ls se sont plu, puis aimés et mariés, peu après la naissance de leur fils, en
février 1997. Juste avant cet été où Vincent, "militaire sous contrat", a
découvert sa séropositivité, puis celle de son ex-épouse, Christelle, lors d'une
hospitalisation pour un paludisme au retour d'une mission au Cameroun. Mercredi
3 décembre, la cour d'assises du Loiret a condamné Christelle
Grard à cinq ans de prison avec
sursis pour avoir sciemment transmis le virus du sida à Vincent
Tellier. Elle encourait quinze ans de réclusion criminelle pour "administration de substance
nuisible par conjoint ou concubin, suivie de mutilation ou d'infirmité
permanente". L'avocate générale a requis six à huit ans de prison ferme.
Agée de 39 ans, muée en un fétu de chair et d'os de 37 kg, aux prises avec un
sida déclaré et une dépression nerveuse, Christelle n'a plus rien de celle qui a
séduit Vincent en 1995. À la veille d'un départ pour le Kosovo, le jeune homme
de 23 ans l'avait croisée lors d'une soirée karaoké. De trois ans son aînée,
cette jolie fille assez délurée l'avait séduit. Au retour du jeune homme début
1996, ils ne se quittent plus. Au printemps, elle est enceinte. Lui, "très fier", part en mission au
Cameroun. En mars 1997, il est papa, et tout est prêt pour le mariage. Mais le
couple flanche et les doutes qui entourent l'origine de sa contamination par le
VIH vont l'anéantir
Cheveux ras, regard bleu horizon et port altier, Vincent gère aujourd'hui sa
séropositivité au moyen d'une trithérapie "efficace".
Devant la cour d'assises, il a protesté sans relâche de son amour et de sa
fidélité à Christelle, même lors des périodes "d'aération" prescrites par l'armée dans un hôtel
de Douala, où les tentations étaient nombreuses.
L'audience a révélé que Christelle se savait séropositive depuis 1991. Est-ce
une transfusion sanguine ? Cet ex-concubin toxicomane ? Qu'importe, pour elle,
l'origine d'une contamination dont elle souhaitait voir Vincent jugé
responsable. La malade a pourtant elle-même suspendu, durant des années, le
traitement prescrit et qui, à l'époque, selon son avocat, "faisait mal partout"