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Cameroun : Kamguia Judith, vendeuse de maïs et de prunes braisés (20/08/2008)

Dans le cadre de sa série de portraits de Camerounais qui se battent à travers des "petites" activités, Bonaberi.com a rencontré cette semaine Kamguia Judith, vendeuse de maïs et de prunes à Douala.
Par Rédaction Bonaberi.com (Eric Y. & Casimir W.)
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Kamguia Judith à la tâche...
Kamguia Judith à la tâche...
La trentaine sonnée et femme au foyer une bonne partie du temps, Kamguia Judith a décidé il y a deux ans, pour arrondir ses fins de mois, de se lancer dans la vente de maïs et de prunes braisés pendant la période des grandes vacances scolaires. En effet, à cette période de l’année, un certain nombre de denrées très prisées par les Camerounais se retrouvent en grande quantité sur les marchés.

Kamguia Judith, au physique svelte et l’allure sympathique, mère de deux enfants, a accepté de nous rencontrer au détour d’un barbecue pour nous expliquer les réalités de son activité telle qu’elle la vit dans son quotidien à Douala. Entretien.

Bonjour Judith, comment êtes-vous arrivée à vendre du maïs braisé et des prunes dans les rues de Douala ?

Vous savez qu’à l’ouest du Cameroun, la femme bamiléké doit toujours avoir une occupation. Elle ne peut pas rester comme ça à ne rien faire. Donc c’est dès la plus tendre enfance que les parents nous apprennent à ne pas toujours compter sur l’homme. Et ce, même si l’on est dans un foyer. Pour mon cas personnel, après avoir eu mes deux enfants, le moment était venu pour moi de faire une activité qui devait m’amener à ne plus être trop dépendante de mon mari. J’ai immédiatement pensé à la braise de maïs et de prunes car quand j’étais jeune, et pendant les vacances, j’aidais déjà ma mère à faire des récoltes parmi lesquelles il y avait ces deux denrées. Je crois que c’est à cette époque que je suis tombé sous le charme. En fait, c’est plus par passion et par nostalgie que je fais cette activité. Et je vois que finalement je peux y trouver mon compte.

Votre mari qui avait pris l’habitue de vous voir toujours à la maison n’en fait-il pas un problème aujourd’hui, depuis que vous avez commencé cette activité ?

Pas du tout. Je m’arrange justement à ce que mon foyer n’en souffre d’aucune manière. Après avoir fait tous mes devoirs dans la maison jusqu’à 13 h, je peux dès lors commencer à penser à mon commerce. Et c’est donc après tout cela, c’est-à-dire à 14 h, que je m’installe ici au carrefour. La journée de travail terminée à 19 h, je regagne paisiblement mon domicile avec ma recette.

Justement, d’un point de vue financier, y trouvez-vous réellement votre compte ? On a l’impression que vendre des prunes et du maïs quelques heures par jour pendant les vacances, ce n’est vraiment pas grand-chose…

Sans vous mentir, je m’en sors quand même. A ceci près que c’est une activité saisonnière justement. A partir du mois d’Août, le maïs devient bien rare et très cher sur les marchés. La bonne période pour faire ce commerce est celle qui court du mois de Mai au mois de Juillet. Rendez-vous compte que durant ces mois, pour celles qui achètent en détail le maïs comme moi, 200 F CFA représentent 4 bons épis de maïs. En vendant ça après avoir braisé le tout, je m’en sors facilement avec 100% de bénéfice sur chaque épi, puisque le prix d’un maïs est fixé à 100 F CFA. Par contre, à partir du mois d’Août, je peux avoir entre 25 et 50% de bénéfice puisque le maïs coûte plus cher sur le marché.

En ce qui concerne les prunes, cette année a été une année où ce fruit, produit en grande majorité du côté de l’ouest Cameroun, n’a pas été florissant dans les champs. Le peu que nous commerçants retrouvons sur les marchés ne se vend pas à des prix abordables. Si on en retrouve sur mon barbecue, c’est vraiment plus pour accompagner mon maïs que pour faire des recettes supplémentaires, car les clients pour la plupart trouvent très agréable d’accompagner leurs épis de maïs avec quelques prunes. Cette année, je ne gagne vraiment pas sur les prunes comme l’an passé.
 
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La marchandise de Judith qui fait le plaisir de ses clients...
La marchandise de Judith qui fait le plaisir de ses clients...
Vos revenus vous permettent-ils d’améliorer substantiellement votre niveau de vie

Les revenus de mon commerce m’aident énormément. C’est avec cela que mes deux enfants prennent leur petit déjeuner tous les matins. C’est aussi ce qui permet d’honorer aussi quelques tontines en plus de satisfaire un certain nombre de besoins personnels.

C’est peut-être une des raisons pour lesquelles votre mari a trouvé utile de vous laisser faire paisiblement et sans tracas votre activité saisonnière. Connaissant les hommes de notre pays assez phallocrates, machistes…

Les hommes sont souvent très conservateurs. Mais je dois dire que pour cette histoire, mon mari a été très compréhensif. Il a rapidement compris que c’était un avantage pour toute la famille que je puisse librement développer une activité saisonnière de petit commerce. Et c’est aussi un peu grâce au fait qu’il ait compris cela que je peux prendre du plaisir à exercer mon activité.

Quels sont le type de clients qui viennent acheter chez vous ?

Toutes les catégories sociales viennent ici. Le maïs et la prune ne connaissent pas les affaires de rang social. C’est bon dans la bouche de tout le monde. Tout à l’heure, lorsque vous arriviez, il y avait un monsieur de rang social assez respectable et sa femme qui m’ont fait la recette de 1200 F CFA. Ils viennent de démarrer leur voiture. Ce qui est sûr, c’est que chaque Camerounais aime bien mâcher le maïs bien braisé accompagné de prunes dorées. Que ce soit en marchant ou au volant.

Est-ce que vous pensez qu’il est possible d’industrialiser votre affaire et la développer ?

Comme je vous ai dit, c’est une activité saisonnière qui ne marche vraiment qu’entre Mai et Juillet. Ce serait très compliqué de vouloir faire grandir une affaire qu’on n’exerce que 3 mois, à l’informel comme ça, avec un petit nombre de clients. S’il faut faire grandir l’affaire, il faudrait voir bien au-delà du maïs, et donc avoir un capital conséquent pour se lancer et des moyens en terme de disponibilité que je n’aurai plus, puisque je ne pourrai plus me contenter de travailler une moitié de journée et me consacrer à mon foyer l’autre moitié.

 
Une cliente de Judith dégustant "sa part" de maïs
Une cliente de Judith dégustant "sa part" de maïs
Dans cette activité que vous avez qualifiée « d’informel », avez-vous des obligations auprès des pouvoirs publics. Les collecteurs d’impôts viennent-ils parfois vous réclamer le paiement de charges ou de taxes particulières ?

Franchement, non, cette activité est vraiment encore trop dans l’informel pour que les pouvoirs publics aient à l’idée de nous faire payer des impôts. Déjà, il est même très difficile de recenser le nombre de femmes qui exercent cette activité, en plus du fait que ce soit saisonnier. Pour l’instant, je ne paye aucune taxe. Et si un collecteur passe même par ici, c’est pour passer sa part de commande. Eux-mêmes prennent plaisir à grignoter un bon épi de maïs de 100 F CFA avec quelques prunes de 25 ou de 50.

Dans quelques jours, vous allez ranger votre four à charbon pour attendre les vacances scolaires prochaines. Qu’allez-vous faire entre temps ?

Effectivement, d’ici la fin du mois d’Août, il sera difficile de croiser quelqu’un en train de manger du maïs braisé car il n y en aura plus dans les champs ni sur les marchés. Ce sera une bonne occasion pour moi de retourner m’occuper de mes enfants. Je reviendrai avec plaisir lors des prochaines vacances.

Un dernier mot ?

Bonne fin de vacances à tous les élèves qui ont réussi à leur examen et du courage à bonaberi.com qui nous donne aussi la possibilité de nous faire connaître par le biais de notre activité.
 
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