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La terreur des “ éperviables ” au Cameroun
(16/01/2009)
En 2008, Amadou Ali fut pratiquement l’homme le plus craint par les pontes du régime camerounais.
Par Jean François Channon
La très célèbre affaire Epervier a déja emporté bon nombre de cadres au Cameroun
La très célèbre affaire Epervier a déja emporté bon nombre de cadres au Cameroun
Tout a commencé par une affaire de liste. Au mois de janvier 2008, un ensemble de personnalités de la République, dont des ministres en fonction, et des hommes influents du sérail politique camerounais voient leurs noms circuler sur une liste de présumés détourneurs des fonds publics au Cameroun. Cette liste largement diffusée par la presse est pleine des noms des apparatchiks du régime en place. On y retrouve entre autres, les noms de Marafa Amidou Yaya, ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation (Minatd), Remy Ze Meka, ministre délégué à la présidence de la République, chargé de la Défense, Jean Baptiste Bokam, secrétaire d’Etat à la Défense chargé de la gendarmerie nationale, Edgar Alain Mebe Ngo’o, délégué général à la Sûreté nationale, pour ne citer que ces personnalités stratégiques du sérail.

On suppute sur l’origine de cette liste et son auteur principal. Mais très vite, dans les milieux du sérail, tous les doigts sont pointés sur Amadou Ali, le vice Premier ministre, ministre de la Justice, garde des sceaux. Une bonne partie de la presse nationale l’accuse directement d’être derrière cette liste. D’ailleurs, quelques mois plus tôt, il avait convoqué les médias nationaux à capitaux publics, pour leur dire en substance que dans le cadre de la lutte contre la corruption, “ une douzaine de dossiers sont prêts.

Devant l’onde de choc causée par la publication de ce document, Amadou Ali reste de marbre. Du moins pendant un temps. Jusqu’à ce qu’il fasse une sortie dans la presse internationale panafricaine. D’abord dans “ Jeune Afrique ”, un confrère édité à Paris. Dans un long article publié dans ce journal, Amadou Ali se confie au reporter et explique alors entre autres comment il conduit l’Opération dite Epervier. A la lecture de cet article, beaucoup se rendent compte, notamment au niveau du gouvernement, mais davantage chez les anciens ministres qui ont quitté le gouvernement depuis quelques mois, qu’il semble être le véritable “ patron ” de l’Opération Epervier que la plupart d’entre eux redoutent. Une autre sortie médiatique de Amadou Ali, cette fois dans “ Jeune Afrique Economie ” va davantage créer des affolements. Le mensuel panafricain également basé à Paris publie une liste des “ éperviables ” quasi semblables à la liste qui a circulé quelque temps avant dans les médias camerounais. Avec la mention “ source Minjustice ”. Tout est donc dévoilé. Dans les milieux du sérail, on sait donc désormais qui pilote l’Epervier.


Amadou Ali sème la terreur au sein du gouvernement camerounais
Amadou Ali sème la terreur au sein du gouvernement camerounais
Panique

Dès cet instant, les relations entre lui et ses collègues du gouvernement deviennent tendues. Pendant les séances de conseil de cabinet qui se déroulent tous les derniers jeudi du mois, les autres ministres évitent de parler de cette affaire de “ la liste Amadou Ali ”. C’est à peine si ceux-ci lui adressent la parole. Mais Amadou Ali est un habitué des situations difficiles. Depuis que ce fils de Kolofata, petite bourgade située dans le département du Mayo-Sava, région de l’Extrême-Nord, côtoie la haute sphère de la République et ses pressions et stress, à travers des hautes fonctions, il en a vu d’autres. Du temps où il était ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, suite à l’affaire de l’incendie de la poudrière intervenue au quartier général en février 2001, ses adversaires politiques l’avaient pratiquement accusé d’avoir voulu fomenter un coup d’Etat au Cameroun.

Le chef de l’Etat avait même été saisi à ce propos par les différents services de renseignements compétents. Mais l’homme est resté froid, ne faisant confiance qu’à la lucidité de Paul Biya dont il a été pendant plusieurs années le proche collaborateur du temps où il était secrétaire général de la présidence. Bien qu’isolé à l’époque aussi bien par les officiers généraux que des membres du gouvernement qui ne l’appréciaient guère, cet homme qui parle si peu a gardé la tête sur ses épaules. Jusqu’à ce que le chef de l’Etat lui renouvelle sa confiance après toutes les médisances à son sujet.

Amadou Ali sera en tout cas reçu à plusieurs reprises par le président de la République en début d’année 2008. Celui-ci lui aurait alors réitéré sa foi, et accordé son feu vert dans la conduite des opérations de lutte contre les prévaricateurs de la République. Déjà en 2007, Amadou Ali avait défrayé la chronique au cours d’une conférence de presse lorsqu’il avait annoncé détenir une quarantaine de dossiers des détourneurs de fonds. La panique qui s’était emparée de la classe politique camerounaise était à la dimension de cette annonce. Les pouvoirs renforcés du ministre de la Justice sur l’Opération Epervier semblaient alors être devenus redoutables. L’homme recevait les instructions directement du Prince d’Etoudi. Mais pouvait aussi prendre des initiatives. C’est ainsi qu’on lui attribue la sortie du gouvernement de l’ex-secrétaire d’Etat aux travaux publics Abono, Paulin Moampamb.

Suite aux différentes dénonciations formulées à l’encontre de l’ex-maire de Yokadouma et portant sur de présumés détournements, Amadou Ali avait saisi le chef de l’Etat pour lui conseiller de décharger Abono Paulin de ses fonctions au niveau du gouvernement, pour qu’il soit mis à la disposition de la justice. Une fois son souhait exaucé, Amadou Ali va personnellement piloter la procédure judiciaire qui va conduire à l’incarcération actuelle de l’ex-maire de Yokadouma. Allant jusqu’à ignorer les étapes préalables qui auraient pu être effectuées avant la mise aux arrêts du présumé Minatd qui assure la tutelle des collectivités locales décentralisées ira même jusqu’à protester en coulisses contre cette procédure engagée à l’encontre de l’ex-maire de Yokadouma. Mais Amadou Ali, en “ patron ” de l’Opération Epervier n’en tiendra aucunement compte.


Un homme seul ?

Et c’est bien à ce niveau que l’action de cet homme qui se sent aujourd’hui tout puissant à travers les pouvoirs qui lui sont conférés dans les dossiers relatifs à l’Opération Epervier porte à controverse. D’abord, beaucoup dans l’opinion publique lui reprochent à tort ou à raison, le fait de n’avoir mis sur sa liste des “ éperviables ” que les personnalités originaires d’autres régions du Cameroun que la sienne. Sauf évidemment, le nom de Marafa Hamidou Yaya. Mais ce dernier est notoirement reconnu dans les milieux du Grand nord comme étant un des concurrents de l’actuel Minjustice, notamment dans la course pour le très convoité poste de Premier ministre, au cas où le Prince consentirait à le redonner aux nordistes.

La présence de Marafa dans cette fameuse serait une manœuvre d’Amadou Ali pour fragiliser un sérieux rival dans la course vers l’immeuble Etoile d’une part, et d’autre part, dans le positionnement au sein du sérail et peut-être vers le dauphinat. Mais il apparaît inéluctable que, le fait que les noms de certaines hautes personnalités du sérail politique camerounais, originaires du septentrion, dont les différentes gestions de la chose publique au Cameroun peuvent être ou contestées, ne se retrouvent pas sur ce document a quelque peu décrédibilisée aux yeux de certains, l’Opération Epervier telle qu’actuellement menée. Mais Amadou Ali qui dispose d’un important réseau de renseignement à travers le pays ne veut point s’émouvoir à ce propos. Au contraire, il continue à travailler les dossiers liés à l’Opération Epervier et même d’autres sans état d’âme apparent. Il en est ainsi du dossier lié à la limitation des frontières terrestres entre le Nigeria et Cameroun dans la partie septentrionale du pays, et surtout, le très délicat dossier de Bakassi qui aboutira le 14 août 2008 à la rétrocession de cette presqu’île au Cameroun, suivant l’esprit des accords de Greentree, et du verdict de la Cour internationale de justice de 2001.


L'ordre avait été rétabli lors des émeutes qui ont touché le Cameroun en février 2008
L'ordre avait été rétabli lors des émeutes qui ont touché le Cameroun en février 2008
Le bourreau des émeutiers de février 2008

Les émeutes de fin février 2008 offrent à cet homme à la fois calme et discret, l’occasion de sévir après le rude discours de Paul Biya du 27 février 2008. Sur ses instructions personnelles, les différentes juridictions du pays, devant qui les jeunes émeutiers appréhendés seront présentés, vont les condamner hâtivement à d’énormes peines privatives de liberté, sans tenir compte du Code de procédure pénale. Quand les avocats des accusés se plaignent de la façon expéditive dont la justice est rendue, bafouant au passage tous les droits à la défense, Amadou Ali répond que pour une fois il faut saluer la célérité de la justice, toujours accusée d’être très lente. Lorsque Biya parle dans son discours d’ “ Apprentis sorciers tapis dans l’ombre ”, des sources signalent qu'Amadou va trouver là une occasion idoine de remettre sur la table les dossiers de certaines personnalités qui en fait, depuis l’histoire de la nébuleuse “ G11 ”, étaient dans le collimateur du régime de Biya. Les anciens ministres Olanguena Urbain et Abah Abah Polycarpe, et leurs principaux collaborateurs seront mis aux arrêts. Dans des conditions rocambolesques que tout le monde a encore en mémoire. L’arrestation de Jean Marie Atangana Mebara présenté par certains confrères comme le principal animateur de la nébuleuse G11, suivra quelques mois après.

Après la prise de ces gros bonnets, l’Epervier s’essouffle un tout petit peu. Certainement le temps de faire le point… Mais face aux députés lors d’une séance de questions orales aux membres du gouvernement au mois de juin 2008, Amadou Ali assure que “ l’Opération Epervier n’est pas terminée ”. On commence donc à reparler de la liste de prévaricateurs et autres détourneurs. Le monde politico-administratif de Yaoundé et de Douala et au-delà, recommence à trembler. Amadou Ali redevient plus que redouté. On s’épie mutuellement au sein du gouvernement. On épie davantage les mouvements du ministre de la Justice. Surtout lorsqu’il est de temps à autre convoqué au palais de l’Unité. Mais dans toute cette ambiance, où les ministres semblent ne plus vraiment avoir le cœur à la tâche, Amadou Ali apparaît seul, isolé. Une espèce de “ star ” aux yeux du peuple. Mais un pestiféré aux yeux des hauts commis de l’Etat qui ont des choses à se reprocher. Mais Amadou Ali, qui aura marqué à sa façon l’année 2008 au Cameroun, risque encore de faire parler de lui en cette année nouvelle. A moins que Paul Biya n’en décide autrement…

Biographie

Noms : Amadou Ali
Date de naissance : Né en 1943 à Kolofata (Mora), région de l’Extrême-Nord
Amadou Ali qui est administrateur civil principal
Marié et père de trois enfants.
I- Etudes Primaires : Ecole publique de Kolofata, puis à celle de Mora.
II- Etudes secondaires : Lycée de Garoua
III- Etudes supérieures
En 1959, il est diplômé de l’institut international d’administration publique et major de sa promotion.
En 1971, il est diplômé de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) et major également de sa promotion.

IV- Carrière administrative : Entré dans l’administration en 1961, il a été tour à tour, adjoint d’arrondissement de Guider, de Garoua, puis sous-préfet de Kaelé, poste qu’il quitte pour poursuivre ses études à l’Institut international d’administration publique de Paris (France) et à L’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) à Yaoundé.
Août 1971-septembre 1972 : Amadou Ali est nommé premier adjoint préfectoral de Ngaoundéré.
Septembre 1972-janvier 1974, il est directeur de l’organisation du territoire au ministère de l’Administration territoriale.
Janvier 1974-janvier 1982, il est promu secrétaire général du ministère de la Fonction publique.
Le 7 janvier 1982, il se voit confier la fonction de délégué général au Tourisme
Le 22 août 1983, Amadou Ali est nommé délégué général à la Gendarmerie nationale.
Le 24 août 1985, il fait son entrée au gouvernement comme secrétaire d’Etat à la défense.
Depuis lors, il ne cesse d’occuper d’importants portefeuilles ministériels : Ministre d’état, secrétaire général à la présidence de la république
Ministre d’état chargé de la défense
Ministre d’état chargé de la Justice et garde des sceaux
Vice-premier ministre chargé de la Justice, garde des sceaux.

V- Distinctions
Chevalier de l’ordre de la valeur
Commandeur de la Légion d’honneur française.


Source: Le Messager


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