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Amadou Ndam Njoya : sous le président Ahidjo, on n'avait pas cette possibilité
Le président de l’Udc porte un jugement sur l’opération épervier et revient sur les exigences de rigueur et de probité que requiert la fonction de ministre.
Par Honoré Feukouo le 29/08/2008
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Amadou Ndam Njoya
Vous organisez depuis hier à Foumban un séminaire sur le thème «Politique et éthique républicaine et citoyenne», quels sont les objectifs poursuivis par l’Udc à travers ces travaux ?

C’est en partenariat avec la fondation Friedrich Ebert Stiftung Institution que l’Udc a conçu cet atelier de formation de ses militants en politique. Ce séminaire répond à un contexte. Il entre dans le cadre d’un vaste programme de formation politique, et de la recherche permanente des solutions, visant à asseoir la vie politique sur des voies saines, qui naissent et se développent grâce aux valeurs humaines, à l’éthique et sur la morale qui doivent être les fondements de toutes les entreprises et cela plus particulièrement en politique

Le séminaire intervient au moment où l’Opération épervier sévit. Quelle est votre opinion sur cette campagne ?

Nous à l’Udc nous pensons qu’il est temps d’en finir avec une société au sein de laquelle la répartition des richesses est conditionnée par la mauvaise application des valeurs morales et éthiques. Il est important que cela cesse. Ceux qui d’une manière ou d’une autre usent abusivement des biens publics comprennent que cela n’est pas acceptable dans une société comme la nôtre. Ce sont des choses qui ont longtemps été tolérées au point où certains pensent que c’est tout à fait normal. Mais il faut bien prendre des mesures pour sauvegarder l’intérêt public et le bien public.

Ne pensez-vous pas qu’il s’agit de la part de Paul Biya d’une opération d’épuration politique ?

Nous à l’Udc, nous pensons que ceux qui s’approprient seuls les richesses du pays doivent être sévèrement punis. La politique ici étant l’art de gérer le bien commun, il est question de pouvoir redistribuer rationnellement ce bien commun à toute la communauté. S’il est justifié que des personnes fut ce des hauts cadres de la république comme vous le dites ont joué avec les biens communs, ils doivent rendre des comptes et cela ne doit pas s’arrêter à quelques procès. Il y a derrière ces biens détournés qui doivent plus servir au peuple. Lorsqu’on nous présente au cours du séminaire comment des marchés publics sont effectués avec des choses qui devaient coûter 40 fcfa par exemple qui sont toujours évalués à plus de 100 fcfa, comprenez qu’il y a un véritable problème à résoudre.
Un tel niveau de corruption était-il possible à l’époque où vous étiez ministre?

Non on n’avait même pas cette possibilité. Les ministres étaient là pour travailler. Ils travaillaient avec un programme rigoureux, et rigoureusement planifié pour 5 ans. Les ministres devaient s’évaluer et être évalués régulièrement à des périodes bien précises tous les 6 mois par exemple. Tout ceci faisait qu’on travaillait avec sérieux, et avec rigueur. Ce n’est pas comme maintenant où les ministres fonctionnent comme ils veulent. Il y a tout un travail qui mérite d’être fait du sommet jusqu'à la base.

En tant que diplomate, que répondez-vous à ceux qui disent que l’arrestation de hauts dignitaires ternit l’image du Cameroun à l’étranger?

La lutte contre la corruption et les détournements publics, cela se passe aussi ailleurs. Même au sein des grandes nations, les gestionnaires des biens publics sont régulièrement invités à rendre des comptes. C’est une preuve de bonne gouvernance, ou tout au moins d’une volonté politique à bien gérer. Le problème est toujours au niveau de la redistribution. Il faut pouvoir redistribuer tout ce qui appartient au pays, et critiquer, corriger les personnes qui s’approprient les biens de tout un peuple, laissant derrière eux des problèmes et d’énormes souffrances.

Comment la question de l’éthique et des valeurs morales est gérée au sein de l’Udc ?

Nous à l’Udc, nous avons toujours fait des valeurs éthiques et morales notre priorité.
Lorsque ces valeurs sont mises en avant il y a moins d’individualisme, moins de corruption et plus de transparence et d’efficacité. Il est important de mettre en avant les valeurs morales et éthiques. C’est ce que nous faisons à l’Udc, avec en plus le désir de servir.

Une initiative comme la votre peut-elle contribuer à l’assainissement de la morale et à la promotion de l’éthique dans notre société ?

Il y aura toujours la corruption mais il faut la réduire à sa moindre expression. C’est ce que nous voulons à l’Udc. Avec une bonne éthique sociale et une rectitude morale, ce défi peut être relevé.
Source : Le Jour
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