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Au Cameroun, qui se souvient d'Um Nyobè ? (13/09/2008)

Il n’y aura au Cameroun aucune commémoration officielle pour marquer samedi le cinquantenaire de la mort de Ruben Um Nyobè.
Par afriquecentrale.info
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Ruben Um Nyobè en famille
Ruben Um Nyobè en famille
© Um Nyobè en famille
Il n’y aura au Cameroun aucune commémoration officielle pour marquer samedi le cinquantenaire de la mort de Ruben Um Nyobè, nationaliste de la période coloniale quasiment ignoré, voire oublié. Tué par l’armée française le 13 septembre 1958, Um Nyobè est pourtant "la plus grande personnalité politique qu’a connue le Cameroun depuis les années 50", selon le politologue Fred Eboko.
Né en 1913 dans le sud du pays, "Mpodol" ("celui qui porte la parole des siens" en langue bassa), comme l'appelaient ses partisans, a dirigé pendant 8 ans l’Union des populations du Cameroun (UPC).

Ce parti très populaire fondé en 1948 à Douala revendiquait l’indépendance et la réunification du Cameroun qui, d’abord colonie allemande, avait été placé en 1919 par la Société des Nations sous mandat français pour sa partie orientale, et britannique pour l'occidentale.

"Nyambè (Dieu) délégua Mpodol afin qu’il annonce au pays une nouvelle vie, la fin de l’esclavage et le début de la dignité pour ceux qui marchaient le dos courbé", dit une chanson rapportée par l’historien Achille Mbembe.

Ruben Um Nyobè s’est rendu à trois reprises aux Nations unies à New York pour plaider la cause nationaliste entre 1952 et 1954.
 
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En vain: en 1955 la France interdit l’UPC, qui entre en clandestinité et lance des actions de guérilla.

L’armée française riposte violemment: les "upécistes" sont infiltrés, combattus par des milices locales payées par la France, torturés, déportés, assassinés, décapités, leurs têtes sont exposées dans les rues, des villages sont rasés, leur population parquée dans des camps.

En France, les événements sont peu relayés par la presse, préoccupée avant tout par la guerre d’Algérie (1954-1962).

En 1958, Um Nyobè est abattu dans son refuge. Le Cameroun obtient l’indépendance deux ans plus tard. Mais l'UPC l’estime tronquée: le pays reste, selon lui, sous le contrôle de la France qui a choisi le président Ahmadou Ahidjo. Elle continue la lutte armée dans l’ouest du pays.

Aidé par la France, l’Etat camerounais, indépendant en 1960, traque les sympathisants de l'UPC jusqu’au début des années 70: Ernest Ouandié, dernier chef de l’UPC, est exécuté en 1971. Le nombre des victimes de cette guerre de 15 ans varie selon les sources: entre plusieurs dizaines et plusieurs centaines de milliers de morts.

Le climat de violence ne s'apaise pas complètement. "Jusqu’au début des années 90, on ne pouvait pas prononcer le nom d’Um Nyobè ou celui de l’UPC, sinon on disparaissait", témoigne Samuel Mack-It, président d’un parti héritier de l’UPC.

Le "black-out" n’a été levé que furtivement en 1991, lorsque pour des raisons politiques le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, a "réhabilité" Ahmadou Ahidjo, condamné à mort par contumace en 1984, Ruben Um Nyobè, Ernest Ouandié et un autre responsable de l'UPC Félix Moumié.

Aujourd’hui, Um Nyobè n'est que brièvement mentionné dans les cours d’histoire.

"Des dirigeants politiques comme Um Nyobè sont morts comme des hors-la-loi, pour avoir mal apprécié le rapport des forces. Tôt ou tard, l'histoire camerounaise réhabilitera leurs noms", assurait il y a 40 ans le journaliste Georges Chaffard.

"Cela ne se fera pas sous la présidence de Paul Biya", estime un journaliste de la presse privée.

"Le drame, ce n’est pas qu’on ne se souvienne pas d’Um Nyobè. Mais c’est qu’il soit mort pour rien: la transmission mémorielle est très localisée et parcellaire", estime Fred Eboko.

Sa mort "marque la fin d'un très grand moment historique au Cameroun: la défaite de l’une des utopies les plus radicales de l’Afrique moderne", expliquait Achille Mbembe en 2003.
 
 
 
 
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