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Cameroun : l'histoire de Kingsley, immigré clandestin
(20/04/2008)
Kingsley a quitté le Cameroun en 2004 pour tenter de rejoindre l'Europe, avec succès. Retour sur son histoire et son périple qui sont riches d'enseignements.
Par Nkwayep Mbouguen
Kingsley
Kingsley
Note de la rédaction : Il y a un peu plus de 3 ans, le Camerounais Kingsley quittait le Cameroun pour rejoindre la France en passant par le Maroc. France 2 avait alors suivi de près son périple, dans un reportage intitulé traversée clandestine. Vous pouvez retrouver une vidéo de ce reportage dans Cameroun et Immigration : destins clandestins

Kingsley est arrivé en France il y a un peu plus de 3 ans. Mais son voyage n'a pas été de tout repos. Le Maroc, les iles Canaries, traversée de la mer à bord de pirogues, il n'a pas connu ce qu'on pourrait appeler un voyage classique. Le rêve occidental sans doute, la difficulté du quotidien au Cameroun l'auront poussé à se lancer dans ce pari impossible de partir à l'inconnu. Avec une vingtaine de personnes, il se lance dans ce périple qui ne sera pas de tout repos.

Au Maroc, ils sont 18 à voyager à l'arrière d'un camion avec moins de deux litres d'eau par jour à se partager, sous la chaleur du désert. Il passe plusieurs mois dans les camps mis en place par les "passeurs", et attend le bon moment pour construire sa pirogue et tenter de rejoindre l'autre côté de la rive. Deux personnes perdront la vie lors du voyage, suite à un premier naufrage. Mais ne pouvait pas faire marche arrière, Kingsley ne se décourage pas et décide de retenter sa chance, et réussi à arriver sur les côtes espagnoles.


"Toutes les galères que tu peux vivre quand tu es clandestin. Je me sentais comme un prisonnier, comme un chien qui n'a aucune valeur. Je n'ai pas les papiers, j'étais exclu, mais pourtant j'étais là. J'avais très peur que la police m'attrape et me ramène chez moi. La galère c'est aussi de rester dans une petite pièce caché toute la journée, ne pouvoir dire bonjour à personne, de peur que la police m'arrête. Un bonjour c'est gratuit, mais ça avait beaucoup de valeur pour moi, mais je n'osais même pas le faire. Je n'avais pas de travail, pas à manger, je me demandais souvent pourquoi j'ai quitté l'Afrique. On me parlait d'Europe, mais ce n'est pas à ça que je m'attendais. Il y a ceux qui passent par la porte d'entrée et ceux qui sont comme moi, ce n'est pas la même Europe "

A son arrivée en France, il a vécu caché pendant plus d'un an. Il a travaillé ici et là au noir, de préférence la nuit, en fonction de la demande des employeurs, avec la hantise permanente d'un éventuel contrôle policier. Avec de la chance et la médiatisation de son histoire, il a pu être régularisé, et suivre une formation d'électricien.


"Si tu veux venir en Europe, si tu as tes papiers, pourquoi pas... Mais il ne faut pas venir comme moi je suis venu. C'est très très risqué. Le danger est partout, de ton départ jusqu'à l'arrivée. Ta vie est en danger, c'est très risqué. C'est un coup de chance si j'ai pu arriver, il n'y a aucune garantie que tu puisses arriver."

Aujourd'hui en intérim depuis 6 mois, Kingsley a l'avenir qui lui sourit. Il espère bien obtenir un CDI, condition sinéquanone à l'obtention d'un logement, afin de pouvoir arrêter sa vie de nomade et se construire enfin. C'est en bonne voie puisque son patron semble content de son application et de son sérieux au travail, et que le fait de connaître toute l'histoire du Camerounais n'a fait qu'augmenter son admiration. Mais pourtant, si le rêve est devenu réalité, Kingsley garde les pieds sur terre et n'oublie pas d'où il vient, mais aussi ce qu'il a traversé pour en arriver là. Et il est très clair là-dessus : les risques sont trop grands pour se lancer dans une telle aventure, et lui n'attribue que sa réussite à la chance. Comme il tient à le rappeler, deux personnes ont perdu la vie lors de ce périple, sans parler des conditions du voyage, des insultes des passeurs marocains, du risque permanent de se faire prendre, du froid et de la peur qui vous accompagnent à chaque instant.

Kingsley et ses compères en train de monter une pirogueL'histoire de Kingsley a ému. Il a eu l'opportunité de parler de lui et de son histoire, dans le récent film Paris du réalisateur Cédric Klapish. Il y tourne son propre rôle, celui d'un Camerounais qui décide coûte que coûte de rejoindre la France, et qui y arrivera. Si certaines scènes ont été coupées au montage, le but est de faire passer le message de Kingsley, de montrer comment la traversée peut être difficile. S'il n'est pas acteur inné, il réussit tout de même à capter l'attention du spectateur tout simplement parce qu'il parle de lui et de ce qu'il a vécu. Le réalisateur pour sa part traduit de façon prenante comment un immigré peine à s'intégrer dans cetté métropole qui va à 100 à l'heure qu'est Paris. Il parle du choc des cultures et des histoires, sur un fond assez clair : lorsque vous croisez quelqu'un que vous vous prenez à envier à cause de votre quotidien morose, vous ignorez tout ce qu'il a pu traverser pour se retrouver debout là où il est, dans ces rues de Paris.





"Parfois je me demande pourquoi je fais ce film. Je me dis que j'aimerais montrer à mes frères qui sont restés en Afrique et qui veulent traverser pour rejoindre l'Europe toutes les difficultés qu'on peut rencontrer sur la route, et ce que l'on peut perdre, car nos vies sont plus chères que tout. "

Kingsley pendant le tournage du film ParisCe tournage est sans doute pour lui une forme d'exorcisme, une façon d'oublier ces choses traumatisantes qu'il a vécues, comme lorsqu'il a été frappé par un passeur puis abandonné en plein désert, ou les jours interminables passés au Maroc à regarder les côtes européennes de l'autre côté de la mer, en espérant un jour se retrouver de ce côté. Dommage que plusieurs de ces scènes n'apparaissent pas dans le film.


Kingsley de retour au CamerounPour les besoins du tournage du film, Kingsley ira avec l'équipe au Cameroun pour tourner les scènes de sa vie avant son départ, et en profitera pour vivre pleinement son retour aux sources. Sources qu'il n'aura jamais oubliées, puisque ce sont elles qui auront été la motivation lui ayant permis de ne jamais lacher et d'arriver en Europe. Aîné d'une famille nombreuse, c'était à lui de prendre ses responsabilités. Les retrouvailles seront chaleureuses, mais Kingsley aura tôt fait de réunir les siens pour leur raconter ce à travers quoi il aura été. Avec l'argent du film et ce qu'il a pu mettre de côté avec son boulot, son premier geste est de construire une maison familiale aux siens. 

 

 

"Je suis venu en Europe pour vivre une meilleure vie que dans mon pays, parce que ce n'est pas facile chez nous. Les pauvres continuent d'être pauvres, et les riches continuent d'être riches. "


Le Reportage d'Envoyé Spécial






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