé de rigueur, de moralisation et de justice sociale comme principaux guides de son mandat. La situation actuelle, qui a fait naître l'opération épervier, illustre à suffisance l'échec son régime après 27 années au pouvoir. Qu'est ce que le gouvernement veut afficher à travers cette opération ? Rien du tout.

Comment interprétez-vous la récente nomination des délégués du gouvernement auprès de certaines villes camerounaises ?

C'est antidémocratique et anachronique. La décentralisation de M. Biya devrait permettre aux Camerounais de gérer leurs affaires à travers leurs représentants élus. C'est ces derniers qui devaient leur rendre compte. La nomination des délégués du gouvernement est contre le principe de base de la démocratique et de la gouvernance. C'est une pratique dépassée, qui n'avait cours que dans le parti unique. Ceux qui sont nommés comme les préfets, gouverneurs sont responsables devant celui qui les a nommés. Une telle pratique favorise la corruption et les fraudes électorales.

Peuvent-ils constituer une entorse au processus de décentralisation dans lequel le Cameroun s'est engagé ?

Bien sûr. Ces délégués ont plus de pouvoirs que les maires élus par des conseillers municipaux. La décentralisation doit donner l'occasion aux partis qui ont gagné les élections dans leurs différentes circonscriptions d'appliquer leurs programmes politiques, tels que ventilés lors des campagnes électorales. Autrement dit, ces nominations constituent une entorse au développement.

Quel regard porte le Sdf sur la visite effectuée par le pape Benoît XVI au Cameroun, il y a quelques semaines ?

Le pape a fait honneur au Cameroun en foulant son sol dans sa toute première visite en terre africaine. Par contre, sa visite a suscité une controverse quant à la fréquence des visites papales dans un pays qui détient un record horrible en matière de droits de l'homme, et qui est dans l'incapacité de rassembler les différentes parties prenantes autour d'une table de réconciliation tel que prescrit par le Seigneur. Sa visite était une occasion pour la Crtv de faire des prises de vue pour la famille présidentielle

Le Chairman du Sdf sera-t-il candidat à cette élection ?

Ces derniers temps, les journaux ont fait des papiers sur le fait que M. Biya et moi sommes vieux et devons quitter la scène politique. Mais, ils confondent les choses. Le poste de président dans un pays a un mandat limité, mais celui des partis politiques ne l'est pas. Le Sdf est le seul parti politique dans lequel les prétendants au leadership se soumettent à l'exercice rigoureux des primaires et des élections proprement dites. Je me suis toujours soumis à cette procédure. Alors, quant à ce que je dois partir ou rester, cela dépend du choix des militants du Sdf.

Certains observateurs de la scène politique camerounaise pensent que les partis d'opposition sont essoufflés. Est-ce votre avis ?

Je suis surpris que vous posiez cette question, alors que vous savez bien que le Sdf est le seul parti politique qui sensibilise, éduque et met le peuple camerounais au parfum des sujets qui peuvent passer dans le silence et qui touchent à la vie de la nation.
Source: Quotidien Mutations
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