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A qui s’adresse le président ? (29/02/2008)

Les proches collaborateurs du chef de l’Etat sont assurément contents.
Par Alain B. Batongué
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Ce qui est en cause, martelait le président Biya, " c’est l’exploitation, pour ne pas dire l’instrumentalisation, qui a été faite de la grève des transporteurs, à des fins politiques. Pour certains, qui n’avaient d’ailleurs pas caché leurs intentions, l’objectif est d’obtenir par la violence ce qu’ils n’ont pu obtenir par la voie des urnes, c'est-à-dire par le fonctionnement normal de la démocratie ".
La thèse du chef de l’Etat est donc claire : les manifestations actuelles ne sont pas spontanées et ne font pas suite aux revendications jusque-là connues. Elles sont la matérialisation d’un complot plus élaboré ayant pour but de s’attaquer aux institutions de la République par des moyens autres que le choix des citoyens.

Qu’on s’entende bien. Dans ces mêmes colonnes mercredi dernier, nous approuvions la volonté du gouvernement de prendre des dispositions pour que " force reste à la loi". A l’effet de rassurer les citoyens dont certains couraient le risque d’être agressés même dans leurs domiciles par des individus qui profitent du désordre pour piller et saccager les symboles de l’Etat. Et s’il était établi que des personnes ont voulu profiter des manifestations populaires pour renverser les institutions, nous serions naturellement les premiers à le condamner et à exiger, au nom de la République, un châtiment exemplaire. Pourtant, nombreuses sont les personnes qui ont été " déçues " par le ton et le message délivrés par le président de la République. L’essentiel de la classe politique, qui fait quelques propositions, regrette que le chef de l’Etat en soit resté au seul discours répressif, sans doute pour réaffirmer son autorité sans laquelle il ne pourrait plus piloter le bateau Cameroun. Et de n’avoir pas pu ou voulu tenir compte des souffrances des populations, qui restent la raison principale du mouvement d’humeur.

Comment va-t-on oublier que l’écrasante majorité des Camerounais, qui a attendu en vain les effets bénéfiques du passage du pipeline au Cameroun, à qui on a promis le bout du tunnel au lendemain de l’atteinte du Point d’achèvement de l’initiative Ppte, après de lourds sacrifices consentis, n’a rien vu venir? Entre temps, tout ou presque a augmenté sur le marché et les mesures parfois proposées par le gouvernement n’ont jamais été appliquées, achevant de plonger ces populations dans un état d’indigence inqualifiable. Ce sont toutes ces personnes qui ont espéré que, en marge de la réaffirmation de l’autorité de l’Etat, le président de la République, à l’occasion de sa déclaration, annoncerait des mesures fortes visant à indiquer qu’il se souciait des problèmes de ses compatriotes. Parce que tous ces jeunes camerounais qui, comme à Bamenda hier, sont partis des internats parce que les réserves étaient épuisées, ont d’abord faim et ne savent pas ce que c’est qu’un pouvoir politique.

Et ils ont l’impression que le discours dur que le président tient contre eux aujourd’hui n’a jamais été tenu contre ceux qui, en son nom, ont plongé le pays dans la situation où il se trouve aujourd’hui. Que, malgré les effets d’annonce, le président n’a jamais cherché à punir tous ceux qui ont détourné des projets de développement du pays tout entier pour un enrichissement personnel.

Heureusement, les portes de la négociation ne sont pas fermées et il faut espérer que le président, s’il a encore de l’amour pour son pays, saura donner des indications pour faire tourner définitivement cette autre page sombre de son histoire. Parce qu’on aurait tort de considérer, à la faveur des premiers effets bénéfiques de mesures vigoureuses qu’il a prises, que les problèmes sont désormais réglés. La sécurité revient certes peu à peu. Mais il faut l’adhésion de tous à un projet pour travailler ensemble ; et espérer impulser, enfin, le développement.
 
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Source: Quotidien Mutations
 
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