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Je pense que l’idée de créer le Sdf est venue du président Biya lui-même
Au moment où Simon Achidi Achu nous reçoit il y a trois ans dans son immense domaine agricole Integrated Rock Farm (situé sur les collines de Santa dans la région du Nord-Ouest), il est en pleine convalescence.
Par Thierry Ngogang le 03/03/2009
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Achidi Achi livredans une interview sans détours ses impressions sur sa carrière politique.
Au cours de cette interview réalisée dans ses plantations, l’ancien premier ministre est revenu sur son parcours. Cette émission a été diffusée au cours de l’année 2006 sur Stv2 dans le cadre de l’émission ‘’Entretien’’.


Comment appelle t-on cette colline magnifique où nous nous trouvons et où se situe vos champs ?
Nous sommes dans ma ferme. Elle se nomme « Integrated Rock Farm »

C'est-à-dire…
Je pratique ici de l’élevage et des champs agricoles. Là par exemple, nous sommes dans les champs de pommes de terre. De l’autre côté, il y a des patates…

Pouvez-vous nous parler de votre famille ?
Je suis fils de cultivateur comme la plupart des camerounais. Mon père était un très grand planteur de café. C’est d’ailleurs lui qui a été à l’origine de la création de la coopérative de la région…

Est-ce dans cette région-ci qu’il pratiquait comme vous la culture du café ?
Non, c’est à environ cinq kilomètres d’ici, mais toujours dans ce village…

Combien de frères et sœurs avez-vous ?
Nous sommes nombreux. Environ une trentaine. Mon père était polygame.

Etes-vous polygame comme votre père ?
Oui.

Par conviction ou par culture ?
Par conviction et par héritage. Mon père était polygame mais très travailleur. Très discipliné. Dans notre famille la principale valeur qu’il nous a léguée a été au niveau des œuvres philanthropiques. Tout enfant qu’il rencontrait sur sa route il l’envoyait à l’école sans distinction quelconque. J’ai fait un peu la même chose. J’ai contribué à l’éducation de centaines d’enfants dans ce pays. Ils sont aujourd’hui ingénieurs, docteurs, professeurs, etc…

Combien de femmes a eu votre père ?
Il en avait quatre…

Et vous ?
Trois. Et j’en attends d’autres…Notre père nous a appris à travailler.

C’est ici à Santa que vous avez débuté vos études ?
J’ai fréquenté à Santa. Mais grâce à mon grand frère, instituteur à l’époque, j’ai eu l’occasion d’aller à l’école dans plusieurs localités. J’ai connu pratiquement tout le Nord-Ouest lorsque j’étais à l’école primaire parce qu’il avait été affecté pratiquement dans tous les départements.

Où avez-vous obtenu vos principaux diplômes ?
Après l’école primaire, je suis allé au collège CPC de Bali où j’ai achevé mes études secondaires. J’ai fait mes études universitaires entre Yaoundé et la ville de Besançon en France.

Vous êtes anglophone. Pourquoi avoir choisi d’effectuer vos études en France ?
A l’époque en 1962, nous étions les pionniers de l’Université de Yaoundé. Et nous étions seulement quatre anglophones, nous ne pouvions pas facilement étudier en français parce que nous n’avions pas la maitrise de la langue. Nous avons donc effectué un stage de langue à Besançon.

Qui comptiez-vous comme camarade de classe célèbre aujourd’hui ?
Je donnerai l’exemple du professeur Stanislas Melone qui était avec moi à l’université…

Quel type d’étude comptiez-vous effectuer ? Des études agricoles ?
Non. Je ne voulais pas faire cette branche. Je considérais que l’agriculture faisait déjà partie de moi. J’ai préféré effectuer des études de langue, de droit et d’économie. J’ai effectué mes études de droit et d’économie ici au Cameroun…

Donc, on peut dire que vous êtes un pur produit de l’université camerounaise…
Oui. Nous sommes parmi les premiers étudiants.

Quel a été votre parcours ensuite ?
A ma sortie de l’université, j’ai travaillé au service linguistique de la présidence de la République comme traducteur-interprète. Ensuite j’ai été affecté à l’inspection générale de l’Etat comme inspecteur d’Etat. De là, je me suis retrouvé Secrétaire général du ministère de la Fonction publique…

Lorsque vous étiez en service à la présidence, aviez-vous des rapports avec le président Ahidjo ?
Oui. De temps en temps, je l’aidais à traduire ou interpréter des textes…

Quelle image gardez-vous de lui ?
C’était un homme de très grand cœur qui se souciait de la cause anglophone. Il avait, à mon avis, choisi de réaliser l’unification du pays de manière honnête.

Vous êtes devenu inspecteur d’Etat ensuite. N’était-ce pas un peu difficile de gérer tout cela vous le juriste-traducteur ?
Non. J’étais déjà assez bilingue et c’est ce que je voulais faire comme travail. J’avais d’autres ambitions. Vous devez savoir qu’aussitôt après l’école secondaire j’ai travaillé dans des sociétés où j’ai eu à effectuer le métier de contrôleur des finances. Lorsque j’ai été affecté comme inspecteur d’Etat, je ne faisais que poursuivre ce que j’avais eu à faire dans ma jeunesse.

Quels bons moments gardez-vous de cette période ?
J’ai pu arriver à dépister des erreurs de gestion. Mes collègues francophones étaient d’ailleurs admiratifs. Ils ne comprenaient pas comment moi l’anglophone j’étais aussi habile à dépister des fraudes commises dans le passé…

Peut-on avoir un exemple de ces fraudes dépistées ?
Bof ! Vous savez, certaines fonctions restent toujours très confidentielles…

Pendant combien de temps avez-vous exercé dans ce département ?
Deux ans et demi.

A quel moment avez-vous décidé de faire de la politique ?
J’ai commencé mon apprentissage politique en 1956.

Qui était votre parrain ?
J‘étais avec John Ngu Foncha et Solomon Tandeng Muna et un ancien député aujourd’hui décédé dénommé Sam Mofor. Je portais leurs sacs et on se rendait un peu partout. En 1957, j’ai achevé mes études au collège. L’année suivante, j’ai tenté ma chance aux premières élections comme député. Je me suis présenté à l’époque sous la bannière « One Kamerun ». J’ai échoué.

J’ai tenté toutes les élections depuis cette date et je n’ai réussi à me faire élire qu’en 1988…, 30 ans après…

Vous voulez dire que même pendant que vous étiez en train de suivre une carrière administrative vous vous présentiez sans succès aux élections ?
Bien sûr. A l’époque, avec notre feu père, le président Ahidjo, il suffisait juste de demander l’autorisation à la présidence de postuler dans sa région…

Comment êtes-vous parvenu en 1972 à entrer au gouvernement sous le président Ahidjo ?
Le président m’a convoqué deux heures avant pour m’en parler. Cela m’a beaucoup étonné. On a discuté à bâtons rompus. J’étais assez impressionné…

Il vous faisait peur à l’époque ?
Je le rencontrais de temps en temps pour lui traduire des textes. Là, il m’appelait pour me confier une mission au sein du gouvernement et j’ai eu un petit choc. Pour vous dire, lorsqu’il m’a annoncé qu’il avait décidé de me nommer je n’ai même pas compris ce qu’il était en train de dire.

Vous ne vous êtes pas rendu compte de ce qu’il venait de vous proposer ?
Non. Parce que j’étais encore abasourdi. De toutes les façons j’ai apprécié ma nomination au ministère de la Justice à sa juste valeur…

N’aviez-vous pas peur de l’ampleur de la tâche ?
J’étais déjà un adulte. Je n’avais pas peur…

Quel âge aviez-vous à l’époque de votre nomination ?
Nous étions en 1972. J’avais 37 ans.

Combien de temps passez-vous au gouvernement ?
Trois ans. Puisque je suis parti du gouvernement en 1975.

Avez-vous eu à gérer des dossiers difficiles ?
J’avais des dossiers souvent difficiles à gérer. Il y a eu par exemple des lois que l’on a passées à l’époque contre le vol aggravé qui conduisait à la peine de mort. La loi contre la prostitution que j’ai initiée. Toutes les jolies prostituées m’insultaient lorsque je passais dans les rues. Ce n’était pas facile de mettre en vigueur toutes ces lois à cette époque.

Est-ce vous qui avez décidé de sortir du gouvernement ?
Oui. Je suis allé voir le président Ahidjo pour lui dire que je souhaitais rentrer au village…

Je comprends très bien qu’à l’époque il n’y avait pas de gros avantages ministériels comme à présent, mais pourquoi décidez-vous de partir ?
C’était une décision personnelle. Je ne me voyais pas passer toute ma vie en train de faire ce que je faisais. Je me sentais plus apte au travail de la terre. Et cela d’autant plus que j’étais convaincu que l’agriculture était la seule solution pouvant permettre d’assurer son avenir…

Pourquoi ne lui avoir pas demandé de changer de département ministériel et de vous retrouver par exemple au ministère de l’Agriculture ?
Si j’étais dans un autre département peut être que j’aurais préféré rester. Mais à la Justice, j’étais déjà fatigué….

Comment le lui avez-vous annoncé ?
J’ai demandé une audience…

Il ne l’a pas mal pris ?
Comme tout père, il n’était pas très content. Si vous donnez un bon gâteau à votre fils et il refuse de le prendre à un moment donné, vous serez déçu…

Qu’avez-vous fait ensuite ?
Dès qu’on m’a déchargé de mon poste je suis arrivé ici à Rock Farm, qui était alors en pleine brousse. A l’époque il n’y avait rien. J’étais la seule personne qui vivait ici. J’ai marché à pied de la concession de mon père (ou vivait ma mère et à qui j’avais construit une petite case) à cet endroit ou nous nous trouvons. J’ai demandé le concours de deux ou trois enfants et nous avons travaillé. On a construit une petite case Mbororos en quelques heures avec la paille et j’y ai vécu durant 06 mois.

Vous voulez me faire croire que vous n’aviez pas de moyens financiers ?
Non. Je n’en n’avais pas. Je n’avais pas de maisons, sauf des dettes. Il a fallu que je commence à faire quelque chose. Ma première maison c’était la petite hutte en paille dont je vous ai parlé, elle existe encore. Lorsque mes amis venaient me rendre visite ils m’encourageaient, mais par derrière ils me traitaient de fou.

Vous avez passé six mois dans cette hutte…
Oui. Après, j’ai construit une maison en briques que j’ai tôlé. J’ai ensuite construit la maison ou je vis actuellement…Même lorsque j’étais Premier ministre c’est là où je vivais quand j’arrivais au village…

A quel moment avez-vous commencé les cultures ?
Lorsque je suis arrivé, après avoir construit la hutte, j’ai acheté des machettes et des houes. J’avais quelques têtes de bœufs que je conduisais moi-même au pâturage. Je me suis dit ensuite, il me faut planter ce que je dois manger. J’ai planté surtout du maïs. Pour avoir un peu de revenu ,je vendais du bois. Il y en avait beaucoup parce que nous étions en pleine brousse. Je portais ce bois avec les enfants sur cinq kilomètres pour atteindre la route afin de le vendre.

Vous l’avez fait vous-même ?
Bien sur. Lorsqu’il le fallait, je n’hésitais pas.

Pourquoi n’avoir pas demandé de crédit à la banque ?
J’avais effectivement demandé à l’époque un crédit de cinq millions de francs Cfa pour développer ma ferme…

Vous continuez vos activités politiques parallèlement ?
Oui.

Comment se déroule votre retour à la civilisation ?
Lorsque je suis arrivé, j’ai remarqué que je ne pouvais pas me développer seul. La plupart des enfants jouaient au damier et fumaient le chanvre indien. Je faisais arrêter les meneurs par la police de temps en temps pendant quelques jours. On les relâchait ensuite et je leur donnais des machettes. Ils ont donc appris à cultiver la terre. Je leur demandais de ne creuser que cinq sillons par jour. Ce qui les obligeait à travailler six heures par jour. Je leur prêtais ensuite des semences de pommes de terre et des engrais. Trois mois et demi après, ils récoltaient et ils touchaient de l’argent…

Comment s’effectuait le partage ?
Je montrais la voie à suivre. Ils récoltaient. Vendaient leurs produits et recevaient de l’argent défalqué des prêts qu’on leur avait fait en engrais et semences. Nous avons eu 98% de bons résultats. Au moment où je vous parle, je n’emploie aucuns manœuvres chez moi qui soient issu de cette expérience. Tous ceux que j’ai formés à l’époque travaillent dans leurs propres champs. Et jusqu’ici, je leur distribue les semences, malgré les coûts qui sont élevés. C’est comme cela que j’ai pu développer toute cette région.

Ce qui vous a aidé à devenir populaire dans la région…
Bien entendu

Lorsque l’on a créé le Rdpc à Bamenda en 1985, je suppose que vous avez joué un rôle actif ?
Oui j’étais là. Je m’occupais de l’organisation, de l’accueil du président national.

En 1988, vous parvenez à vous faire élire à l’Assemblée nationale…
A l’époque, mon adversaire dans le Rdpc était John Fru Ndi. Chacun conduisait sa liste.

Quels sont vos rapports ?
C’est mon frère. On est du même village…

Vous vous entendiez très bien à l’époque ?
Oui. Même maintenant on s’entend. Si vous me demandez franchement avec qui je ne m’entends pas je ne peux pas vous le dire. Je n’ai pas le temps de faire des querelles avec qui que ce soit.

Il semblerait que ce soit cette défaite contre vous aux primaires du Rdpc qui a poussé John Fru Ndi à aller dans l’opposition…
Je pense que l’idée de créer son parti est venue du président Biya lui-même. A une époque, le président avait demandé aux militants d’être prêts à affronter la concurrence.

Pourquoi vous n’avez pas décidé à l’époque d’aller créer votre parti ?
J’étais fidèle au Rdpc. j’étais en phase avec la politique menée par le président Biya…

Lorsque John fru ndi a décidé de créer le Sdf à l’époque, vous a-t-il consulté ?
Non pas du tout. Et pourtant, la plupart des fondateurs de ce parti sont des enfants que j’ai élevés.

Lesquels par exemple ?
Le Secrétaire général Siga Asanga, qui était le frère cadet de mon ancien secrétaire particulier lorsque j’étais ministre de la Justice.

Siga Asanga ne vous a pas consulté ?
Non. Mais, après avoir créé le parti, certains parmi eux sont venus me voir dans ma ferme en me disant : « Papa, nous avons réussi à créer notre parti le Sdf et nous voulons votre bénédiction ». Je leur ai répondu : « Tous nos pères sont morts. Selon la coutume africaine, les aînés les remplacent. Vous décidez de créer un parti. Donc, vous avez trouvé quelque chose de mieux que le Rdpc. Pourquoi ne pas m’amener dans cette nouvelle Jérusalem ? ». Ils m’ont répondu qu’ils pensaient que je n’allais pas accepter. Je leur ai dit : « Vous avez raison. Même maintenant je n’accepte pas. Vous vous dirigez contre le mûr. Dans toute entreprise si vous voulez réussir, n’utilisez jamais l’insulte et la violence ».

Vous siégez à l’époque à l’Assemblée nationale. Comment cela s’est passé pour que l’on vous contacte pour être Premier ministre ?
Le président m’avait fait appeler. J’étais à Yaoundé avec mon frère cadet qui est médecin. La session parlementaire était achevée, donc je me reposais. La chance m’a suivi et j’ai été convoqué. On est venu me dire : « Le président vous appelle ! ». Je pensais plus au président de l’Assemblée nationale…

Aviez-vous déjà eu des contacts avec lui ?
Il m’avait déjà reçu lorsqu’il était de passage au Nord Ouest. Vu son emploi du temps surchargé, il n’est pas évident de rencontrer le président de la République…

Vous n’aviez pas fini de me raconter les circonstances de votre nomination au poste de Premier ministre ?
Je ne pouvais pas espérer qu’il me reçoive. Je ne savais pas ce que j’avais encore fait. J’étais perplexe. Il m’a reçu et s’est rendu compte que j’étais mal à l’aise. Il m’a rassuré. On a causé longuement. Si bien que lorsqu’il m’a annoncé ma nomination au poste de Premier ministre, je n’ai rien entendu.

Comment ça vous n’avez rien entendu ?
Je n’avais rien entendu. Il s’est rendu compte que je n’ai pas bien suivi et il a répété. Alors moi, tout surpris et confus j’ai spontanément répondu : « Merci monsieur le ministre ! ». Puis, constatant ma méprise j’ai repris : « Merci monsieur le Président ! ». (Rires)

En fait, vous entrez au palais comme simple député, vous en sortez Premier ministre…
C’est la chance qui m’a souri (sic). Avant que je ne sorte du cabinet, j’ai voulu récupérer ma voiture au parking, le protocole m’a dit : « Monsieur le Premier ministre, veuillez plutôt entrer dans cette Mercedes ». De là, ils m’ont conduit à l’hôtel Mont -Febe. Quelques minutes après mon arrivée, la radio a lu le décret de nomination. (Rires).

Est-ce que cette méthode d’annonce par le président de la République est bonne ? Avec le recul, vous auriez pu faire une crise cardiaque ?
Non, pourquoi ? C’était une bonne nouvelle. Si vous on vous offre subitement une Mercedes toute neuve avec des fauteuils en cuir, est-ce que vous allez mourir de crise cardiaque ? Vous serez un peu choqué mais pas au point de perdre la vie parce que ce que l’on vous annonce est une bonne chose. Si par contre, votre ennemi pointe son fusil sur vous, là vous pouvez mourir de crise cardiaque avant qu’il ne tire…

N’avez-vous pas eu peur de l’ampleur de la tâche qui vous attendait ?
Non. J’étais déjà suffisamment rodé…

Selon vous à quoi devez-vous votre nomination ? Est-ce qu’elle n’est pas due à la force du Sdf dans votre région ?
C’est le président Biya qui sait pourquoi il m’a nommé. Cela peut effectivement être l’une des raisons principales…

N’avez-vous pas vécu une hostilité autour de vous après votre nomination ?
Il y en a toujours…

Comment ont réagi les ressortissants du Nord Ouest ?
Ils étaient hostiles à ma nomination. Ils savaient que j’étais dynamique. Ils m’en veulent jusqu’à présent parce qu’ils estiment que si je n’étais pas là, l’opposition aurait eu plus de chances. Ils me gardent rancune à tort. Mais, je m’en fiche…

Après votre nomination, vous avez beaucoup reçu. On a l’impression que le président Biya vous avez donné pour mandat de ramener les provinces anglophones et principalement le Nord -Ouest dans le giron du régime…
Les gens étaient mécontents dans le pays. J’ai dû descendre sur le terrain pour leur faire comprendre que tout n’était pas négatif. Le président m’avait donné mandat de discuter avec les gens. Il m’a conseillé de prêcher la patience, la tolérance, la paix, l’unité et le travail…

Toutes ces tournées ont couté beaucoup d’argent au contribuable ?
Contrairement à ce que l’opinion croit, je ne donnais pas beaucoup d’argent aux populations. Ce n’était pas des missions de distribution d’argent aux populations…

Pensez-vous à l’époque que le président Biya était incompris des Camerounais ?
Oui, je le crois. Avec le temps, les Camerounais ont compris que c’est l’homme qu’il fallait.

Mais, il aurait pu engager le dialogue avec l’opposition. Recevoir des opposants comme John Fru Ndi au Palais de l’Unité…
La politique est très difficile. S’il recevait John Fru Ndi en coulisses comment pouvez-vous le savoir ? La politique n’a pas besoin de fanfare. Elle n’a pas besoin de publicité.

Vous voulez dire qu’il y a beaucoup de contacts qui se sont déroulés dans la discrétion ?
Oui.

Quels sont les temps forts de votre passage à la primature ?
Les contextes économique et politique étaient très difficiles. Le président Biya avait même demandé l’assistance de certains pays amis. Nous avions comme doctrine au sein du gouvernement : unité, paix et travail.

Une partie du pays était en rébellion ouverte. Les villes mortes touchaient le littoral, l’Ouest, le Nord Ouest, etc. comment êtes-vous parvenu à gérer le pays ?
Si on voulait réussir il aurait fallu que l’on travaille, que l’on soit uni et en paix. Nous avons prêché ces valeurs à travers le pays. Le président Biya était le plus insulté du monde, pourtant, il n’a jamais interpellé quelqu’un…

Vous qui le fréquentiez comment le vivait-il ?
Il s’est comporté en bon père de famille. Dans une famille, il y a des enfants qui sont têtus, d’autres qui sont corrects, d’autres qui vous insultent, d’autres qui sont paresseux. Il fallait rassembler tout le monde…

Vous-même avez été insulté. Les journaux vous surnommaient « Papa Taro »…
Bien sûr. Je vous raconte une anecdote : Une fois au Nord ouest, pendant que je lisais un discours durant un meeting, le fils de l’un de mes parents au village s’est tenu devant moi et m’a interpellé devant tout le monde en disant : « Simon Achidi Achu, vous êtes la honte du Nord Ouest. Asseyez-vous ! ». Le gouverneur a tremblé. Je lui ai répondu : « Mon cher enfant, permettez-moi de vous dire quelques mots ». Toute l’assistance m’a écouté. A la fin, 10 à 20% de personnes présentes étaient d’accord avec ce que j’avais dit. Ce n’était vraiment pas facile à l’époque.

Au sein du gouvernement, il y avait des fortes personnalités : Joseph Owona, Titus Edzoa et autres. Comment cela se passait-il ?
Pas de frictions. J’en ai d’ailleurs rarement dans les affaires que je mène…

Parce que vous évitiez ces personnalités ?
Non. Lorsque vous êtes patron vous devez donner des instructions. Et, d’autre part, je bénéficiais de la confiance du chef de l’Etat. En plus, lorsque je donnais des instructions stupides, je rappelais le ministre concerné et je m’excusais…

Quelles instructions stupides avez-vous par exemple données ?
(Rires). C’est personnel.

Vous n’aviez pas de problème lorsque vous rentriez chez vous à Santa ?
Non, pas du tout.

Et votre ferme pendant ce temps là. Est-ce qu’elle fonctionnait bien ?
Lorsque j’étais premier ministre, j’avais confié la gestion à d’autres personnes. Les activités ont beaucoup chuté.

Comme se déroule votre sortie du gouvernement ?
Je suis un politicien rodé. Je suis allé à l’Assemblée comme député parce que l’on avait remporté les élections dans le Nord ouest. Je me suis retrouvé premier ministre. Lorsque j’ai vu que la situation politique dans ma région se dégradait, je savais par conséquent que je ne pouvais plus rester à ce poste… A la limite, si vous êtes honnête, vous devez même conseiller à votre patron de vous faire remplacer. Les populations de ma région commençaient à comprendre les positions gouvernementales mais ça allait très lentement. Il faut savoir que le Sdf avait endoctriné les populations.

Donc vous sentiez que vous deviez quitter le gouvernement?
A l’époque, étant premier ministre, le Rdpc avai perdu les municipales dans le Nord Ouest (1996). Vous pensez sincèrement que si je voulais gagner je n’aurais pas pu le faire. J’ai laissé Dieu faire son travail…

Au moment de vous remercier du gouvernement, comment cela s’est-il passé avec le président Biya ?
Il m’a appelé de manière courtoise et m’a remercié pour le travail accompli. Depuis il ne m’a jamais abandonné…

Vous avez gardé des contacts avec lui ?
Oui. Des contacts très réguliers. J’étais récemment très malade. C’est grâce à lui si je suis encore en vie. Il n’abandonne personne. C’est un très grand monsieur…

Source: Le Jour Quotidien
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